6 novembre 2018

Prise de parole pour les un an du #metoo

 

Le 14 octobre 2018, au Quai des brumes, se tenait une conférence de presse pour souligner le premier anniversaire du #metoo au Québec. Alexandra Laberge a pris la parole pour la FFQ et voici le texte de son intervention, sous  la vidéo de la conférence.

Vidéo :

Texte de l’intervention :

Bonjour à toutes et tous,

Je me nomme Alexandra Laberge, je représenterai la Fédération des femmes du Québec (FFQ) en tant que  coresponsable du 4e comité de travail soit Féminisme Corps, Sexualité, Image, Genre et Violences.

Avant tout, il nous semble important à la FFQ de rappeler que le #metoo n’est pas né il y a un an aujourd’hui par l’audace d’Alyssa Milano. Nous tenons à resituer l’origine du #metoo, il y a 12 ans, à New York, grâce à Tarana Burke, une activiste afro-américaine. Nous tenions à lui redonner toute la légitimité qui lui revient sur ce que nous soulignons aujourd’hui, les un an de la vague de dénonciations des agressions sexuelles à travers le monde par le biais des # ainsi que la mise en lumière de la violence vécue par les femmes.

Je suis ici entre autres pour rappeler à nos élus.es qu’un bon nombre de documents, mémoires, recherches, témoignages, etc. créer par des expertes, des survivantes, des femmes qui sont-elles mêmes très à même de vous guider, existent. Ils peuvent vous aider et vous montrer ce qui pourrait être fait pour améliorer la condition des femmes du Québec, et que, bien qu’elle ne possède pas autant de micros, de droits de parole, d’audiences, et même d’écoute, elles ont des voix, des voix pertinentes et intelligentes, car il s’agit du vécu de celle-ci, elles en sont les expertes. Que celles-ci sont les meilleures pour trouver les moyens les plus appropriés dont le Québec pourrait se doter pour changer réellement les conditions de toutes les femmes.

De ce fait, bien qu’il existe un nombre considérable de sources reliées aux agressions sexuelles toutes plus pertinentes les unes que les autres. Je me ferai porte-parole d’une seule, le mémoire présenté par la FFQ dans le cadre de la commission avec le citoyen sur la mise en œuvre du Plan d’action gouvernemental 2008-2013 en matière d’agression sexuelle, publié en 2015. Celui-ci est appuyé par la Fédération du Québec pour le planning des naissances et le Centre contre l’oppression des genres. Il a également été rédigé avec la collaboration du Conseil des Montréalaises, d’Action des femmes handicapées de Montréal et de Martine Delvaux.

Celui-ci traitant du NOUS femmes, dans toute sa pluralité et à l’intersection des facteurs de vulnérabilités, je ne peux aujourd’hui vous présenter toutes les femmes qui sont victimes d’agressions sexuelles, rappelons-nous qu’il s’agit d’une femme sur trois. On m’a donc mandaté de me diriger vers celles que le #metoo, #moiaussi a peut-être rendu moins visible, mais a toutefois permis à leurs filles, arrières petites filles, arrières arrières petites filles à dénoncer leurs agressions sexuelles, et nous croyons qu’elles méritent la même visibilité et qu’aujourd’hui est un bon moment pour les mettre au-devant. Je me ferai donc, humblement, porte-voix des femmes ainées, victimes d’agressions sexuelles à partir de la section qu’on retrouve sur le sujet dans le mémoire de 2015, un résumé d’un document rédigé par Karine Tremblay, RQCALACS Le Regroupement québécois des CALACS (Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel)

Toutes les femmes vivent le tabou entourant la dénonciation d’acte de violences sexuelles, mais celui-ci persiste davantage chez les victimes aînées. D’abord parce qu’il y a le temps, soit le fait que ce qu’elles ont vécu date de leur enfance,  adolescence ou de leur vie d’adulte, et que la dénonciation, n’étant pas facile aujourd’hui, n’était pratiquement pas accessible à l’époque. Puis, celui-ci devient davantage insidieux lorsqu’on parle de sexualité des femmes âgées. La non-considération du corps sexué femme des personnes âgées invisibilise la possibilité qu’elle en soit victime. Leur vie sexuelle étant soi-disant terminée, elles seraient à l’abri. On croit aussi, à tort, que les femmes âgées ne peuvent pas être violées parce qu’elles ne s’habillent pas sexy, qu’elles ne sont plus « désirables ». L’agression sexuelle ne constitue surtout pas un acte de désir, mais bien un geste de violence, de pouvoir et de domination.  On estime à 3000 le nombre de femmes aînées victimes de violences à caractères sexuelles par année.

Malheureusement, la personne âgée est souvent victime de plus d’une forme de violence : c’est ce que l’on nomme « intersections des violences ». Abus médical, violence financière, violence physique, violence émotionnelle, négligence, violation du droit de liberté, etc. Elles ne sont pas plus faibles, aucune femme n’est faible devant la violence et la domination. Elles sont par contre davantage vulnérables par notamment des conditions de santé, d’éducation, et de traumatismes qui n’ont pu être traités à l’époque et qui participent à minimiser ce qu’elles vivent.

Briser le tabou, c’est une première étape pour mettre en lumière cette triste réalité et permettre aux victimes de sortir du silence dans lequel, dans bien des cas, elles vivent depuis longtemps, car les agressions à caractère sexuel peuvent aggraver, amplifier et accélérer les facteurs normaux de vieillissement.

Que le gouvernement du Québec adopte une loi obligeant toutes les institutions hébergeant des personnes aînées ou en perte d’autonomie d’adopter des protocoles et des politiques de lutte à la violence envers les femmes, incluant la violence sexuelle.

Que le gouvernement du Québec modifie la Loi sur l’IVAC contre le délai de prescription pour les victimes d’avant 1975.

Pour conclure, je sortirais quelques minutes du rôle qui m’impute aujourd’hui pour remercier ma grand-mère, elle-même victime d’agressions sexuelles toute jeune. Elle a tout fait pour qu’à mon tour je ne sois pas aussi une victime. Dès l’enfance, les avertissements sur les inconnus, barrer les portes, me protéger. Malheureusement, l’éducation d’une seule femme à une autre ne suffit pas à nous protéger de celle reçue dans cette société. L’agression sexuelle ne constitue surtout pas une faute de la victime, quelque chose qu’elle n’aurait pas bien fait ou pas ou peu importe. C’est un geste de violence, de pouvoir et de domination.  Et j’en ai été finalement victime comme mes paires, mes amies, mes connaissances. L’éducation est un facteur essentiel dans la reconnaissance de la violence faite aux femmes et de sa non-reproduction. Mais elle doit être porté par tous comme une valeur et éthique humaine de non-violence et non pas comme une responsabilité portée par les survivantes. Merci grand-maman de ton prendre soin à l’égard de ce corps que je n’ai pas choisi. Je sais que tu as fait ton possible pour me protéger, je laisse maintenant la responsabilité à nos élus d’en faire autant pour toi, pour moi, pour toutes les femmes du Québec, passées, présentes et futures.

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