15 février 2016

L’économie féministe: un outil à privilégier pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale des femmes

 

La FFQ a déposé un mémoire dans le cadre de la consultation en vue d’un troisième plan d’action gouvernemental en matière de lutte à la pauvreté et à l’exclusion sociale. Nous vous proposons ici l’introduction de notre mémoire, ainsi que la liste des 10 recommandations que nous avons formulé.

Introduction

Le patriarcat ainsi que le capitalisme et ses mesures néolibérales sont les deux principaux systèmes d’oppression qui maintiennent les femmes dans la précarité et la pauvreté : « le patriarcat, […] maintient une division sexuelle du travail défavorable aux femmes, et le néolibéralisme, […] fait passer les profits des entreprises privées avant le droit de la population à une vie décente »[1]. Combinés à ces idéologies, d’autres systèmes d’oppression tels que le racisme, le colonialisme, le capacitisme, l’hétérosexisme, etc., accentuent la reproduction des inégalités de façon systémique et viennent aggraver la situation de précarité et de pauvreté chez les femmes autochtones, en situation de handicap, immigrantes, racisées et marginalisées.[2]

Au Québec les femmes composent plus de la moitié de la population québécoise et sont celles qui vivent le plus la pauvreté et l’exclusion sociale.

Cette consultation en vue du troisième plan d’action gouvernemental se fait dans un contexte québécois difficile où le gouvernement désinvestit massivement dans les programmes de santé et de services sociaux et met en place des mesures austères qui enfoncent de plus en plus les femmes et la société québécoise.

Ce mémoire ne prétend nullement faire le tour des enjeux liés à la pauvreté et de ses conséquences sur les femmes, ni faire une analyse ou un bilan approfondi. Nous nous sommes par contre inspirées des travaux du Collectif pour un Québec sans pauvreté qui, nous désirons le souligner, joue un rôle majeur dans notre société pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale et qui travaille AVEC les femmes et les personnes les plus vulnérables de notre société.
Ce mémoire vise certains éléments, du plan de lutte à la pauvreté et à l’exclusion sociale, entre autres l’analyse différenciée selon les sexes et une analyse intersectionnelle, qui sont essentielles dans la perspective de « se doter d’un projet féministe de société qui vise une refonte radicale du système économique et politique avec un État au service de la démocratie et du bien commun »[3]et qui vise l’atteinte d’une réelle égalité pour toutes les femmes.

Afin de faire de cette lutte à la pauvreté et à l’exclusion sociale une lutte pour que toutes les femmes puissent vivent dans une société égalitaire, il va de soi que la richesse doit se distribuer autrement. « […] si la réduction des inégalités fait partie des buts de la stratégie nationale, ainsi que l’amélioration de la situation économique des personnes et des familles, aucune orientation ne parle de la fiscalité. Pourtant, la fiscalité est justement au cœur de la redistribution de la richesse ».[4] Des solutions fiscales existent, elles seront présentées au cours du présent texte.

Liste des recommandations

  • Que le gouvernement s’inspire davantage de la vision du féminisme et du projet féministe de société et considère les résolutions adoptées lors des États généraux de l’action et de l’analyse féministes.
  • Que le gouvernement écoute et entende les femmes et le mouvement féministe dans leurs revendications et qu’il agisse en conséquence des revendications apportées par ces dernières pour favoriser l’autonomie économique de toutes les femmes.
  • Que le gouvernement actuel cesse de mettre en place des mesures austères qui vont à l’encontre de la lutte à la pauvreté et à l’exclusion sociale.
  • Que le gouvernement procède à une analyse différenciée selon les sexes et intersectionnelle, de ses politiques fiscales de son plan d’action, de ses programmes et dans ses mesures, afin de rendre effectifs les principes de justice et d’égalité.
  • Que le gouvernement adopte, d’entrée de jeu, et fasse la promotion d’une vision féministe de l’économie et des finances publiques.
  • Que le gouvernement adopte un programme d’infrastructures sociales au même titre qu’il adopte des programmes d’infrastructures « traditionnelles » pour stimuler l’économie et la création d’emploi.
  • Que le gouvernement adopte les cinq revendications portées par le Collectif pour un Québec sans pauvreté, appuyer par l’ensemble du mouvement communautaire dans son prochain plan gouvernemental de lutte contre la pauvreté.
  • Que le gouvernement retire le projet de loi 70 et mette en place des mesures viables qui favorisent la réinsertion socioprofessionnelle.
  • Que le gouvernement adopte les solutions fiscales et les mesures de contrôles de dépenses proposées par la Coalition Main Rouge et appuyé largement par le mouvement féministe et communautaire.
  • Puisque les groupes en défense collective des droits jouent un rôle crucial dans la lutte à la pauvreté, nous recommandons que le gouvernement augmente le financement des organismes en défense collective des droits et de l’ensemble des groupes de femmes et communautaires.

Lire le mémoire complet



[1] La pauvreté : une décision politique (2007). Analyse féministe des causes de la pauvreté, L’R des centres de femmes.

[2] L’institut canadien de recherches sur les femmes (2006). Les cadres d’analyse féministe intersectionnelle : une vision émergente.

[3] http://www.etatsgenerauxdufeminisme.ca/index.php/bien-commun

[4] Collectif pour un Québec sans pauvreté, (2015), Pour construire un Québec sans pauvreté : Quelques éléments d’analyse politique et extraits choisis.

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