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  • 19 février 2012 – par

    Feu le registre des armes…

    Comme prévu, le gouvernement conservateur a adopté hier le projet de loi C-19 qui permet l’abolition du registre des armes à feu et la suppression des données qu’il contient. De toute évidence, il a préféré s’allier au lobby des armes à feu qu’aux groupes ayant à cœur la sécurité des femmes. Or, la police et les groupes de femmes ont témoigné de l’efficacité et de l’utilité du registre des armes à feu dans la prévention de la violence envers les femmes et du suicide. C’est un gouvernement imperméable à la raison ou à la discussion qui veut imposer une révolution culturelle contre l’avis majoritaire de la population québécoise.

    J’aimerais faire écho aux propos de Marie-Claude Lortie (http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/marie-claude-lortie/201202/16/01-4496516-ils-dansent-sur-les-tombes.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B13b_marie-claude-lortie_3273_section_POS1). Plusieurs militantes féministes fédéralistes que je rencontre se demandent s’il faut que le Québec se dote d’un pays pour ne plus être tenues de vivre sous un régime autoritaire et antiféministe (qu’est-ce qui se passera avec le libre choix en matière d’avortement?) et peu respectueux des droits humains (la torture, vraiment?). Qu’est-ce que l’on doit faire, selon vous? Les conservateurs ont le vent dans les voiles et j’ai peur que leur dernier “victoire” va simplement les encourager à aller plus loin.

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    Luttes : Violence
  • 3 novembre 2011 – par

    Plan d’immigration du Québec : tout pour le marché, rien pour les femmes !

    La ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Kathleen Weil, a dévoilé mardi le 1er novembre son plan d’immigration pour 2012-2015. La ministre exprime clairement que l’immigration devrait soutenir le développement économique mais elle prend peu en compte les besoins des femmes immigrantes.

    Pourtant, lors des consultations publiques sur le plan d’immigration, plusieurs  groupes dont la FFQ (voir notre mémoire ci-joint) ont souligné l’importance de miser sur des mesures d’intégration adaptées plutôt que de mettre uniquement l’accent sur le processus de sélection. En effet, la ministre veut attirer des personnes jeunes, qualifiées et francophones. Les femmes qui immigrent au Québec ont souvent ses caractéristiques mais se retrouvent quand même sans emplois ou dans des secteurs précaires, peu rémunérées. C’est dire que de nombreux obstacles jalonnent leur parcours : discriminations sur le marché du travail en lien avec leur origine et leur sexe, manque de services adaptés à la réalités des femmes immigrantes, difficultés dans  la reconnaissances de leurs acquis, contraintes financières face à la formation, difficultés de conciliation famille-activités, etc. Le taux de chômage élevé, les faibles revenus et les secteurs d’emploi des femmes immigrantes témoignent de ces obstacles.  La ministre, entre autres à travers le budget de son ministère, doit reconnaître que les femmes immigrantes font face à des obstacles spécifiques.

    De même, dans son plan d’immigration, la ministre ne tient pas non plus compte des difficultés des femmes réfugiées, des travailleuses temporaires comme les aides familiales ou des femmes parrainées. Ces femmes ont un accès limité à des services qui contribuent directement à leur intégration : service d’employabilité, accompagnement vers le marché du travail, formations, services sociaux et de santé, francisation, etc.

    La ministre a déclaré que son plan d’immigration s’inspirait des consultations publiques tenues cette année : il semble qu’encore une fois, les femmes n’aient pas été entendues. La voix de la FFQ, en alliances avec les groupes de défense des femmes immigrantes, est donc plus pertinente que jamais pour que l’égalité soit une réalité pour TOUTES les femmes, peu importe leur origine.

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  • 2 novembre 2011 – par

    Les propos du député Claude Pinard sur les femmes en politique démontrent bel et bien que l’égalité est loin d’être atteinte !

    Quand, en 2011, un député dit ouvertement qu’une femme en politique est un handicap sérieux et ne peut recueillir autant d’appuis qu’un homme, cela illustre très bien que nous sommes loin de l’égalité atteinte comme s’évertuent à le dire et à le véhiculer nos médias et nos gouvernements !

    En effet, la quasi-totalité des indicateurs d’égalité témoigne du fait que l’égalité n’est pas atteinte. Les femmes ont en moyenne un salaire moins élevé que les hommes, elles occupent la majeure partie des emplois précaires et au salaire minimum, elles assument encore la majorité des tâches familiales, elles sont moins présentes en politique active et dans les sphères de pouvoir que leurs confrères masculins, elles occupent des emplois moins bien rémunérés malgré le taux plus élevé de femmes ayant des diplômes d’éducation supérieure, elles sont encore victimes de violence, les publicités utilisent encore le corps des femmes pour vendre des objets, etc.

    La lutte que la FFQ mène pour faire reconnaitre ces inégalités et faire avancer les droits des femmes jusqu’à ce que l’égalité soit atteinte dans tous les domaines, en est que plus justifiée et nécessaire !

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  • 13 octobre 2011 – par

    Des prédicateurs sexistes

    L’IERA Canada (Islamic Éducation and Research Academy) organise une conférence intitulée « Calling the World to Allah » (Appeler le monde à retourner à Allah) avec l’appui d’une organisation étudiante de cette université dont le nom serait Hospitality Concordia. Les conférenciers, dont Hamza Tzortzis et Abdur Raheem Green, sont des « prédicateurs » reconnus pour leur discours antiféministe, sexiste, homophobe et antidémocratique. Ils se basent sur la Charia et interprète le Coran d’une manière rigide et archaïque afin de promouvoir leurs idées comme la prédominance de l’homme sur la femme justifiant ainsi l’usage de la violence par un mari (le chef de famille!) pour prévenir ou corriger sa femme si elle ne respecte pas son autorité; la criminalisation de l’homosexualité sous peine de mort et de flagellation; le rejet de la notion de liberté d’expression et à la peine de mort. (Voir notamment ce lien: http://www.youtube.com/watch?v=BXJBj7Rj0yg&feature=youtu.be)

    C’est un discours qui n’a aucune place dans une société égalitaire où l’état de droit prime sur les croyances religieuses. La violence conjugale est criminelle et l’homophobie inacceptable dans toutes les circonstances. Les femmes ont droit à la liberté, à la sécurité, à la dignité et à l’égalité en tout temps.

    La FFQ condamne ces propos qui appellent à la violence envers les femmes. On demande au regroupement étudiant de se dissocier de ces propos et d’annuler la conférence. La FFQ demande également à l’Université de clarifier les règles d’éthique entourant l’utilisation de leurs salles afin d’assurer aux femmes et aux LGBTQ un lieu où leur dignité sera respectée.

    Pour communiquer avec le recteur de l’Université Concordia, écrivez au président, le Dr. Frederick Lowy à president@concordia.ca ou téléphonez-le au 514-848-2424, poste 4849.

    Alexa Conradi
    Présidente

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  • 15 septembre 2011 – par

    Adoptez une membre!

    L’été tire à sa fin et les vacances sont derrière nous. Nous espérons que vous en avez profité pour vous reposer et refaire le plein d’énergie. Nous en avons fait de même et sommes prêtes à faire face aux défis qui nous attendent afin de défendre les droits des femmes, chèrement acquis, et qui sont de plus en plus attaqués et remis en cause.  Tout cela alors que les organisations féministes subissent des coupures financières qui n’ont pour objectif que de limiter leur pouvoir de dénonciation et de défense des droits des femmes.

    La FFQ ne baissera pas les bras et poursuivra sa mission malgré les conditions difficiles. Nous cherchons par tous les moyens à combler ce manque de ressources financières. Nous continuons à exiger le financement public des organismes de défense des droits, mais nous essayons aussi de nous prémunir des assauts des politiques antiféministes en consolidant notre financement autonome.

    La force du nombre étant aussi un puissant outil pour relever ces défis, nous avons  bien sûr pensé faire appel vous, nos membres.

    Chères membres, ce que nous vous demandons, c’est tout simplement de convaincre au moins une femme de votre entourage à devenir membre de la FFQ ou de lui offrir en cadeau sa première adhésion! Si vous êtes un groupe membre de la FFQ, vous pouvez faire la même chose avec un de vos groupes membres!

    En d’autres mots, nous vous invitons à adopter une nouvelle membre de la FFQ !  En posant ce geste, les solidarités féministes s’en retrouveront grandies et vous permettrez à la FFQ  de disposer d’une plus grande force d’action en ces temps hostiles à l’action féministe!

    N’attendez plus, utilisez le formulaire ci-joint ou téléchargez-le et remplissez-le à partir du lien suivant : http://www.ffq.qc.ca/simpliquer/devenir-membre/.

    La vitalité de votre fédération repose sur l’engagement de ses membres!

    En toute solidarité féministe, merci!!

    L’équipe de la FFQ

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  • 25 mai 2011 – par

    Des sites et ressources Web féministes à découvrir

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  • Les États généraux sur Facebook!

    Sentez-vous l’effervescence qui commence à se faire sentir à propos du lancement prochain du grand remue-méninge féministe “le féminisme dans tous ses états – Regards sur 20 ans d’actions et d’analyses féministes”? Attention, c’est contagieux! Vous voulez la sentir? Vous voulez y contribuer?

    Joignez-nous sur Facebook dès maintenant au : http://www.facebook.com/EtatsGeneraux !

    Pour participer aux États généraux ou en savoir plus visitez le www.etatsgenerauxdufeminisme.ca

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  • 20 avril 2011 – par

    Lettre à Wadji Mouawad

    Monsieur Mouawad, tout comme vous, nous avons choisi le silence alors que les médias relayaient le débat qui a eu lieu au Québec au sujet de ce qu’on a appelé « l’affaire  Cantat ». La question de la violence conjugale n’a rien de simple et ne peut se résumer en une ou deux phrases-choc.  Les mots pour la dire s’accommodent mal du tumulte. 

    Comme vous, nous exécrons la double peine, comme vous, nous méprisons la récupération politique.  Pourtant, nous avons été rassurées de constater qu’une grande partie de la société québécoise n’était plus indifférente aux horreurs, aux peines, à la souffrance et aux orphelins qu’engendre la violence conjugale. Dans un même concert, bien des voix se sont ainsi unies pour dire que le Québec s’oppose à cette violence faite aux femmes. 

    Vous parlez de choix moraux. Il y a à peine trente ans, ici comme ailleurs, l’on fermait les yeux sur ces gestes qui privent encore trop de femmes de leur liberté, parfois même de leur vie, et bien trop d’enfants d’une vie heureuse et insouciante.  C’est la volonté de faire cesser la violence et le contrôle qui ruinait la vie de nos mères et de nos soeurs, et la volonté de voir nos filles y échapper, qui nous a poussées à nous engager. Et c’est sans violence, que nous avons voulu changer ce monde qui refusait de voir les coups, d’entendre les cris et de dénoncer ces injustices, cette guerre sourde dont trop de femmes et d’enfants faisaient les frais.  D’arrache pied, nous avons voulu bousculer ces choix moraux insoutenables et rendre justice à celles dont les droits étaient bafoués. 

    Vous parlez aujourd’hui d’un ami qui tua la femme qu’il aimait.  Bien des hommes, qui ont commis le même geste, diront aussi qu’ils aimaient leur conjointe.  Et sans doute, le croient-ils sincèrement.  Mais comment voir amour et passion dans les longues heures pendant lesquelles Marie Trintignant agonisait, avec le visage, son si beau visage, fracturé en vingt endroits ? Comment parler d’amour alors qu’aucun secours n’a été appelé ? Bertand Cantat avait pourtant la présence d’esprit d’appeler son avocat.  Prendre la vie d’un autre humain rime bien davantage avec guerre qu’avec amour. 

    Votre ami a été jugé dites-vous.  C’est vrai.  Ce dernier a purgé sa peine.  C’est vrai.  Ce dernier est devenu un symbole.  C’est vrai aussi, comme c’est le fait de tous ceux qui, hommes ou femmes politiques, vedettes du sport ou artistes, vivent de l’appréciation du public, leurs succès comme leurs déboires.  Cela n’est pas justice, c’est vrai aussi. Mais à l’instar de Jean-Louis Trintignant, plusieurs ici se sont dit : « Ne pourrait-il pas se faire discret? », comme doivent le faire d’autres qui ont commis de tels crimes. 

    Tout comme vous, nous choisissons la justice et la vie.  Mais la vie, c’est aussi celle de Marie Trintignant, celle de Marie Altagracia Dorval assassinée à Montréal-Nord en octobre, celle d’Anne-Marie Desaulniers  tuée à Laval en novembre, celle de Yaneth Hernandez Constanza Gallego décédée récemment à Drummondville, celles de tant d’autres, celles de leurs enfants et de tous ceux et celles qui les pleurent. 

    Pour parler de justice, pour éviter la vengeance, pour envisager la réconciliation, peut-être faut-il faire une place, ne serait-ce que petite, à la réparation ? La morale doit être en dialogue avec la justice. 

    Vous nous promettez de faire entendre l’absence de Bertrand Cantat dans votre cycle « Des femmes », y entendrons-nous le silence des mortes? 

    Nathalie Villeneuve

    Présidente du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale 

    Alexa Conradi

    Présidente de la Fédération des femmes du Québec

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  • 18 avril 2011 – par

    La laïcité et les droits des femmes

    (Nous publions ici, avec sa permission, une lettre d’opinion de Micheline Dumont, historienne et spécialiste de l’histoire des femmes au Québec)

    Si j’en crois plusieurs articles du Cahier spécial du Devoir publié à l’occasion de la Journée internationale des femmes, la «laïcité ouverte est une menace pour les droits des femmes». «L’évolution du droit des femmes est liée à l’évolution de la laïcité.»

    Ce sont, entre autres, les propos de la présidente du Conseil du Statut de la femme, Christiane Pelchat. Mon opinion est pourtant que l’histoire nous enseigne autre chose. On peut ici en donner quelques exemples.

    Les femmes du Bas-Canada ont eu le droit de vote lors de l’établissement de l’acte constitutionnel en 1791. Nathalie Picard, une jeune historienne a bien montré en 1992, dans son mémoire de maîtrise, que si elles ne forment qu’une minorité de l’ensemble des voteurs ( 2%), elles sont malgré tout plusieurs centaines à voter. Analysant 57 «pool books» du début du XIXe siècle, l’historienne en a retrouvé 857, dont plusieurs ont voté à plusieurs élections. Leur nombre total a donc dû être plus grand puisque de nombreux «pool books» ont été perdus. Or, les femmes ont été privées de leur droit de vote en 1834, par nuls autres que ces champions de la laïcité qu’étaient les Patriotes. Nathalie Picard démontre d’ailleurs, en analysant les débats de 1834, que les motifs des législateurs étaient liés aux conceptions que les hommes avaient de plus en plus du rôle des femmes dans la société. Ils considèrent que la politique n’est pas un lieu convenable pour les femmes. Par la suite, l’opposition au droit de vote est venue de tous les milieux : les députés, les juristes, les journalistes, le clergé. En 1964, Keith Spicer expliquait encore à la télévision qu’une femme politique était comme un chien qui joue du piano. 

    L’établissement du Code civil du Bas-Canada, en 1866, rendait le statut juridique des femmes en général mais surtout des femmes mariées singulièrement problématique. Les juges et les avocats qui l’ont rédigé étaient des laïcs, qui se sont inspirés du Code Napoléon et de la Common Law. Nul curé n’intervient dans leurs délibérations. Les féministes ont commencé à critiquer le Code civil dès la fin du XIXe siècle. Marie Gérin-Lajoie a publié un Traité de Droit usuel en1903, pour expliquer aux jeunes filles l’abdication de leur liberté que signifiait le mariage. Le premier ministre libéral Alexandre Taschereau a institué  la Commission  Dorion, en 1929, pour examiner la situation. Comme l’a bien montré Jennifer Stoddart, « la Commission se situait à la convergence historique de deux courants opposés, celui du pouvoir clérical et celui d’une société en voie de modernisation. (…) La Commission avait en fait pour objectif de se pencher sur les valeurs culturelles de la société québécoise des années 1920 qu’on retrouvait enchâssées dans le Code Civil». Or, ils n’ont pratiquement rien changé. «Cette situation a été un choix constant et conscient de la part des législateurs québécois». Cette législation était d’ailleurs un signe de la différence québécoise, de sorte que les femmes ont été soumises à la nécessité nationale de leur subordination jusqu’en 1964. 

    À la fin des années 1960, la population québécoise a été le siège d’un débat public qui a duré plusieurs années : «Les États Généraux du Canada français». On a invité aux délibérations des centaines d’associations civiles. Les clercs y sont nettement en minorité. Il est peu fait mention de la question des droits des femmes dans l’ensemble des débats, qui sont concentrés  principalement sur les pouvoirs d’un État québécois éventuel, sur le contenu d’une charte et d’une constitution québécoises. Dans l’atelier politique, sur les 17 questions qui sont abordées, deux seulement concernent l’égalité entre les hommes et les femmes, laquelle est acceptée facilement. Il est malgré tout symptomatique qu’au moment des résolutions finales, le besoin d’une politique nataliste ait été adopté à 97%.  Mais ce beau débat de société est vite éclipsé par la montée du Parti Québécois et son élection en 1976. Les militantes souverainistes tiennent à ce que les dossiers qui concernent les droits des femmes figurent au programme du Parti québécois. En 1977, après un débat serré, elles réussissent  à obtenir que la décriminalisation de l’avortement fasse partie du programme officiel. Or René Lévesque, qui avait, on s’en rappelle,  remplacé la prière rituelle au début des sessions par une minute de silence, ne l’accepte pas. Dans son discours de clôture du congrès, il oppose  son droit de veto sur cette résolution et déclare que son gouvernement n’est pas lié par le vote. 

    Au demeurant, on pourrait examiner ce qui se passe dans d’autres pays. Justement Florence Rochefort a dirigé l’ouvrage : Le pouvoir du genre. Laïcités et religions 1905-2005. (Toulouse, PUM, 2007). On y découvre qu’en France, haut-lieu de la laïcité, «l’émancipation des  Françaises a été un corollaire involontaire et tardif de la laïcisation de la société. (…) Que dans les pays non occidentaux, d’une part, la laïcisation de la société, qui conduit de facto à émanciper  les femmes, continue à être dénoncée comme un volet du colonialisme; d’autre part, la question du genre et des laïcités est subordonnée aux contextes culturels nationaux, y compris en Europe». 

    Bref, les rapports ne sont pas aussi nets qu’on voudrait le croire, entre les droits des femmes et la laïcité. La question n’est pas aussi simpliste. Au-delà du conflit entre la religion et la laïcité, se profile la domination des institutions patriarcales. Si elles ont pu être légèrement modifiées depuis un siècle, on le doit aux efforts des mouvements féministes et nullement à quelque vertu secrète de la laïcité. 

    Je ne suis pas contre la laïcité. Elle est certes une  donnée importante dans la vie démocratique. Mais on ne me fera pas avaler qu’elle est une garantie pour les droits des femmes.

    Micheline Dumont

    Historienne

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  • 29 mars 2011 – par

    Quand on vient dénaturer la discrimination systémique

    La coupe est pleine !

    Selon un certain « expert », nous les enseignantes, nous ne saurions pas différencier l’agressivité de la violence dans les cours d’école et nous serions trop nombreuses en éducation, mais pas trop nombreuses pour nous occuper des enfants à la maison ou pour faire le ménage. Ça, c’est du mépris envers les travailleuses qui tiennent, avec leurs collègues masculins le monde de l’éducation à bout de bras. Soulignons que les recherches démontrent qu’un milieu sans violence est plus propice à l’apprentissage, donc à la réussite…

    Trop de femmes en éducation, vraiment ?

    Plusieurs prétendent que la grande présence des femmes nuirait à la réussite scolaire des garçons. Alors, comment expliquer qu’en formation professionnelle, là où les hommes représentent 59 % du personnel enseignant, les garçons réussissent encore moins que les filles ? Comment se fait-il qu’en Suisse, où la présence des femmes est de 75 %, les garçons (92 %) réussissent mieux que les filles (88 %) ? Qu’en Allemagne, où il y a sensiblement le même nombre de femmes en pourcentage qu’au Québec, les garçons (20-24 ans, 2008[1]) réussissent beaucoup mieux que ceux du Québec ? Le sexe n’est donc pas une compétence pédagogique.

    Discrimination positive pour les hommes

    On utilise la discrimination positive quand il y a de la discrimination systémique. Les personnes qui connaissent ces notions trouveront ridicule l’idée d’Égide Royer d’envisager la discrimination positive pour les hommes afin de les attirer en éducation. Dénaturer la notion même de la discrimination systémique vient remettre en question la lutte de groupes discriminés, dont les femmes, pour leurs droits. À l’école, bien au contraire, quand les hommes arrivent pour poser leur candidature, les portes leur sont toutes grandes ouvertes.

    L’éminent expert qu’est M. Royer, comme il est mentionné dans l’article de Sébastien Ménard[2], ne peut faire mieux que d’affirmer qu’il a l’impression que la précarité joue un rôle dans le fait que les hommes ne vont pas en enseignement. Les experts ne font pas dans l’impressionnisme, ils se fondent sur des études et des données validées. Les femmes acceptent — ça doit être dans leur nature — la précarité et la subissent puisqu’elles vont en enseignement malgré cela, et les hommes, eux, seraient incapables de faire face à cet obstacle ? Quel mépris pour les femmes et pour les hommes !

    Augmenter les exigences à l’université pour la formation des maîtres

    Les universités devraient augmenter leurs exigences. Et, si tel était le cas, qui exclurions-nous presque systématiquement, les filles ou les garçons ? Réussir, en termes de connaissances, est-il le gage d’une performance pédagogique ? Se pourrait-il que des détenteurs de doctorat fassent piètre figure devant une classe du primaire ou du secondaire ?

    Et quelle est cette idée que l’on doit absolument obtenir son diplôme secondaire en cinq ans ? Une gestion de l’éducation où toutes et tous doivent entrer dans le même moule.

    Reconnaissant qu’il faut se préoccuper de la réussite du plus grand nombre, si j’étais ministre de l’Éducation, voici ce qui serait sur ma liste d’actions à réaliser :

    • Convaincre les autres ministères et le premier ministre que la lutte au décrochage commence par la lutte à la pauvreté ;
    • S’assurer d’une mise en place réelle de politiques contre la violence, le sexisme et l’homophobie dans les établissements scolaires ;
    • Agir tôt, dès le préscolaire, afin de dépister les élèves à risque ;
    • S’assurer de mettre à la disposition du personnel enseignant des méthodes et des approches pédagogiques diversifiées, particulièrement en français, dont l’efficacité a été prouvée par des recherches sérieuses ;
    • Donner au milieu de l’éducation les ressources de soutien et professionnelles pour aider les élèves en difficulté ou intégrés ;
    • Faire un travail de sensibilisation et de formation auprès du personnel de l’éducation ainsi qu’auprès du grand public sur les stéréotypes et les rapports sociaux de sexe et des impacts de ceux-ci sur les jeunes ;
    • Donner à l’Éducation toutes ses lettres de noblesse en investissant adéquatement, en améliorant les conditions de travail et en reconnaissant l’autonomie professionnelle des personnes qui y travaillent.

     


    [1]   TONDREAU, Jacques (2011). Le discours alarmiste sur le décrochage scolaire des garçons (3/3), (10 janvier), http://tendancessociales.blogspot.com/.

    [2]   MÉNARD, Sébastien (2011). « Priorité aux hommes », Le Journal de Québec (24 mars), p. 7.

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