16 mai 2014

Mot de la présidente : Femmes autochtones assassinées/disparues – mettre fin à l’indifférence

 

Dans un communiqué récent, la Gendarmerie Royale du Canada (GRC) a reconnu avoir colligé les cas de 1186 femmes et filles autochtones assassinées ou portées disparues. Malgré tout, le gouvernement canadien refuse toujours de tenir une enquête. Or, pour les groupes de femmes autochtones, cette enquête est nécessaire pour que l’État et la société arrivent à saisir pourquoi les femmes autochtones sont ciblées de la sorte. La FFQ considère cette demande totalement justifiée. Dans les prochaines semaines et mois, la FFQ va croître la pression sur le gouvernement fédéral afin qu’il acquiesce à la tenue d’une enquête publique nationale sur le meurtre et la disparition des femmes autochtones. Nous vous interpellerons également pour participer à la mobilisation!

Disparaître dans l’anonymat et l’indifférence symbolise de façon atroce la place qu’occupent les femmes autochtones dans la société. Cette indifférence devant leur sort et la violence exercée à leur endroit trouvent leur racine dans l’histoire coloniale. Les écrits coloniaux ont dépeint les femmes autochtones comme des princesses – attirantes, fières et vertueuses. Lorsqu’elles se sont mises à résister à la colonisation, on les a alors décrites comme « squaws » — sales, obscènes, sauvages et déviantes sexuellement.[1] Ces caractérisations ont contribué à façonner l’image des femmes autochtones comme étant disponibles sexuellement; une situation qui a permis aux hommes allochtones (non-autochtones) d’agresser les femmes autochtones en toute impunité.

L’Association des femmes autochtones du Canada affirme par ailleurs que le colonialisme continue de sévir dans la vie des femmes autochtones. L’Assocation note également que le traumatisme transgénérationnel du colonialisme a des effets néfastes sur les relations sociales entre les autochtones. Les pensionnats, ayant pour but d’éliminer ce qui était autochtone chez les autochtones, ainsi que l’enlèvement des enfants autochtones par le DPJ ont créé des ruptures culturelles et affectives profondes qui continuent à marquer le quotidien des peuples. Les impacts sont multiples et les situations dans lesquelles elles se retrouvent les rendent vulnérables devant des prédateurs. Les femmes autochtones sont nombreuses à vivre de l’itinérance, à se déplacer souvent entre la ville et leur communauté d’origine en ayant recours de l’autostop, à développer des dépendances, à vivre de la prostitution/travail du sexe ou connaître des relations violentes.

Le Québec et le Canada n’ont pas fini de comprendre la portée du rapport qu’ils ont entretenu et continuent d’entretenir, mais autrement avec les peuples avec qui nous partageons dorénavant l’avenir. Les disparitions et les meurtres qui ont lieu aujourd’hui ne peuvent être compris en dehors de cette histoire.

La FFQ estime qu’il est du rôle des féministes de travailler en alliance avec les femmes autochtones pour faire en sorte que nos États comprennent mieux les processus et les effets de la colonisation pour mieux bâtir une relation égalitaire. Les membres de la FFQ ont un rôle à jouer également pour en discuter dans leur milieu et pour générer de la solidarité plutôt que l’indifférence.

La FFQ travaille actuellement à une action en juin à Montréal. Nous aurons également un geste à proposer à toutes celles qui souhaitent manifester leur solidarité à distance.

Par ailleurs, la Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes conjointement avec Femmes autochtones du Québec organiseront le 4 octobre prochain des vigiles dans les régions afin de forcer le gouvernement canadien de tenir cette enquête publique.

 

Alexa Conradi



[1] http://www.nwac.ca/sites/default/files/imce/NWAC_3F_Toolkit_e.pdf

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