18 juin 2015

Rencontre avec des féministes de la MMF du Guatemala, du Mexique et des États-Unis

 

Lors de la dernière journée de la rencontre de la Coordination de la Marche mondiale des femmes au Québec (CQMMF), nous avons eu la chance d’accueillir trois militantes féministes internationales : Helena Wong des États-Unis, Sandra Moran du Guatemala et Carmen Diaz du Mexique. Venues dans le contexte de l’Assemblée mondiale pour l’éducation et la formation des adultes, elles ont raconté sur leurs expériences en tant que militantes féministes, ainsi que sur l’organisation et les actions de la Marche mondiale des femmes dans leur pays.

Helena Wong

Helena Wong fait partie de la coalition Grassroots Global Justice Alliance (GGJA) qui est composée de 50 organisations (des organisations communautaires ainsi que des syndicats indépendants).

GGJA est un mouvement populaire pour la paix, la démocratie et un monde viable (« No war ! No warming ! Build an economy for people and the planet ![1] »). Il ne se préoccupe pas particulièrement de la question des femmes jusqu’en 2013, suite au Forum Social Mondial en Tunisie. En 2014, GGJA vote pour une participation à la Marche mondiale des femmes, ce qui est une première pour les États-Unis.

Dans ses actions, GGJA prône les visions suivantes :

    • La diversité des féminismes : en critique au féminisme « mainstream[2] » aux États-Unis-qui ne traite pas forcément de questionnements et des enjeux touchant les femmes racisées.
    • L’inclusion de toutes les identités de genre dans la lutte féministe : ceci se reflète dans le membership de l’Alliance alors que plusieurs membres s’identifient comme queer,  non-binaire ou trans.
    • La solidarité internationale.

Selon Helena Wong, il existe différents enjeux de mobilisation des membres au sein de son organisation : d’une part, il y a le défi d’articuler les enjeux féministes avec les enjeux traités par l’Alliance comme le logement, l’accès à l’emploi, la répression policière, le profilage, etc. D’autre part, le membership est très diversifié à travers les États-Unis, en ce qui concerne la justice de genre, certains membres sont très avancés dans leurs réflexions et leurs actions alors que d’autres groupes commencent à s’intéresser à ces enjeux. GGJA travaille donc à la construction de solidarité en s’engageant dans un processus de dialogue et d’éducation avec ces membres.

Enfin, les actions de l’Alliance en lien avec la Marche consistent notamment à la création de quatre fiche sur les champs d’action de la MMF 1) Bien commun, 2) l’accès aux ressources, 3) la paix et la démilitarisation, 4) l’autonomie économique des femmes et la violence envers les femmes et des activités pour mobiliser les membres de l’action.

Sandra Moran

Sandra Moran est une militante guatémaltèque des droits humains depuis son plus jeune âge, 14 ans, ainsi qu’une « activiste musicale ». Elle fait partie du collectif Artesana, composé de 32 organisations, et qui fait le lien avec la Marche mondiale des femmes. Il s’occupe principalement des femmes et des enfants en prison et rassemble des groupes de femmes très diversifiés qui ont décidé de s’organiser de façon autonome pour créer des actions. Ce mouvement, basé sur les droits humains, est initié dans les années 2000, après 36 ans de guerre civile au Guatemala (1960-1996). À ses débuts, le mouvement a été considéré tout d’abord comme un droit à la vie, un droit à s’organiser.

Face à l’hostilité du gouvernement guatémaltèque à produire des lois égalitaires, le Collectif Artesana s’est intéressé aux théories féministes et a créé en 2004 des écoles afin d’éduquer politiquement ses membres ; construire une pensée politique contre le patriarcat, le capitalisme et le colonialisme ; et se définir comme des actrices politiques.

Ce mouvement se base sur le « Buen vivir », concept issu des peuples autochtones des Amériques. Celui-ci conçoit des relations harmonieuses entre les personnes et entre les personnes et la nature, promouvant donc une économie sociale renforçant la vie. Ainsi, en accord avec ce principe, d’après Sandra Moran, la résistance est quelque chose qui se construit : « Notre énergie n’est pas mise dans la confrontation, mais dans la construction. Ainsi, on construit des alliances avec d’autres groupes avec les groupes de femmes, etc… »

C’est en 2006 que le collectif Artesana rejoint la Marche mondiale des femmes, date à laquelle il n’y a toujours pas de loi au Guatemala sur l’égalité homme-femme.

Depuis fin avril, le Guatemala connait l’un de ses plus grands mouvements de contestation depuis la chute de l’ancienne dictature militaire. Près de 60 000 personnes se sont mobilisées dans la rue pour dénoncer la corruption du gouvernement et exiger la démission du président Otto Perez Molina. Ce mouvement a rassemblé une grande partie de la population guatémaltèque : syndicats, étudiants, ONG, organisations communautaires et environnementalistes. Il s’agit, d’ailleurs, de trois à quatre générations qui luttent ensemble. Selon Sandra Moran, l’ampleur de ce mouvement démontre la fin de la peur au Guatemala ! Les manifestants réclament la reconstruction du système politique guatémaltèque, la promotion des droits des femmes et la proposition des lois et des politiques. Enfin, cette crise politique, à quelques mois des prochaines élections, laisse présager un véritable changement au Guatemala.

C’est donc dans ce contexte que se mobilise le Guatemala dans la Marche mondiale des femmes de 2015.

Carmen Diaz 

Dans le contexte de la forte militarisation et des grandes violences qui perdurent au Mexique, la Marche mondiale des femmes au Mexique a organisé une action nationale en 2008 : une caravane a traversé le pays pendant dix jours du 24 novembre au 2 décembre 2008.

Partant de Juarez au nord du pays, ville tristement célèbre pour ses féminicides et pour être la plus violente envers les femmes, la caravane est descendue ensuite jusqu’au Chiapas dans le sud, région où les femmes autochtones subissent aussi de grandes violences principalement par les militaires. Durant sa tournée, la caravane s’est arrêtée dans différentes régions pour faire des actions.

En 2010, la Marche mondiale des femmes au Mexique, faute d’opportunité de pouvoir faire une action nationale, les actions ont été locales.

Le 4 octobre 2014, il y eut des vigiles locales en solidarité avec les femmes autochtones.

Cette année, la Marche mondiale des femmes au Mexique se fait en solidarité avec, en parallèle du thème général, avec les injustices politiques ; les violences ; les 20 000 personnes disparues ; les répressions des mouvements sociaux ; les exploitations des ressources naturelles, …

En ce qui concerne les actions de la Marche mondiale de cette année, le 8 mars dernier, des batucadas ont été organisées. Le 24 avril, lors de la journée de solidarité des actions féminines, il y a eu une action à l’ambassade du Bangladesh.

 

Fréhel Vince, stagiaire


[1] Traduction libre : Non à la geurre! Non aux réchauffements climatiques ! Construire une économie pour les gens et la Terre !

[2] Traduction libre :  majoritaire

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