18 mai 2016

Mot de la présidente : Des-Terres-Minées, extractivisme et réflexions féministes

 

Au cours des dernières semaines, j’ai eu le privilège de participer au projet Des-Terres-Minées. Ce projet en lien avec l’environnement fait suite du Tribunal permanent des peuples et répond au besoin d’approfondir les analyses féministes des enjeux extractifs. Organisé en collaboration avec plusieurs partenaires dont la FFQ, Femmes autochtones du Québec (FAQ), le Comité des droits humains en Amérique latine (CDHAL) et le Projet d’accompagnement solidarité Colombie (PASC), Des-Terres-Minées propose de développer une critique de l’extractivisme à partir d’analyses féministes et anticoloniales.

Je suis donc partie rejoindre l’équipe du PASC (trois filles vraiment géniales) en tournée d’abord en Gaspésie, puis sur la Côte-Nord. Les principaux objectifs de cette tournée étant d’ouvrir des espaces de parole, de repenser le territoire et les rôles sociaux genrés, d’échanger mutuellement sur les différentes réalités et les pratiques de lutte, de comprendre comment les différentes oppressions se conjuguent et de formuler d’autres possibles.

Si la FFQ participe à ce genre de projet, c’est que l’environnement est un enjeu féministe et que depuis longtemps nous nous mobilisons contre le capitalisme et ses liens avec le patriarcat et contre les oligarchies qui s’approprient les ressources naturelles et humaines de la planète.

Nous vivons dans une société où la logique marchande prime sur le bien-être collectif. Cette économie de profit repose sur une logique qui amène une surexploitation des ressources naturelles et des ressources humaines au détriment d’une économie de vie. Les territoires et les ressources sont ainsi accaparés par des entreprises multinationales et perpétuent le colonialisme. Pensons aux compagnies canadiennes, telles les minières et les pétrolières, présentes au Pérou et en Colombie comme exemples à l’international et le Plan Nord comme exemple ici au Québec.

Pourquoi la surexploitation des ressources naturelles est-elle un enjeu féministe ?

Au Québec, mais également dans de nombreux autre pays et territoires,  les États appuient l´extraction et mettent de côté la protection de l´environnement. Derrière les politiques dictées par l´État se retrouvent les intérêts des entreprises et non celui du bien-commun. Ce système économique, basé sur des politiques néolibérales, valorise la surconsommation et la surexploitation des ressources naturelles et des territoires.

Les femmes sont les premières touchées par cette (sur)exploitation. Les femmes paysannes et les femmes autochtones sont bien souvent au cœur de la résistance contre l’expropriation et l’exploitation des terres agricoles et des ressources naturelles. Ces luttes sont pour elles une lutte pour défendre leur territoire, leur identité et elles participent plus largement aux résistances contre le projet colonialiste et capitaliste.

Au Québec comme ailleurs dans le monde, et bien que des milliers de kilomètres les séparent, les femmes et en particulier les femmes autochtones, sont les premières touchées par les impacts liés à la destruction de l’environnement et le système extractif. Parfois au péril de leur vie, elles se lèvent contre ce modèle de développement basé sur l’exploitation de la nature et de ses ressources.

Avec cette tournée et avec ma visite au Pérou dans le cadre de la 4e rencontre de la MMF des Amériques en octobre dernier, j’ai vu comment le thème de la dernière Marche mondiale des femmes, Libérons nos corps, notre Terre et nos territoires, résonne avec les luttes menées par les femmes, ici et ailleurs, pour protéger l’environnement et dénoncer l’appropriation des territoires des communautés autochtones, sans aucun respect de leurs droits ancestraux, par ces compagnies. J’ai vu et rencontré des militantes solidaires dans l’action pour le respect de droit à l’autodétermination des peuples autochtones.

 

L’importance d’élever nos voix ensemble

J’ai pris part aux différentes activités organisées durant la tournée, évènements publics, ateliers créatifs sous forme de conte de marionnettes, de théâtre-forum ou de cercle de discussion, j’ai appris. En participant à cette tournée, j’étais loin de m’imaginer tout ce que j’en retirerais en retour !

Les femmes que nous avons rencontrées sont celles qui vont au-devant pour dénoncer la volonté des dirigeants de développer une économie québécoise et canadienne basée sur l’exploitation des hydrocarbures. Elles s’opposent aux  minières et des gazières qui participent à l’exploitation éhontée des ressources ici et ailleurs dans le monde (accaparement de territoires appartenant à des peuples autochtones, dommages sur l’environnement et la santé des communautés, augmentation des violences envers les femmes à proximité des grands chantiers, militarisation et répression des discidant.es/opposant.es). Ces militantes résistent pour défendre la Terre et la vie.

Je termine sur une citation du Comité international de la Marche mondiale des femmes, réuni au Québec au mois de septembre dernier, qui m’inspire et me donne envie d’agir :

« Nous ne voulons pas de ce monde inhumain. Nous disons non, cela suffit ! Et pour cela, nous ratifions là encore, notre engagement à la construction d’un Nouveau Monde, dans lequel la vie est au centre de tout, dans lequel tous les êtres humains jouissent de nouvelles relations, fondées sur la justice, la liberté, le respect et la reconnaissance de la diversité, non seulement entre eux, mais aussi avec la nature. […]. Ensemble, nous allons parler de la protection de la Mère Nature, de l’environnement et d’un véritable changement dans le système, pour arrêter la dévastation […]. C’est dans l’espoir de parvenir à cette société guidée par les principes féministes, que nous appelons à la lutte et nous continuons à marcher ! »

Mélanie Sarazin

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