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  • 19 février 2012

    Feu le registre des armes…

    Comme prévu, le gouvernement conservateur a adopté hier le projet de loi C-19 qui permet l’abolition du registre des armes à feu et la suppression des données qu’il contient. De toute évidence, il a préféré s’allier au lobby des armes à feu qu’aux groupes ayant à cœur la sécurité des femmes. Or, la police et les groupes de femmes ont témoigné de l’efficacité et de l’utilité du registre des armes à feu dans la prévention de la violence envers les femmes et du suicide. C’est un gouvernement imperméable à la raison ou à la discussion qui veut imposer une révolution culturelle contre l’avis majoritaire de la population québécoise.

    J’aimerais faire écho aux propos de Marie-Claude Lortie (http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/marie-claude-lortie/201202/16/01-4496516-ils-dansent-sur-les-tombes.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B13b_marie-claude-lortie_3273_section_POS1). Plusieurs militantes féministes fédéralistes que je rencontre se demandent s’il faut que le Québec se dote d’un pays pour ne plus être tenues de vivre sous un régime autoritaire et antiféministe (qu’est-ce qui se passera avec le libre choix en matière d’avortement?) et peu respectueux des droits humains (la torture, vraiment?). Qu’est-ce que l’on doit faire, selon vous? Les conservateurs ont le vent dans les voiles et j’ai peur que leur dernier “victoire” va simplement les encourager à aller plus loin.

    Luttes : Violence
  • 13 octobre 2011

    Des prédicateurs sexistes

    L’IERA Canada (Islamic Éducation and Research Academy) organise une conférence intitulée « Calling the World to Allah » (Appeler le monde à retourner à Allah) avec l’appui d’une organisation étudiante de cette université dont le nom serait Hospitality Concordia. Les conférenciers, dont Hamza Tzortzis et Abdur Raheem Green, sont des « prédicateurs » reconnus pour leur discours antiféministe, sexiste, homophobe et antidémocratique. Ils se basent sur la Charia et interprète le Coran d’une manière rigide et archaïque afin de promouvoir leurs idées comme la prédominance de l’homme sur la femme justifiant ainsi l’usage de la violence par un mari (le chef de famille!) pour prévenir ou corriger sa femme si elle ne respecte pas son autorité; la criminalisation de l’homosexualité sous peine de mort et de flagellation; le rejet de la notion de liberté d’expression et à la peine de mort. (Voir notamment ce lien: http://www.youtube.com/watch?v=BXJBj7Rj0yg&feature=youtu.be)

    C’est un discours qui n’a aucune place dans une société égalitaire où l’état de droit prime sur les croyances religieuses. La violence conjugale est criminelle et l’homophobie inacceptable dans toutes les circonstances. Les femmes ont droit à la liberté, à la sécurité, à la dignité et à l’égalité en tout temps.

    La FFQ condamne ces propos qui appellent à la violence envers les femmes. On demande au regroupement étudiant de se dissocier de ces propos et d’annuler la conférence. La FFQ demande également à l’Université de clarifier les règles d’éthique entourant l’utilisation de leurs salles afin d’assurer aux femmes et aux LGBTQ un lieu où leur dignité sera respectée.

    Pour communiquer avec le recteur de l’Université Concordia, écrivez au président, le Dr. Frederick Lowy à president@concordia.ca ou téléphonez-le au 514-848-2424, poste 4849.

    Alexa Conradi
    Présidente

  • 6 décembre 2010

    Le militarisme : un frein à l’élimination de la violence envers les femmes

    Nous assistons présentement à une montée importante du militarisme au Canada. Pensons seulement à l’augmentation fulgurante des budgets militaires, à l’achat d’avions F35 au coût de 16 milliards $, à la nouvelle politique extérieure qui incite le Canada à participer à des guerres offensives, au déploiement de la plus importante campagne de recrutement depuis la Deuxième Guerre mondiale, notamment auprès des jeunes, et à la présence de soldats dans des événements sportifs. 

    Le militarisme est un système politique qui s’appuie sur la prédominance militaire et sur l’exaltation de l’armée et de ses valeurs traditionnelles. C’est une « idéologie qui engendre une culture de la peur et justifie et favorise la violence, l’agression ou les interventions militaires pour régler des différends et imposer certains intérêts économiques et politiques. Il s’agit d’une psychologie qui a souvent des conséquences graves pour la sécurité réelle des femmes et de la société dans son ensemble. (…) Ne pas contester les façons de penser militaristes revient à perpétuer et privilégier certaines formes de masculinité, à maintenir fermement en place les rapports de force hiérarchiques et inégaux au niveau mondial, à accorder l’impunité aux auteurs de violence contre les femmes en temps de guerre… »[1].

    L’institution militaire contribue, de différentes façons, à former de jeunes hommes afin qu’ils occupent une place dominante dans les rapports sociaux de sexe. L’armée peut être considérée comme l’une des organisations patriarcales les plus importantes dans toutes les sociétés et l’une des plus révélatrices des rapports sociaux inégaux qui caractérisent les rapports hommes-femmes : hiérarchisation du pouvoir, culte et domination du « chef », obéissance aveugle, violence physique, absence d’esprit critique, cercle fermé des « boys », etc. S’il est vrai que les femmes s’y investissent davantage, la culture militaire reste largement inchangée et parfois même dangereuse pour les femmes. 

    De la violence de la guerre à la violence envers les femmes…  

    Des reportages au Canada et aux États-Unis font état des nombreux cas de violence conjugale et d’agressions sexuelles commises par certains soldats qui reviennent de l’Afghanistan ou de l’Iraq[2]. En temps de paix, la violence par des membres des forces armées est élevée mais en temps de guerre, cette violence grimpe envers les femmes. Selon une politicienne des États-Unis, une soldate en Iraq risque davantage d’être violée par un collègue que d’être tuée par un tir ennemi. De plus, cette violence s’exerce dans une certaine culture de l’impunité et de la banalisation par les responsables des forces armées alors que les accusés sont rarement traduits en justice. 

    De plus, la violence envers les femmes fait partie de la guerre elle-même. En temps de guerre, le corps des femmes devient souvent un territoire occupé ou que l’on s’approprie au même titre que la terre. Ainsi, depuis l’Antiquité, le viol des femmes fait partie intégrante de la guerre. Les femmes ont été tour à tour considérées comme « butin de guerre », « monnaie d’échange », « repos du guerrier », « champ de bataille »», leur corps étant identifié au sol ennemi.  

    Pour emprunter les mots du major-général Patrick Cammaert, ancien commandant adjoint de la force onusienne en République démocratique du Congo, « il est désormais plus dangereux d’être une femme qu’un soldat dans les guerres modernes ». Selon Amnistie internationale, le pourcentage de femmes qui meurent dans des conflits armés est passé de 5 % durant la Première Guerre mondiale à 50 % durant la Deuxième Guerre mondiale et à près de 80 % dans les guerres des années 1990.
     

    Non à la militarisation! Non à la prolongation! 

    Nous nous portons à faux contre la militarisation accrue des politiques canadiennes et le maintien des troupes en Afghanistan. 

    Rappelons, qu’en vertu du droit international, une guerre ne peut être déclenchée qu’en dernier ressort quand toutes les voies pacifiques ont été explorées. Elle doit poursuivre un « objectif politique atteignable » et ne doit pas entraîner de maux plus graves que ceux qu’elle veut contrer. Enfin, les accords de paix doivent être négociés, les femmes devant être partie prenante de ces négociations, afin que la victoire ne puisse engendrer de trop grandes frustrations de la part des parties adverses, frustrations susceptibles d’engendrer un autre conflit. La guerre en Afghanistan ne répond pas à ces critères. 

    Nous ne voulons pas d’un changement de mission de l’armée canadienne en Afghanistan. Nous croyons plutôt que nous devrions soutenir les groupes de femmes afghanes qui luttent à la fois contre le fondamentalisme religieux et contre l’occupation étrangère, ainsi que les groupes de défense des droits humains qui travaillent pour la démocratie et le droit à l’autodétermination du peuple afghan. Dans ce scénario, la violence ne cessera pas du jour au lendemain et, comme partout, la lutte des femmes pour l’égalité sera longue. Mais c’est la seule voie pour un changement durable. La démocratie, la liberté et l’égalité ne s’exportent pas avec des chars d’assaut et des avions de combat militaires. Ceux-ci ne peuvent que semer la violence.

    Martine Éloy, membre du comité des 12 jours pour l’élimination de la violence envers les femmes

    Alexa Conradi, présidente de la Fédération des femmes du Québec et membre du comité des 12 jours pour l’élimination de la violence envers les femmes


    [1] Center for Women’s Global Leadership, « Structures of Violence: Defining the Intersections of Militarism and Violence Against Women», http://16dayscwgl.rutgers.edu/2010-campaign/theme-announcement.

    [2] La Presse Canadienne : « De nombreux cas de violence conjugale au sein des Forces canadiennes », 18 juillet 2010, http://www.cyberpresse.ca/actualites/dossiers/le-canada-en-afghanistan/201007/18/01-4299255-de-nombreux-cas-de-violence-conjugale-au-sein-des-forces-canadiennes.php.

    Time : «Sexual Assaults on Female Soldiers : Don’t Ask, Don’t Tell », 8 mars 2010, Nancy Gibbs, http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,1968110,00.html.

  • 6 décembre 2010

    La marchandisation du corps des femmes, une source de violence

    Malgré les libertés importantes dont jouissent les femmes aujourd’hui, une ombre pèse sur le tableau. C’est un phénomène grandissant affectant de moult aspects de la vie des femmes et ayant des conséquences sur la construction de rapports égalitaires entre les filles et les garçons. Il s’agit de la marchandisation du corps des femmes et de leur sexualité. 

    Qu’est-ce la marchandisation? 

    Il s’agit des processus par lesquels le corps des femmes est appelé à être jugé, modelé, mutilé pour correspondre à un modèle unifié, racisé et érotisé. Pensons à quel point, les femmes ont recours aux régimes amaigrissants, aux chirurgies esthétiques, aux produits tous acabits pour correspondre à un idéal de beauté « botoxé, plastifié et photoshopé ». Poussées ou non par leurs amoureux, les femmes intègrent au fil de centaines de messages par jour ce que les industries de la mode, du divertissement, de la beauté et de la pornographie proposent et nous vendent comme étant l’idéal. Bien sûr, nous sommes capables de développer nos propres goûts; nous acceptons certaines normes et  résistons à d’autres. Mais nous ne sommes pas imperméables à ces influences; rares sont les femmes qui n’en sont pas affectées. Les effets sont variés allant des troubles alimentaires jusqu’à la dépression en passant par le défi de s’affirmer. 

    Avec la marchandisation, on  parle aussi des processus par lesquels la sexualité des femmes et des filles devient un produit que l’on peut vendre ou acheter. Pensons aux publicités de jeans ultra-sexistes et charnelles où les femmes sont positionnées en objet à vendre, au style porno dans les tenues vestimentaires ou encore aux pubs des compagnies de bière avec leurs manoirs remplis de filles prêtes à répondre aux fantasmes des jeunes hommes. On n’y échappe jamais. Garçons et filles sont socialisés avec ces images, mais pire encore avec l’acceptation sociale d’un tel stratagème. Les rapports sociaux en sont affectés. 

    L’influence des médias dans la construction de l’image de soi et des relations notamment chez les jeunes n’est pas à négliger. Certes, les rapports entre personnes, notamment dans les relations amoureuses ou sexuelles sont construits d’un ensemble de facteurs : l’attitude des parents, amis-e-s et enseignant-e-s, les normes sociales, les choix personnels, les lois et les politiques. Mais les stéréotypes et les images sexistes vendus à coups de publicités minent les rapports égalitaires, et ce, de façon sournoise car on nous propose de croire que la liberté des femmes réside dans notre pouvoir de séduction. Maintenant, les femmes peuvent tout faire : travailler, s’occuper des enfants et des parents vieillissants tout en étant ultra-sexy et minces et en super forme! Et on se demande pourquoi autant de femmes se sentent au bout du rouleau. 

    Plus encore, les années de recherches et de travail sur le terrain nous indiquent que les inégalités (attitudes sexistes, dévalorisation des femmes dans la société, impunité face à la violence, etc.) contribuent au maintien des violences envers les femmes. Pour nous, en plus d’être particulièrement agressante, la marchandisation permet à la violence – une forme de domination et de contrôle des femmes – d’exister. 

    Force est de constater que la marchandisation est un puissant véhicule des valeurs et institutions sexistes comme a pu l’être par le passé l’influence de la religion dans la société. Aujourd’hui, le sexisme se présente, libre de contrainte, sous un modèle économique. La marchandisation est le produit du laisser-faire économique : si ça se vend, ça doit être correct. Or dans une société qui a choisi démocratiquement de valoriser le droit des femmes à l’égalité, ce laisser aller  est inacceptable. La liberté économique ne doit pas primer sur la liberté des femmes. La marchandisation porte atteinte à la liberté des femmes de définir leur identité, leurs goûts et leur sexualité par et pour elles mêmes et porte atteinte à la dignité de toutes les femmes. 

    Anne-Marie Turmel, Regroupement québécois des CALACS
    Alexa Conradi, présidente de la Fédération des femmes du Québec

    Toutes deux sont porte-parole de la campagne des 12 jours d’action pour l’élimination de la violence envers les femmes, qui se tient du 25 novembre au 6 décembre 2010.

  • 15 octobre 2010

    La Fédération des femmes du Québec : ouverte à toutes les femmes

    Nous reproduisons ici une lettre ouverte publié dans La Presse du 15 octobre 2010 en réponse au texte de Marie-Claude Lortie publié le samedi 9 octobre 2010.  

    Dans sa chronique de samedi dernier, Marie-Claude Lortie propose la mise sur pied d’une nouvelle organisation féministe, accusant la Fédération des femmes du Québec de manquer de représentativité. 

    La FFQ est un lieu d’action, d’analyse et de réflexion, de débat et de formation ouvert à toutes les femmes. Elle rassemble des femmes de tous horizons, 700 membres individuelles et 185 organisations locales, régionales et nationales, regroupant des milliers de femmes et travaillant sur autant de thèmes que la santé des femmes, le travail, la maternité, les garderies, la conciliation travail-famille-études, la lesbophobie, l’immigration et le racisme, la place des femmes en politique, l’environnement, les services publics, la violence, les stéréotypes, le vieillissement, l’exclusion sociale et bien d’autres. 

    La FFQ n’est plus rassembleuse? Alors, comment expliquer qu’elle est au cœur des plus grands rassemblements féministes dans l’histoire du Québec, du Canada et du monde depuis l’an 2000? 

    Depuis le forum Pour un Québec féminin pluriel de 1992, réunissant plus de 1000 femmes, le mouvement autonome des femmes a décidé de se concentrer, sans s’y limiter, sur les enjeux touchant les femmes les plus affectées par les inégalités et sur les contextes dans lesquels l’égalité peut prendre place. Cette orientation nous amène à travailler sur un très grand nombre de questions sociales et économiques. 

    Étrangement, on nous reproche de ne pas travailler sur le droit à l’avortement alors que la Marche mondiale des femmes (MMF) revendique la garantie que le droit inaliénable des femmes de décider d’avoir ou non des enfants sera respecté par le gouvernement fédéral et dénonce l’exclusion du droit à l’avortement et de la contraception des programmes d’aide internationale canadienne. 

    La MMF fait également écho aux féministes afghanes contre les fondamentalismes religieux, en exigeant le retrait immédiat des troupes canadiennes de l’Afghanistan. 

    Madame Lortie prétend que nous ne nous préoccupons pas assez de l’hypersexualisation et de l’image de soi. Pourtant nous proposons deux façons de s’attaquer à ces problèmes : une législation contre les publicités sexistes et la mise en place d’un programme d’éducation sexuelle égalitaire et non hétérosexiste à l’école. 

    Serions-nous trop attachées à l’État providence? Sans défendre la bureaucratisation de l’État, le mouvement féministe revendique des services publics universels, accessibles et gratuits. Tout comme nous, le Conseil du statut de la femme, organisme louangé par Mme Lortie, considère l’affaiblissement des services publics en santé et en éducation comme une attaque envers le droit des femmes à l’égalité. 

    Sans ces services, ce sont en majorité les femmes qui assument gratuitement les soins à leurs proches, souvent au détriment de leur autonomie financière, de leur participation à la vie publique et parfois même de leur santé. 

    Une autre critique amenée par Madame Lortie : nous nous occuperions trop des femmes au bas de l’échelle. Nous sommes très à l’aise de concentrer nos ressources limitées à l’amélioration des conditions de ces femmes, car ce sont elles qui en ont le plus besoin et parce que la pauvreté est le plus grand déterminant de tous les autres indicateurs de l’égalité. C’est pourquoi nous voulons une augmentation du salaire minimum à 10,69 $ l’heure et l’abolition des catégories à l’aide sociale ne servant qu’à maintenir un groupe de personnes dans l’extrême pauvreté. 

    Au cours des prochains jours, des milliers de personnes et d’organisations seront en action, solidaires des revendications de la Marche. Nous n’avons aucun doute sur notre légitimité. C’est plutôt au gouvernement de justifier son inaction face aux demandes de la Marche mondiale des femmes. 

    Alexa Conradi, Présidente de la Fédération des femmes du Québec et porte-parole de la Marche mondiale des femmes. 

    Exécutif de la FFQ : Micheline Bourassa, Lorraine Leduc, Caroline Senneville, Ghislaine Vézina. 

    Comité de suivis de la Coordination du Québec de la MMF : Marie-France Benoît, Comité de Condition féminine – CSN;  France Bourgault, L’R des centres de femmes du Québec;  Émilia Castro, Coalition régionale de la MMF – Capitale-nationale; Marie-Thérèse Forest, Table de concertation des groupes de femmes de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine; Nicole Jetté, Front commun des personnes assistées sociales du Québec, Chantal Locat, Comité de la condition des femmes – CSQ, Suzanne Tremblay, Table de concertation des groupes de femmes du Bas St-Laurent.

  • 13 octobre 2010

    Le gouvernement bloque l’égalité, nous bloquons la rue !

    Aujourd’hui j’étais à Sherbrooke pour une action éclair au sujet de la défense des services publics, accessible et gratuits. L’action suit les marches d’hier où dans les six MRC de l’Estrie environ 1000 personnes ont pris la rue pour appuyer les revendications de la Marche, particulièrement celles touchant la lutte contre la pauvreté. C’est donc avec une gang fière et gonflée à bloc que nous avons bloqué temporairement les routes du centre-ville de Sherbrooke. Pourquoi bloquer le trafic ne serait-ce que quelques minutes? Devant le blocage du gouvernement qui s’entête à ne pas répondre à la Marche mondiale des femmes, ni reconnaître comment la privatisation et la tarification des services publics nuit au droit des femmes à l’égalité. À trois reprises aujourd’hui, des jeunes et des moins jeunes, des femmes et des hommes ont bloqué la circulation pour protester contre l’indifférence du gouvernement à nos demandes.

    Partout au Québec, il y a une escalade des moyens de pression utilisés par les mouvements sociaux et le mouvement des femmes donne le ton en ce moment. Nous sommes engagées dans une véritable lutte contre des reculs. Nous voulons maintenir l’accessibilité de la santé et de l’éducation, qui est au cœur de la lutte des femmes pour l’égalité. Le gouvernement agit en hypocrite en se targuer d’être pour l’égalité alors qu’il détruit ce qui nous est le plus cher. À quand une ministre de la Condition féminine qui défend avec conviction le droit des femmes à l’égalité? Pour le moment, on ne la trouve pas.

    Pour un gouvernement si impopulaire, si associé aux scandales de corruption, il est surprenant de le voir agir avec autant d’arrogance. Pour qui se prend-t-il ? On aurait pu penser qu’un gouvernement dans une telle position soit ouvert à toutes les bonnes idées. Mais, ce serait oublier son orientation très néolibérale voire même patronale. Ce gouvernement cherche à remplacer l’État providence par Maman Providence, en bénéficiant du labeur gratuit des femmes auprès de leurs proches. Le recul alors est l’effet sur notre autonomie financière, sur notre santé et sur notre participation dans l’espace public. On dit que la MMF est trop à gauche.  Je leur réponds que la droite au pouvoir a rarement aidé les femmes. 

    Nous n’avons pas dit notre dernier mot. Surveillez les autres actions de la Marche mondiale des femmes cette semaine.

    Mots-clés :
    Luttes : Marche mondiale des femmes
  • 23 avril 2010

    L’ABC d’une rencontre internationale et un rendez-vous en RDC

    Nos journées se passent en français, en anglais et en espagnol. Une équipe d’interprètes au nombre de deux nous permet de travailler ensemble. Parmi les membres du comité international, la plupart ont pour langue maternelle une de nos trois langues, certaines en parlent trois mais pour quelques-unes, les langues de travail constituent leur deuxième ou troisième langue. Vous pouvez imaginer que la communication est forcément longue et peut s’avérer ardue. Pendant qu’une fait une intervention dans un micro, on entend les deux femmes faire l’interprétation, car elles sont juste à côté de nous. Donc trois personnes parlent simultanément alors qu’en plus les écouteurs émettent un bruit de fond. Nos réunions durent en moyenne dix heures sans compter la pause du midi. À la fin de la journée, les membres du comité international sont très épuisées.

    Le comité international est composé de deux femmes par continent et se réunit deux fois l’an. Nous sommes ici pour entamer le bilan des actions de 2010. Certains pays ont déjà fait leurs actions alors qu’au Québec et ailleurs, la majeure partie reste à venir. Aussi, nous planifions davantage l’action en République démocratique du Congo (RDC) qui sera le rendez-vous international pour clôturer les actions de 2010. Nous identifions des priorités pour les trois années à venir pour faire face aux défis posés par le caractère patriarcal des crises économiques, politiques, alimentaires et climatiques et leurs impacts sur les droits des femmes. Enfin, nous parlons d’alliances avec d’autres réseaux féministes internationaux et avec des mouvements comme Via Campesina, l’Assemblée des mouvements sociaux tout comme de notre rôle au sein du Forum social mondial. Nous ajoutons à cela des priorités pour faire face aux défis au niveau de la consolidation et du développement d’un réseau si grand, mais avec si peu de ressources financières.

    Je m’arrête donc sur un seul de ces sujets : l’événement international qui clôturera la 3e action internationale de la Marche en octobre 2010. Pourquoi nous allons en République démocratique du Congo (RDC) ? Le pays sort d’un conflit majeur qui a duré plus de seize ans. Pendant ce conflit, beaucoup de femmes ont subi des agressions sexuelles que les forces armées ont utilisées comme stratégie de guerre. On nous a rapporté plusieurs histoires révoltantes comme celle de ces 13 femmes qui ont été enterrées vivantes après avoir subi des viols. Il s’agit d’un moyen pour affaiblir la résistance des femmes voire même du peuple entier. C’est aussi un moyen pour propager le VIH/SIDA dans la population.

    Les Congolaises accueilleront des femmes de partout dans le monde et plus particulièrement des pays des Grands Lacs de l’Afrique. Cette région a connu aussi des conflits armés. Nous voulons ainsi mettre l’emphase sur les critiques féministes de la guerre et de la militarisation. Les Congolaises souhaitent ériger un monument à la mémoire des femmes agressées sexuellement. Nous souhaitons aussi, par notre action, renforcer l’autonomie socio-économique des femmes ainsi que leur influence dans leur pays en demandant la construction d’une maison pour femmes. Alors que la guerre est terminée, des milices continuent à sévir dans l’est et le nord du pays. Nous profiterons également de l’activité pour dénoncer les intérêts économiques qui maintiennent le conflit dans la RDC notamment avec la complicité des milices. On pense ici aux entreprises transnationales qui pillent davantage les ressources minières sans que le gouvernement n’intervienne, car trop occupé par la lutte contre les milices locales et étrangères. Enfin, nous voulons contribuer à l’avènement d’une paix durable en commençant par la démilitarisation de l’Est de la RDC et le désengagement progressif et concerté de la MONUC (les forces de l’ONU).  

    Cette action internationale qui réunira entre 600 et 1000 femmes de la Marche mondiale des femmes venant d’une cinquantaine de pays sera l’occasion de bâtir des solidarités entre femmes vivant en zone de conflit. Les femmes, notamment celles venant de pays en paix, approfondiront leur compréhension des enjeux en échangeant avec celles qui sont jusqu’à très récemment touchées par l’insécurité et la violence.

    Malgré nos longues journées, notamment la dernière qui a terminé à 01h30 (du matin), je sors de cette réunion d’autant plus ferme dans mon attachement à la Marche mondiale des femmes comme lieu de création des alternatives et pour nous donner de l’espoir. Les femmes du comité international ont une connaissance, une expertise et une passion qui est extrêmement touchante et inspirante. On ne savait pas il y a plus de dix ans lorsqu’on a créé ce réseau mondial de féministes dans l’action qu’il allait résonner tant dans la vie des femmes qui l’ont adopté. C’est magnifique de voir des femmes du Sud, du Nord, de l’Est et de l’Ouest travailler ensemble dans un esprit engagé et sans trace de charité nord-sud. Nous avons une lutte commune à poursuivre contre le patriarcat, le capitalisme et le racisme, trois grands systèmes d’oppression des femmes prenant certes des formes différentes, que ce soit au Québec ou au Pakistan, mais puisant ses forces des mêmes sources. Avec le Congo, on voit comment le patriarcat (viols), capitalisme (pillage des ressources par des entreprises transnationales) et militarisation (guerre) se combinent pour rendre la vie invivable pour les femmes. Cette situation nous permet de comprendre pourquoi même en 2010, tant que toutes les femmes ne seront pas libres, nous serons en marche.

  • 19 avril 2010

    De Montréal à Cape Town pour la MMF

    Je suis à Cape Town en Afrique du Sud pour une réunion du comité international de la Marche mondiale des femmes. C’est la première fois que je suis en contact direct avec notre mouvement international. En 2000, mes responsabilités m’ont tenu loin des rencontres et  actions internationales de la Marche. C’est donc avec une grande fébrilité que j’ai quitté Montréal pour aller à la rencontre de ces femmes des cinq continents.

    Le voyage pour se rendre est très long. De Montréal, on fait une escale à Amsterdam pour arriver au Cape vingt-quatre heures plus tard. En arrivant à l’aéroport du Cape, je suis passée aux douanes. Après avoir expliqué les raisons de ma visite, le douanier m’a souhaité la bienvenue en Afrique du Sud. Sous l’Apartheid, jamais un noir ne m’aurait pu accueillir. J’étais très émue de fouler le sol de ce pays ayant connu une lutte si fondamentale pour la dignité humaine et la justice raciale.

    C’est fantastique de pouvoir enfin voir ce pays qui m’a tant inspirée. Ma première manifestation était contre l’Apartheid. J’ai suivi le parcours de ce pays depuis la libération de Mandela aux démarches de la Commission sur la vérité et la réconciliation qui a permis une transition pacifique vers la démocratie. Même mes recherches universitaires sur les relations entre autochtones et non-autochtones se sont inspirées des expériences de l’Afrique du Sud.

    L’Apartheid marque les expériences des femmes. Willemina, notre hôtesse, nous raconte comment les plages qui parcourent les berges du Cape étaient jadis réservées aux blancs. Il n’y avait qu’un endroit où elle et les autres personnes de couleurs pouvaient se baigner, soit dans un port plein de boues et du détritus. Ça lui arrive encore d’être émue devant le fait qu’elle peut maintenant se promener librement et se baigner sur la plage de son choix.

    Même si la situation politique et civique a changé pour le mieux, les divisions économiques raciales demeurent vives. Hier soir, des travailleuses domestiques faisant partie d’un syndicat sont venues souper avec nous. Il y en a 500 000 dont la majorité est noire au service de familles blanches. Elles se sont donné une protection syndicale et la force qui l’accompagne, chose impossible selon les lois québécoises actuelles. C’est inspirant de constater leur démarche. 

    J’arrête là pour le moment, car le travail m’appelle. Aussitôt que possible, je vous écrirai sur les objets de notre rencontre.

    Alexa

  • 3 mars 2010

    Ce qu’on ne nomme pas, n’existe pas ?

    Quand on sait qu’il y a des pays où l’homosexualité est un crime et qu’on emprisonne encore des lesbiennes et des gais, il est scandaleux de voir que le gouvernement canadien retire toutes les références aux droits des lesbiennes et des gais dans le nouveau guide destiné aux personnes immigrantes. Nous devrions plutôt être fières d’affirmer que le Canada est un pays qui respecte la Charte des droits et libertés qui interdit toute discrimination basée sur l’orientation sexuelle. Les nouveaux arrivants, ont le droit de savoir qu’au Canada, toutes les personnes ont le droit de vivre librement et en sécurité. [Lire la nouvelle dans Le Devoir...]

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    Luttes : Discrimination