15 février 2016

Mémoire : Plus de justice et de liberté pour les femmes

 

La FFQ a produit un mémoire dans le cadre de la consultation sur le troisième plan d’action gouvernemental en matière d’égalité entre les hommes et les femmes. Nous vous proposons de lire l’extrait de Introduction : Une vision élargie de l’égalité. Vous consulter le mémoire pour connaître nos 25 recommandations.

Dynamisme du mouvement des femmes

Il y a cinquante ans, des femmes du Québec fondaient la Fédération des femmes du Québec (FFQ) pour regrouper ces dernières et les associations qui travaillent à l’égalité et pour faire entendre la voix des femmes sur la scène publique et politique. Non partisane et non confessionnelle, elle évoluera dans ses revendications, connaîtra des gains et des revers, mettra l’accent d’abord sur la représentation politique avec une visée réformiste, puis sur la mobilisation, et s’ouvrira au monde et à la diversité.

La Marche du pain et des roses, en 1995, a marqué un tournant. Elle a mis la pauvreté des femmes sur la carte de la conscience collective et montré la force et la solidarité du mouvement des femmes. Elle s’est élargie et prolongée en Marche mondiale des femmes contre la pauvreté et la violence, créant des liens entre les femmes du monde entier et enrichissant la vision et l’action féministes au Québec même.

La FFQ était à l’origine de ces marches. Elle a aussi initié et mené la démarche des États généraux de l’action et de l’analyse féministes au Québec, où toutes les femmes étaient conviées à s’exprimer, à mettre leurs savoirs, leurs analyses et leurs projets de société en discussion. À l’automne 2013, le Forum des États généraux rassemblait plus de 1000 femmes et tout était mis sur la table. Des consensus forts sur certaines questions, des divergences  difficiles sur d’autres, et surtout, une source d’inspiration pour les années à venir : le féminisme a maille à partir avec toutes les dominations, partout. Tout ce qui compose la société le concerne, de la politique à l’environnement, de la sexualité aux systèmes économiques, de la vie quotidienne aux communications. L’égalité ne peut se construire qu’en convergence avec la justice, la liberté, la paix et la solidarité, et ce, pour toutes les femmes. 

Avant d’aller plus loin, nous voulons rappeler que la Fédération des femmes du Québec a conclu une entente de solidarité avec Femmes autochtones au Québec, reflétant la volonté commune des deux organisations de collaborer pour mettre fin aux rapports coloniaux que le Québec entretient toujours avec les nations autochtones. Notre visée d’égalité et de justice pour les femmes au Québec inclut nos soeurs autochtones. Dans la mesure où les juridictions font en sorte que le plan d’action gouvernemental en matière d’égalité ne s’applique pas aux nations autochtones, le présent mémoire ne fera pas état de leurs revendications, qui passent par des voies différentes. Les institutions québécoises sont toutefois impliquées dans leurs conditions de vie, et à ce titre nous appuyons les demandes de nos sœurs autochtones, particulièrement en ce qui concerne les enjeux de violence et de discrimination. À leur propos, nous répétons ce slogan de la Marche mondiale des femmes : Tant que toutes les femmes ne seront pas libres, nous serons en marche.

Égalité et conditions de vie des femmes

La Politique gouvernementale dévoilée en 2006[1] définit l’égalité comme égalité entre les femmes et les hommes, et lorsqu’elle parle de discrimination systémique, elle fait référence à la discrimination sur la base du sexe. Elle précise que « [l]orsqu’on parle de discrimination systémique, on pense donc à une combinaison de facteurs qui agissent en synergie, se renforcent les uns les autres et ont pour effet de rendre la situation des femmes inégalitaire. »[2]

Toutefois, cette perspective de « combinaison de facteurs » devrait être articulée plus vigoureusement pour porter une action gouvernementale. Déjà, au début des années 2000, la FFQ, comme nombre de ses membres, parlait des discriminations multiples qui affectent les femmes et qui modulent leurs conditions sociales. Il ne s’agit pas seulement de facteurs, mais bien d’autres discriminations qui se conjuguent avec celle du sexe. Plus précisément, on devrait parler d’oppressions. La Marche mondiale des femmes a provoqué, à la FFQ entre autres, une prise de conscience des liens étroits entre tous les systèmes de domination. Le système de classes, le racisme, le colonialisme, la lesbophobie, le capacitisme[3], l’âgisme, ne sont pas des dimensions étrangères au sexisme, mais des réalités qui le modulent et le renforcent. Cela peut aller jusqu’à rendre inopérantes des mesures pensées pour le combattre. Par exemple, augmenter la présence des femmes dans les instances décisionnelles exclut encore plus les femmes de couleur si les seules femmes qu’on y place sont des femmes de la majorité blanche dominante.

Or nous ne voulons pas que seules les femmes de la majorité, et parmi elles les femmes instruites, en santé et économiquement bien pourvues, accèdent à l’égalité avec leurs homologues masculins. Nous voulons qu’il y ait justice pour toutes. C’est pourquoi nous parlons d’égalité comme étant l’égalité entre les femmes et les hommes, entre les femmes elles-mêmes et entre les peuples.

Concrètement, cela signifie qu’une vision de l’égalité doit inclure les femmes autochtones, les femmes racisées, les femmes pauvres,  les femmes portant le foulard, les femmes aînées, et toutes celles qui sont différentes, que ce soit leurs jambes, leurs oreilles, leurs hormones, ou leur cerveau qui fonctionne différemment. Ou leur conscience d’elles-mêmes comme femmes.

Cela veut dire que l’action pour la justice envers les femmes doit tenir compte des autres systèmes d’oppression. Combattre une oppression, c’est reconnaître la réalité de l’oppression et combattre toute oppression, afin que toutes les femmes soient libres.

C’est ainsi que de plus en plus, la notion d’égalité nous apparaît indissociable de celle de justice.

C’est cette vision élargie de l’égalité qui nous fait analyser différemment les situations, poser différemment les perspectives, penser différemment les actions à poser.

 

Lire le mémoire complet et connaître nos recommandations

 


[1] GOUVERNEMENT DU QUÉBEC (2007), Pour que l’égalité de droit devienne une égalité de fait. Politique gouvernementale en matière d’égalité entre les femmes et les hommes.

[2] Op.cit. p. 29.

[3] Le capacitisme est une forme de discrimination ou de jugement défavorable contre les personnes vivant avec un handicap. Le système de valeurs capacitiste, fortement influencé par le domaine de la médecine, place la personne capable, sans handicap, comme la norme sociale. Les personnes qui ne se conforment pas à cette norme doivent tenter de s’y conformer. Dans ce système de valeurs, le handicap est une erreur, un manque, un échec, et non pas une conséquence de la diversité au sein de l’humanité.

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