5 mars 2014

Fiche 2 : Laïcité, immigration et inclusion

 

Nous poursuivons notre série de textes sur les différents enjeux que soulèvent la Charte et le débat qui se poursuit depuis plusieurs mois.

Avec le débat sur la Charte des valeurs, le gouvernement et certainEs intervenantEs ont choisi de relier l’enjeu de la laïcité de l’État à celui de l’immigration au Québec. À la FFQ, nous croyons qu’il est inquiétant d’amalgamer la crainte du religieux dans l’État et l’arrivée de nouveaux immigrantEs comme cela se fait actuellement. Ces deux enjeux sont très différents. Selon la FFQ, il serait préférable d’aborder d’une part, la question de la laïcité et d’autre part, discuter du modèle d’intégration qui favorise l’inclusion des immigrantEs à la société québécoise. Nous vous proposons donc dans ce texte de répondre à la question suivante : Quel modèle le Québec devrait-il adopter pour favoriser l’inclusion des immigrantEs?

Le contexte particulier du Québec

D’entrée de jeu, rappelons que depuis des siècles, le Québec est une société d’immigration, C’est par l’interaction entre les premiers arrivés, les Autochtones, et les nouveaux arrivant-e-s, les Français-es, les Anglais-es, les Irlandais-es et les Écossais-es et des NoirEs issuEs de l’esclavagisme que nous sommes devenus un peuple. D’autres NoirEs, des Asiatiques, d’autres EuropéenNEs sont venuEs enrichir cette société principalement francophone en terre autochtone. Cette histoire est remplie de beauté et de tension, d’injustices et de solidarité, d’oppressions et de silence, de paix et d’ouverture. L’histoire de nos origines est tissée d’apports qui ne se limitent pas à ceux de la France, même si la société québécoise est majoritairement francophone. Être un peuple dont la langue commune est le français place le Québec en situation minoritaire en Amérique du Nord, renforce des craintes vis-à-vis de l’immigration et favorisant le désir de certainEs d’assimiler les immigrantEs.  Or, selon la FFQ, les craintes et les impressions ne doivent pas dicter les politiques publiques. Il y a lieu de protéger la langue française et le droit à l’autodétermination du peuples québécois sans tomber dans la peur de l’Autre.

Nous estimons qu’il faut développer un modèle interculturaliste critique, en y ajoutant une perspective féministe de non-domination.

Qu’est-ce que l’interculturalisme?

L’interculturalisme se distingue à la fois du multiculturalisme canadien et du républicanisme français. À la différence du multiculturalisme, il encadre le vivre-ensemble de manière à respecter autant la continuité du noyau francophone que les droits des personnes immigrantes ou des minorités religieuses.  Selon le rapport de la Commission Bouchard-Taylor, lors de laquelle la FFQ a déposé un mémoire, l’interculturalisme québécois [1] :

  1. institue le français comme langue commune des rapports interculturels;
  2. cultive une orientation pluraliste, soucieuse de la protection des droits;
  3. préserve la nécessaire tension créatrice entre, d’une part, la diversité et, d’autre part, la continuité du noyau francophone et le lien social;
  4. met un accent particulier sur l’intégration et la participation;
  5. et préconise la pratique des interactions.

On vise donc l’intégration dans une orientation pluraliste où il y a une co-construction de la société québécoise, sans hiérarchie ni domination entre les citoyenNEs en fonction de l’ancienneté de leur installation.

Pourquoi une perspective critique de l’interculturalisme?

La FFQ est plutôt d’accord avec la définition de l’interculturalisme de la Commission Bouchard-Taylor, mais en y accolant une perspective féministe de la justice sociale. Pour contrer les rapports de domination, il faut tenir compte des rapports sociaux historiques et contemporains qui créent des obstacles à l’intégration pour des personnes issues ou perçues comme issues de l’extérieur du Québec. Plusieurs exemples concrets témoignent de ces obstacles. On peut penser ici au taux de chômage élevé chez les NoirEs ou encore l’absence des NoirEs de la scène télévisuelle, et ce malgré le fait qu’elles et ils sont partie prenantEs de la société québécoise, dans certains cas, depuis des siècles. La position des francophones en tant que minorité au sein du Canada et en tant que majorité au sein du Québec constitue une réalité ajoutant son lot de complexité dans le rapport que les QuébécoisEs entretiennent avec les immigrantEs. Cette réalité complexe ne peut toutefois justifier l’exclusion ou la discrimination.

Il faut souligner que cette définition de la Commission Bouchard-Taylor demeure silencieuse sur les liens entre le peuple québécois et les peuples autochtones avec qui nous partageons de façon inégalitaire un territoire, mais aussi une histoire. Le fait qu’il n’y ait jamais eu de reconnaissance gouvernementale du passé colonial que le Québec a entretenu avec eux, notamment par l’entremise des églises chrétiennes, pas plus d’ailleurs qu’une reconnaissance de l’apport des peuples autochtones à l’histoire et à la culture québécoises, est déplorable dans le débat actuel sur la Charte des valeurs.

L’interculturalisme critique, tel que nous l’entendons, propose donc que le gouvernement allie le renforcement des droits contenus dans la Charte des droits et libertés à un principe de non-domination et au droit à l’autodétermination des femmes pour guider le rapport de l’État à la religion. Ce modèle invite aussi le gouvernement à respecter le droit à l’autodétermination des peuples autochtones en toute matière, y compris en matière de laïcité.

Nous estimons que l’interculturalisme critique mérite de trouver place dans une politique qui orienterait mieux  les pratiques gouvernementales, en plus d’avoir un impact sur les normes sociales et les mentalités qui entourent l’immigration. La FFQ déplore l’absence d’études pour justifier la Charte des valeurs. Elle déplore aussi qu’il n’y ait pas eu d’efforts pour rectifier les impressions erronées et l’expression de préjugés à l’endroit de certaines populations immigrantes. Ainsi, un progamme interculturel juste s’assurerait de contrer le racisme et la discrimination qui limitent les chances des QuébécoisEs d’origines diverses.

Cybel Richer-Boivin

Lire la Fiche 1

Pour en savoir plus sur nos propositions


[1]
                [1] Gérard Bouchard et Charles Taylor, Fonder l’avenir. Le temps de la conciliation, Québec, 2008, p.121.

 

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