18 mars 2016

Un 8 mars fait de rencontres, de solidarités et d’actions

 

La semaine dernière était une semaine bien remplie pour la FFQ. Le 8 mars est toujours un temps de l’année important pour souligner les luttes pour les droits des femmes. Avec pour thème Appel à toutes pour se faire entendre de nombreuses activités ont été organisées partout au Québec et la FFQ a participé à plusieurs à d’entre-elles.

Avec le Collectif 8 mars, nous avons rencontré la nouvelle ministre à la Condition féminine, Lise Thériault. C’est non sans appréhension que nous nous sommes rendues à cette rencontre avec la ministre Thériault, ces déclarations sur le féminisme ont choqué et ont soulevé des questionnements quant à sa capacité à collaborer avec le mouvement féministe. Contre toute attente, nous avons été positivement surprises par la maîtrise des dossiers démontrée par la ministre et par une certaine ouverture aux revendications du Collectif 8 mars. Bien que certains engagements aient été pris par la ministre, nous surveillons de près le dépôt du prochain budget. Y aura-t-il de nouvelles coupures au Secrétariat à la condition féminine ? Les politiques de « relance économique » favoriseront-elles des secteurs économiques où les femmes sont minoritaires ? Y aura-t-il d’autres coupures dans les services et les programmes sociaux ? Les mesures fiscales privilégiées par le gouvernement vont-elles nuire à l’autonomie économique des femmes ? C’est avec ces questions en tête que nous analyserons ce budget ! Nous serons également très attentives à l’automne lors de la sortie du nouveau plan d’action en matière d’égalité femme-homme.

Si la ministre a réitéré sa position en faveur du développement des garderies privées, au détriment d’un réseau public de service de garde éducatif, nous réitérons notre volonté de défendre ce réseau qui a été obtenu, entre autres, grâce aux luttes féministes. On ne lâche rien !

Célébrer  la tradition militante de la Journée internationale pour les droits des femmes

Outre la rencontre entre la Ministre Thériault, nous avons profité de moments de solidarité et nous avons milité aux côtés de nombreuses féministes. Nous avons participé au rassemblement à Sorel-Tracy organisé par les militantes du Mur de femmes contre les oléoducs et les sables bitumineux. Cette initiative, née dans le cadre de la Marche mondiale des femmes, continue de réunir des féministes dans l’action pour contrer les projets qui participent à la destruction de l’environnement et mettent à risque de nombreuses communautés. Nous avons également collaboré avec le Comité 8 mars de Femmes de diverses origines. J’ai pris la parole lors d’un panel abordant différentes luttes menées par des féministes (antiraciste, anticolonialiste, entre autres). J’ai partagé avec les militantes réunies notre perspective sur l’action féministe collective et nos luttes aux politiques d’austérité. J’y ai aussi beaucoup appris. Je me suis également rendue à Trois-Rivières à l’invitation de la CSN, pour parler des nouvelles orientations de la FFQ et de la manière dont elles invitent les membres à travailler conjointement et différemment pour faire avancer un projet féministe de société. Pendant ce temps, mes collègues ont aussi été actives, entre autres, en offrant un atelier avec Femmes autochtones au Québec, au camp de formation féministe organisé par le comité femmes de l’ASSÉ et en assistant à une discussion avec Viviane Michel et Maguy Mettelus sur le racisme et le colonialisme ainsi que les solidarités entre les femmes autochtones et les femmes noires au Québec. Une discussion qui se déroulait autour de la parution en français du livre de bell hooks (figure importante du black feminism), Ne suis-je pas femme?, 30 ans après sa parution originale en anglais. Finalement, de nombreuses militantes se sont jointes à Femmes de diverses origines pour la manifestation annuelle du 8 mars à Montréal, une belle manière de souligner la tradition militante de cette journée. J’ai terminé moi-même, cette semaine d’actions, de partage de connaissances et d’apprentissages avec des femmes de ma région, en Outaouais. Une semaine riche qui nous rappelle pourquoi nous luttons et qui nous donne la force et l’énergie de poursuivre !

Nous sommes féministes

La discussion sur le féminisme, grâce ou malgré les propos de la Ministre Thériault et de d’autres élu.es du gouvernement, a pris beaucoup de place dans l’espace public et a certainement éveillé des consciences sur l’importance d’atteindre l’égalité pour toutes. Si certaines femmes, on choisi d’emboîter le pas et d’affirmer qu’elle n’était pas féministes à coup d’arguments basés trop souvent sur une vision stéréotypée du féminisme et des féministes, plusieurs autres ont répondu avec enthousiasme : « Je suis féministe ». Des initiatives comme « Nous sommes féministes » ou encore le reportage « Féministes et fières de l’être nous ont permis de nous rappeler que nous sommes nombreuses à nous identifier comme féministes et à faire vivre les luttes féministes au quotidien.

Dans ce monde où il est encore très difficile pour les femmes de faire leur place, où l’argent et le capital viennent avant le bien-être, la santé, l’éducation et les droits des femmes, le féminisme devient l’outil privilégié pour mener la lutte pour l’égalité entre les hommes et les femmes, entre les femmes elles-mêmes et entre les peuples.

Quoi que l’on puisse dire, notre société est complexe et de nombreux enjeux font en sorte que nous devons comme féministe continuer les luttes importantes et dénoncer les injustices. Toutes ensemble, nous devons nous battre pour mettre fin aux inégalités, au patriarcat, au racisme, au colonialisme et au capitalisme.

Mais force est de constater que ces dernières années nos actions produisent peu de gains. Doit-on lutter pour une amélioration du système actuel ou en inventer un tout autre reflétant davantage le monde que nous souhaitons ? Je n’ai malheureusement pas la réponse à cette question. Je sais par contre que les mouvements féministes ont toujours su travailler de façon différente. Une de nos grandes forces est de nous construire nous-mêmes comme mouvement et sujet politique. Bien que la résistance puisse prendre différentes formes et que certaines organisations le font différemment, il importe pour la FFQ et le mouvement féministe auquel elle adhère de lutter pour l’émancipation des femmes et l’affirmation de leur droit à une participation intégrale et libre à la vie sociale, culturelle, politique et économique. Nous nous devons aussi de rejeter tout système et toute pratique d’oppression et de domination qui génèrent et entretiennent la violence, la pauvreté, l’intolérance, la discrimination et l’exclusion. Mais comment lutter ensemble, quand nos expériences et nos vécus nous amènent à privilégier des moyens et des stratégies différentes pour mener ces luttes ?

Nous devons nous rappeler que nous travaillons pour une cause plus grande que notre mouvement. Nous travaillons pour une réelle transformation sociale et politique à l’image d’un projet féministe de société.

Le projet féministe de société est ambitieux, car il ne s’arrête pas à l’égalité comparative. Il cherche à éliminer toutes formes de dominations, d’inégalités et de privilèges. Il vise à consolider la solidarité, à dynamiser le mouvement féministe, à développer et à renforcer nos luttes, à accroître notre fierté et notre sentiment d’appartenance à ce mouvement.

Bien évidemment, le mouvement féministe n’est pas homogène. Je considère ce fait comme étant une force et non une faiblesse. Et je garde en tête que le féminisme que nous devons pratiquer est celui qui permet l’erreur : autrement comment pourrait-on permettre l’apprentissage ? Il est celui qui ose parler franchement, autrement comment pourrait-on nous écouter ? Et il doit permettre à une diversité de visions de se rencontrer et de se confronter, sinon, comment pourrait-on faire avancer les enjeux importants des droits des femmes ?

Considérant la société patriarcale, colonialiste, capitaliste et cette logique néolibérale, le féminisme prend tout son sens et nous devons nous mobiliser et construire une lutte forte de nos résistances pour un projet féministe de société à l’image des valeurs de la Marche mondiale des femmes que sont l’égalité, la liberté, la solidarité, la justice et la paix. Et cela me ramène au thème de cette année : Appel à toutes pour ce faire entendre c’est cette solidarité et cette sororité qui nous unit. Nous composons plus de la moitié de la population et ce que nous avons à dire est important. Nous sommes celles qui transforment la société, celles qui changent les mentalités, et celles qui agissent ensemble pour toutes.

Appel à toutes pour se faire entendre exprime comment nous sommes tricotées serrées, mais « lousse », tout en même temps. C’est aussi, pour moi, un écho à “tant que toutes les femmes ne seront pas libres nous serons en marche” ! Et, cette marche elle nous mènera inévitablement à la réalisation d’un projet féministe de société !

 

Mélanie Sarazin

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