18 novembre 2015

Mot de la présidente : Rencontre des Amériques au Pérou – MMF

 

Au lendemain de l’action nationale de la Marche Mondiale des femmes à Trois-Rivières, il était déjà temps de se préparer pour la 4e rencontre régionale des Amériques.

En effet, les différentes représentantes de la coordination de la Marche Mondiale des femmes du Québec, Émilia Castro, représentante de la Coalition régionale de la MMF à Québec et représentation du Comité international de la MMF des Amériques,  Viviane Michel de Femmes autochtone au Québec, Isabelle Boisvert, militante engagée, et moi-même, avons participé à cette rencontre tenue à Cajamarca au Pérou. Sélectionnée parce que lieu de luttes féministes importantes, pour la défense de l’eau et contre l’extractivisme minier, entre autres, c’est cette région située à plus de 800 km au nord de la capitale du Pérou a été l’hôte de cette rencontre réunissant une cinquantaine de femmes. Des militantes de partout dans les Amériques s’y étaient donné rendez-vous : le Québec, les États-Unis, le Mexique, le Guatemala, le Panama, Cuba, le Venezuela, le Chili, le Brésil et bien évidemment le Pérou y étaient.

Partage et luttes

Cette rencontre d’une durée de trois (3) jours avait comme principal objectif le partage des enjeux et des défis de chacune des régions, mais surtout le partage des résistances et des alternatives féministes. Nous avons présenté et expliqué nos cartes des résistances construites collectivement et nous avons profité de ce moment pour dresser le bilan des actions de la Marche Mondiale des femmes dans les Amériques.

Cette rencontre a aussi été l’occasion d’entendre les témoignages de luttes de nos sœurs péruviennes dans la défense de leurs corps, leurs terres et leurs territoires. Un des moments les plus puissants de la rencontre a été le partage de Máxima Acuña, une femme engagée dans la lutte contre les minières Yanacocha et Candente Copper, deux minières exploitées par des sociétés canadienne et américaine. Chaque jour, cette femme est confrontée à des pressions, des jugements et à de la violence qui affectent sa vie et celle de son entourage. Son témoignage nous a certes serré le cœur à quelques reprises, mais a surtout su nous éveiller aux conditions difficiles des militantes dans le Sud.

Aux rythmes des batoucadas et à coup de slogans, nous avons aussi marché dans les rues de Cajamarca afin de dénoncer les pratiques anti-environnementales et l’exploitation des ressources naturelles. Nous avons été vite entourés par des militaires armés, prouvant une fois de plus que l’intimidation et la répression des forces de l’ordre sont disproportionnées face aux mobilisations pacifiques.

 

Se construire comme sujet politique

Nous avons aussi travaillé à articuler de nouvelles collaborations et à préparer une proposition de formation politique à partir de nos vécus et de nos expériences qui renforcent nos luttes et nos actions collectives. Cette formation politique féministe est le principal outil stratégique que nous nous sommes données pour nous construire nous-mêmes en tant que sujets politiques pour résister aux systèmes qui nous oppriment. Partant des affirmations telles que :

Quel féminisme voulons-nous construire ? Qui en sont les actrices et les acteurs ?
Quelles sont les actions que nous voulons porter et comment voulons-nous le faire ?

Nous avons travaillé sur une compréhension commune de nos réalités afin nous aider à créer notre propre épistémologie féministe[1].

Nous nous sommes aussi préparés en vue de la XIe rencontre internationale qui aura lieu au Mozambique à l’automne 2016. Par la mise en place de comités et par l’amélioration de nos communications, nous avons collectivisé les divers enjeux comme l’augmentation du conservatisme qui mine le progrès et attaque les droits des femmes, la justice reproductive et la criminalisation de l’avortement, la persistance de l’hétéronormativité, la non-souveraineté alimentaire, le démantèlement des services publics, la destruction de l’environnement, l’économie néolibérale et les différents traités, etc.

Cette réunion nous a permis aussi de connaître les luttes de toutes les femmes : les jeunes, les lesbiennes, les femmes autochtones, les femmes en milieu urbain ou rural, au Nord comme au Sud. Ces luttes nous les menons contre le patriarcat, le capitalisme, le colonialisme et l’impérialisme. Encore plus important, nous avons constaté que notre force collective et nos stratégies de transformation sont puissantes.

Cette rencontre enrichissante a été l’occasion de partager les analyses et les résistances que les femmes au Québec mettent en place afin de renforcer nos alternatives, mais aussi, cette rencontre a permis de voir ce que font les femmes ailleurs dans les Amériques et comment elles le font. C’est dans l’espoir de parvenir à une société guidée par un projet féministe de société que nous continuerons la lutte parce que tant que toutes les femmes ne seront pas libres, nous serons en marche!

 

Mélanie Sarazin


[1] Notre capacité à créer notre définition  de ce que nous voulons être et ce que nous aspirons être comme mouvement féministe, comme militante féministe. Nous définir nous mêmes en fonction de nos valeurs.

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