27 janvier 2016

Mot de la présidente – Je me raccroche

 

Certes, on peut avoir le sentiment de découragement quand on regarde tout ce qui se passe dans notre société. J’ai une amie qui m’a dit, il n’y a pas si longtemps, « Je crois que je fais une dépression de la société !! »

Que ce soit à l’international, au Québec ou dans ma communauté, dans l’Outaouais, en lisant les journaux, en ouvrant la télé ou en consultant Facebook je me bute (et je sais que vous aussi !) à des nouvelles inacceptables. De la violence, partout, des situations alarmantes, des coupures, des agressions sexuelles, des tueries, des fermetures de services, de l’évasion fiscale, de la destruction de l’environnement. Effectivement, c’est assez pour faire une dépression de la société !

À l’international

Une nouvelle qui m’a beaucoup touchée la semaine dernière, ce sont ces 30 personnes tuées dans un attentat djihadiste à Ouagadougou au Burkina Faso, dont cette Maude, accompagnée de son père et de 4 collègues d’un voyage humanitaire. Cette nouvelle je l’ai apprise que quelques jours après avoir été mise au courant que 3 militantes féministes ont été délibérément et odieusement exécutées à Silopi au Kurdistan de Turquie. Ces dernières étaient engagées pour la liberté et le droit à l’autodétermination de leur peuple et l’une d’entre elles avait accueilli la caravane féministe à l’occasion du lancement de la 4e action internationale de la Marche mondiale des femmes. On a fait taire ces féministes à jamais !

Ces deux exemples de violence à l’internationale me rappellent cruellement que pour nos sœurs du sud, c’est une lutte pour leur survie, pour la protection de leurs droits les plus fondamentaux, qu’elles font trop souvent dans des conditions de violence extrême. Je me raccroche et je pense aux Maxima Acuna et Sandra Moran des militantes engagées au Pérou et au Guatemala qui chaque jour combattent les préjugés et la violence pour défendre leurs territoires et je me raccroche aux femmes à Cologne qui dénoncent avec courage les agressions et la culture du viol, tout en refusant l’instrumentalisation de leur dénonciation pour servir un discours raciste.

Au Québec

Si au Québec, les luttes féministes nous ont fait avancer, nos acquis restent fragiles.

Dans un contexte québécois difficile, le gouvernement désinvestit massivement dans les programmes de santé et de services sociaux et met en place des mesures austères qui enfoncent de plus en plus les femmes et la société québécoise.

Les coupures en éducation, en santé et services sociaux, en emploi et en développement local et régional, au niveau des familles, du logement ou de l’environnement, dans la fonction publique, la justice et le transport, accentués par la hausse des tarifs d’Hydro-Québec, dans les CPE au niveau du transport, toutes ont des conséquences importantes et maintiennent les femmes dans une pauvreté grandissante qui nuit à l’atteinte de l’égalité. Je me raccroche en me rappelant toute la détermination des femmes que j’ai rencontrées en région lors de la tournée de la caravane et je me rappelle que nous étions 12 000 au rassemblement national.

La sourde oreille

Le gouvernement ne fait qu’à sa tête et poursuit cette logique de droite néolibérale. Une des preuves les plus tangibles que ce gouvernement nous ignore le processus consultatif qui se fait présentement auprès de groupes communautaires et féministes. Ces consultations sur :

    • le plan de lutte à l’égalité,
    • le plan de lutte à la pauvreté,
    • le projet de loi 70 sur la réforme de l’aide sociale,
    • le projet de loi 77  sur l’immigration,
    •  la nouvelle loi sur le lobbyisme assimilant les OSBL, groupes communautaires à des lobbyistes,

visent à prendre en compte l’opinion des groupes qui travaillent ces enjeux et la population de manière générale. Mais en fait, le gouvernement tient-il vraiment compte de notre opinion et de ces mémoires ? Depuis des années la FFQ et d’autres groupes critiquent et décrient les problématiques des nouveaux projets de loi qui briment les droits économiques et sociaux des femmes et des hommes au Québec. Pourtant, que ce soit au niveau économique, politique ou socioculturel, le gouvernement continue de creuser les inégalités entre les femmes et les hommes et entre les femmes elles-mêmes. Je me raccroche en écrivant chacune des lignes, de chacun de ces mémoires, en me rappelant, que quand j’étais mère monoparentale en situation de pauvreté, d’autres avant moi ont écrit et dénoncés, m’ont protégé et défendu pour que je puisse m’en sortir, et cela me permet d’écrire ces mots aujourd’hui. Je me raccroche à l’idée que le nouveau premier ministre utilise le mot féministe pour se décrire et que pour une première fois en 10 ans, une porte s’ouvre pour promouvoir la défense collective des droits des femmes à Ottawa. Le nouveau gouvernement fédéral fait des consultations prébudgétaires, a annoncé un réinvestissement dans les structures sociales et la fin des vérifications politiques des organismes de bienfaisance, mais surtout, surtout, a lancé une première étape de l’enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Nous serons là pour nous assurer de garder la porte ouverte !

On avance, on avance, on ne recule pas !

Je me rends compte que devant cette adversité et ces multiples systèmes d’oppressions, nous aurions pu baisser les bras il y a longtemps. Face à la globalisation capitaliste, face à l’austérité imposée au Québec, un pays riche et contre la logique néolibérale, nous aurions pu abandonner.

La FFQ fête ses 50 ans cette année. Nous sommes jeunes de nos 50 ans. Nos 50 ans de hauts et de bas. Nos 50 ans de solidarités et de luttes, de découragement et de mobilisation.

Mais encore plus important : Nos 50 ans de résistance et d’avancement !

Dans une société patriarcale, colonialiste, capitaliste et dans la logique néolibérale des mesures d’austérité, nous devons construire une lutte forte de nos résistances pour un projet féministe de société à l’image des valeurs de la marche mondiale des femmes. Il est tout aussi clair que nous devons nous opposer aux différentes oppressions qui stigmatisent davantage les femmes en situation de vulnérabilité. Le féminisme prend tout son sens – je trouve mon sens – nous construisons ce sens !

Ensemble, déboutes et solidaires pour s’opposer à des structures et des gouvernements qui tentent de nous bâillonner, nous écraser, nous éliminer…

C’est ce que nous faisons de mieux ! Raccrochons-nous à cela !

 

Mélanie Sarazin

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