24 novembre 2014

Agressions sexuelles – Incroyable libération de la parole!

 

Comme vous pouvez vous l’imaginer, je viens de passer une grosse semaine. Après avoir parlé d’agressions sexuelles que j’ai vécues dans des articles parus dans La Presse et Le Devoir, j’ai reçu des centaines de messages d’autres femmes aux prises avec les conséquences de la violence sexuelle. Tout en espérant contribuer à une réflexion sociale sur le phénomène, je brise aussi 20 ans de silence et partage mon vécu pour la première avec mes enfants et mes parents. Je gère une mise en demeure de mon agresseur. Le privé qui rencontre le politique!

Dans la foulée de mes déclarations, la FFQ a lancé, avec le collectif Je suis indestructible, le mot-clic #AgressionNonDénoncée pour que les femmes puissent témoigner de la violence sexuelle qu’elles ont subie et des raisons pour lesquelles elles n’ont pas opté pour la dénonciation formelle à la police. Ce sont des milliers de messages sur Facebook et Twitter qui ont été partagés depuis maintenant deux semaines. Ces messages témoignent des effets des agressions dans la vie de ces femmes.

Le Québec a été surpris (mais pas le mouvement féministe) de l’ampleur du phénomène. Et tout à coup, on commence enfin à parler de la violence sexuelle, non pas comme un fait divers, mais comme problème de société.

Les femmes m’écrivent pour me dire qu’elles ont peur. Certaines, pour m’expliquer pourquoi ce n’est pas possible pour elle de parler. C’est vrai, il y a plusieurs manières d’avancer sur le chemin de la guérison. La dénonciation peut en faire partie, mais parfois c’est dangereux pour les femmes de le faire. Dans ce contexte, il importe de respecter le choix, le rythme et les besoins des femmes. Elles savent mieux que quiconque ce qui est le mieux pour elles.

Pour donner écho au courage des femmes qui, en silence ou dans la dénonciation, cheminent avec leur lot de souffrance, j’ai décidé de raconter des pans très privés de mon parcours de combattante :

Quand j’ai été agressée par mon copain, j’ai compris qu’il me disait que je n’importais pas et qu’à partir de ce moment, tout allait tourner autour de lui. Il a pris possession de moi. Il y avait l’« avant » ce moment et l’« après ». (…)

Ce qu’on apprend aux femmes c’est que lorsque nous sommes mères, les enfants devraient toujours passer en premier. Mais est-ce que cela devrait toujours être le cas et peut-on toujours être considéré comme étant une bonne mère? C’est une énorme pression et parfois je ne gère pas avec grâce. Parfois, j’suis passée par-dessus mon propre bien-être personnel et d’autres fois j’suis passée par-dessus ceux de mes enfants, ne trouvant pas une façon de respecter les besoins de tous-tes.

Ce fut des années de travail très difficile à me convaincre que j’étais importante et parfois je n’arrive toujours pas à m’élever à ce standard. 

Ou encore sur la dépression :

Au total, j’ai vécu 4 agressions sexuelles dont une dans un contexte conjugal. Celle-ci a marqué le début de la violence psychologique et verbale qui a caractérisé une bonne partie de la relation qui a duré 5 ans. Les trois premières m’ont conduite vers des hommes troublés qui ne respectaient pas les femmes. La violence s’additionne d’une certaine façon. Plus on croit qu’on la mérite, plus c’est facile pour les dominants de nous trouver.

J’ai pleuré quasiment tous les jours de ma vie pendant 3 ans, jusqu’à ce que j’aie le courage de laisser mon conjoint. Je crois que j’étais déprimée de voir mon existence compter si peu. Je me comprenais plus tellement la détresse était élevée.

Devenue monoparentale, sans famille au Québec et relativement isolée, la dépression m’a accompagnée pour quelques années.

(…)

En brisant le silence dans mon entourage, j’ose espérer que je dis adieu à une cause récurrente de la dépression. Ça reste à voir. Mais j’ai décidé il y a longtemps que j’allais vivre. Alors me voilà, en train de vivre en votre compagnie.

En retour, j’ai reçu beaucoup de messages de solidarité, mais aussi de complicité, car les femmes se reconnaissent dans mon témoignage. J’ai l’impression que cette vague de dévoilement n’est que la pointe de l’iceberg. Les femmes ont beaucoup à raconter et, pour le moment, on semble prêt à les écouter et à prendre leur parole au sérieux.

En même temps, les milliers d’histoires réveillent de vieilles blessures chez plusieurs d’entre nous. Ce retour vers ce qui blesse réveille les angoisses, je peux en témoigner, et ouvre la voie à de nouvelles solidarités. Comme mouvement, nous devrons prendre soins les unes des autres dans ce moment de force et de vulnérabilité collective. Dans cet esprit, j’aimerais témoigner toute mon appréciation pour les femmes sur le terrain, dans les CALACS, les centres de femmes, les maisons d’hébergement, qui risquent de faire face à une augmentation de la demande de soutien.

J’aimerais également vous dire que c’était dans le travail collectif de transformation dans les centres de femmes, bien plus que dans l’intervention individuelle, que je me suis reconstruite et que j’ai trouvé de la force pour faire face à mes problèmes. Le fait de prendre part à un mouvement et ne pas être prise seule à combattre l’injustice m’a donné une force qui ne me quitte jamais et que j’essaie de redonner aujourd’hui.

Les femmes n’ont clairement pas dit leur dernier mot. La FFQ en collaboration avec le Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuelle a lancé pour une pétition pour appuyer la demande pour obtenir une commission parlementaire spéciale sur les violences sexuelles. Soyons nombreuses à appuyer cette demande pour que la conversation sur les agressions sexuelles, ses causes, ses conséquences et les gestes à poser se poursuive.

 

Alexa Conradi

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