31 mars 2015

Étude – L’intersectionnalité en débat : pour un renouvellement des pratiques féministes au Qc

 

Étude réalisée dans le cadre du Service aux collectivités de l’UQAM en partenariat avec la Fédération des femmes du Québec (FFQ). Par Geneviève Pagé et Rosa Pires, Université du Québec à Montréal

Faits saillants

Présentation de la recherche

Cette recherche avait comme objectif principal de permettre à la FFQ de mieux comprendre la relation qu’entretiennent ses membres avec l’approche de l’intersection des oppressions afin qu’elle puisse, dans une étape éventuelle, adapter ses outils et approches en fonction des résultats qui auront été obtenus.Nous avons conservé une définition de l’intersection des oppressions, ancrée dans trois prémisses : 1) les oppressions (de sexe, de race, de classe, etc.) sont vécues de manières simultanées et difficilement différentiables les unes des autres; 2) les systèmes d’oppression s’alimentent et se construisent mutuellement tout en restant autonomes; 3) ainsi, la lutte ne peut être conçue comme un combat contre un seul système d’oppression; les systèmes doivent être combattus simultanément et ils ne peuvent être hiérarchisés dans la lutte (Pagé, 2012a).

En résumé, nous avons tenté de répondre aux questions suivantes : quelle est la compréhension (définition) des membres de la FFQ de l’intersectionnalité des oppressions?Quelles sont leurs craintes et leurs réserves en regard du concept lui-même et en regard de son applicabilité dans leur contexte particulier? Croient-elles dans les promesses de plus grande justice sociale de cette approche?En combinant une méthode quantitative et qualitative, cette recherche reflèteles connaissances et les perceptionsde la mise en pratique de l’approche intersectionnelle recueillies auprès de 121membres de la FFQ, dont 82 membres individuelles et 36 membres associatives (3 membres n’ayant pas précisé leur type d’affiliation). De plus, deux entretiens collectifs regroupant 14 femmes ont permis de recueillir des impressions et des explications plus développées.

Quelques faits saillants qui ressortent de cette recherche

Connaissance de l’approche intersectionelle

    •  La plupart des membres de la FFQ (78,5 %) disent avoir une moyenne, bonne ou très bonne compréhension de ce que signifie l’approche intersectionnelle. Cette donnée a été confirmée dans les définitions que les répondantes ont fournies dans le questionnaire ainsi que par les entretiens collectifs.

Ce qui reste à clarifier de l’approche intersectionnelle (analyse qualitative)

    • Le tiers (33 %)des membres ont mentionné que la mise en pratique de cette approche restait ambiguë.
    • Cependant, lorsque l’on a demandé aux membres associatives de qualifier leurs difficultés avec l’approche de l’intersection des oppressions, plus des trois quarts (85 %) de ces dernières ont nommé la difficulté à traduire leurs savoirs théoriques dans la praxis quotidienne comme étant source de problème.

Attitudes vis-à-vis l’approche intersectionnelle

Les membres de la FFQ ayant répondu au sondage démontrent une attitude clairement favorable envers l’approche de l’intersection des oppressions.

    • 90 % considèrent que l’approche intersectionnelle enrichit le mouvement féministe.
    • 83 % considèrent que cette approche est nécessaire au mouvement des femmes pour restituer le dialogue entre les femmes.
    • 74 % sont en désaccord ou fortement en désaccord qu’en utilisant l’analyse intersectionnelle, le mouvement féministe s’éloigne de sa mission.
    • 76 % sont fortement en accord avec l’idée que les divers systèmes d’oppression interagissent entre eux.
    • Près de la moitié des membres disent déjà utiliser l’approche de l’intersection des oppressions dans leur travail (46 %) ou leur militantisme (51 %).
    • Une petite minorité (6 à 12 %, en fonction des questions) démontre une attitude négative par rapport à l’approche de l’intersection des oppressions et s’oppose à son utilisation par la FFQ.

Perceptions vis-à-vis des différents systèmes d’oppressions

Les répondantes étaient presque unanimes à considérer que le patriarcat, le racisme, le classisme et le colonialisme envers les peuples autochtones sont des structures très présentes dans notre société et qui créent des injustices importantes chez les femmes.

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