18 juin 2015

Décolonisation des savoirs : la MMF à l’Assemblée mondiale de l’éducation et la formation des adultes

 

À l’occasion de l’ouverture de l’Assemblée mondiale de l’éducation et de la formation pour les adultes, en collaboration avec la MMF au Québec et la FFQ, nous présentions le 12 juin dernier une plénière portant sur la décolonisation de l’éducation, 6 intervenantes dont Viviane Michel, Sandra Moran et Helena Wong, toutes trois actives au sein de la Marche mondiale des femmes, ont pris part à la discussion.

Partout à travers le monde, les peuples autochtones et les communautés raciales opprimées remettent en question les savoirs et les connaissances dominantes dans leur fonction de maintien des injustices et des inégalités fondamentales qui sont profondément enracinées dans les sociétés occidentales. Nous, le mouvement de l’éducation des adultes et le mouvement des femmes sommes engagés dans la redéfinition de l’éducation, afin de collaborer à l’abolition des hiérarchies raciales. Ce panel d’ouverture de l’Assemblée mondiale du Conseil international pour l’éducation des adultes unira les femmes, venant de différentes régions, qui se sont impliquées dans les luttes visant à décoloniser la connaissance et l’éducation.

Décoloniser l’éducation, éduquer pour décoloniser

Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec et coporte-parole de la Marche mondiale des femmes au Québec, a ouvert la discussion en abordant le défi de parler de décolonisation. Un défi, parce qu’il l’exige une prise de conscience du processus de colonisation des peuples autochtones donc, des impacts et des effets qui se font toujours ressentir. Cette prise de conscience est nécessaire autant pour les peuples autochtones que pour les peuples qui ont colonisé. L’identité, la culture, la langue et la transmission intergénérationnelle ont été affectées par la colonisation. Sandra Moran, une des responsables de la Marche mondiale des femmes au Guatemala, a aussi souligné le processus par lequel la colonisation assassine les connaissances des premiers peuples. En effet, elle nous a expliqué comment dans un pays bâti sur un système raciste et colonialiste, l’éducation soutient ce système. Il a pour conséquence dit-elle que : « Vous [les premiers peuples] n’êtes plus vous-mêmes, vous niez vos racines et cessez d’être ce que vous êtes, vous internalisez l’oppresseur. »

Helena Wong, de Grassroots Global Justice Alliance, groupe fer-de-lance de la Marche mondiale des femmes aux États-Unis, a également souligné comment le système d’éducation des États-Unis produit une connaissance coloniale et raciste. Elle a affirmé que dans les écoles on apprend toujours que les autochtones vivent selon certains programmes établis pas les blancs et que se passe très bien. Dans certains États, on a même retiré la mention de l’esclavagisme dans les manuels scolaires et dans d’autres il est toujours interdit d’étudier les peuples autochtones. Helena Wong souligne donc que l’utilisation des termes inclusivité et diversité n’est pas suffisante pour s’engager dans un processus de décolonisation des connaissances. Il faut comprendre ce qui se passe et comment fonctionne les institutions. Ces apprentissages sont nécessaires pour challenger le statu quo, pour elle, il n’y a pas d’autre alternative pour mettre fin au colonialisme.

Sandra Moran a appuyé cette idée en affirmant qu’il est nécessaire « de décoloniser l’éducation et d’éduquer pour décoloniser ». Pour ce faire, il faut reconnaître l’égalité des nations. Il y a des connaissances fondamentales chez tous les peuples et cette reconnaissance renforce et permet le bien-vivre. Éduquer pour décoloniser passe par un processus de « dé-mercantilisation », de décolonisation et de « dé-patriarcalisation » des savoirs et des connaissances.

Selon Sandra Moran, il importe que les femmes et les peuples autochtones reconnaissent leurs capacités épistémiques; reconnaître ce pouvoir permet de reconnaître nos savoirs ancestraux. Ainsi, le rôle d’une éducation décolonisée permet de transformer un système qui repose sur le patriarcat, le capitalisme et le colonialisme.

Éducation populaire : une des clés de la décolonisation

Pour Viviane Michel, une clé importante pour décoloniser les connaissances et l’éducation passe par l’éducation populaire et engage les peuples autochtones tout autant que les peuples non autochtones. L’éducation populaire est nécessaire pour expliquer qui sont les peuples autochtones et se réalise à travers le respect des différences et l’ouverture d’esprit.  Viviane Michel a souligné que lorsque nous côtoyions une autre nation, nous devons nous adapter à ce que l’autre offre. Par l’éducation populaire, nous apprenons à vivre l’histoire autrement, par exemple en apprenant sur les effets et les conséquences de la Loi sur les indiens,  nous apprenons à connaître les systèmes et les fonctionnements des peuples autochtones et à découvrir des formes de rapports différents.

Viviane Michel a d’ailleurs cité en exemple l’entente de solidarité qui existe entre FAQ et la FFQ. Cette entente s’inscrit dans une démarche de décolonisation. En travaillant côte à côte dans le respect des différences, FAQ et la FFQ créent ainsi une relation dans laquelle il est possible d’apprendre les unes des autres. Vivaine Michel a aussi insisté sur la responsabilité partagée de la décolonisation. Il faut s’interroger sur les connaissances que nous voulons transmettre. C’est un travail collectif qui doit se faire au quotidien.

Celita Eccher, ex-Secrétaire générale du Conseil international et membre du conseil d’administration de DAWN, Swarnlata Mahilkar, du Projet d’alphabétisation d’autonomisation des femmes rurales à Nirantar (Inde) et Aminata Diallo Boly, Coordonnatrice du Programme d’éducation à l’Association Andal & Pinal pour la formation des communautés pastorales nomades au Burkina Faso ont aussi pris part à cette plénière d’ouverture. En parlant des initiatives qu’elles soutiennent, elles ont abordé l’importance d’une éducation inclusive et sans frontières qui tient compte des enjeux liés à justice sociale et économique. Une éducation qui inclut toutes ne peut laisser les structures des systèmes d’éducation intactes.

 

 Cybel Richer-Boivin

Commentaires

Le commentaires sont fermés.