6 février 2014

Mot de la présidente – 20 ans d’ALÉNA : des effets dévastateurs pour les femmes

 

La semaine dernière, je suis allée au Mexique avec des déléguéEs du Réseau québécois sur l’intégration continentale (RQIC) pour un forum trinational sur les vingt ans de l’Accord de libre-échange en Amérique du Nord (ALÉNA), qui regroupe le Canada, les États-Unis et le Mexique. Nous y étions pour faire le bilan des effets de cette entente sur les femmes, les travailleuses, les travailleurs, sur l’agriculture et sur l’exploitation des ressources naturelles ainsi que pour dégager des pistes de luttes et d’alternatives pour l’avenir. MexicainEs syndicalistes et paysanEs y étaient en grand nombre. J’y ai aussi croisé des personnes des réseaux canadiens et des États-Unis. Du Québec, on retrouvait des représentantEs de la FTQ, de la CSN et de la CSD, des Amis de la terre et le coordonnateur du RQIC.

Plusieurs forums thématiques ont précédé la tenue d’un Forum multisectoriel : un  forum des femmes, un sur l’agriculture,  un autre sur les mines et l’extraction des ressources naturelles, ainsi qu’un forum syndical. Ces quelques jours m’ont permis de tirer des constats importants sur les effets dévastateurs de l’ALÉNA et plus généralement, des politiques néolibérales sur les corps des femmes et les territoires.

Le premier constat : Des promesses brisées

Alors que l’ALENA devait faire connaître la  la prospérité au Mexique, les Mexicaines ont plutôt témoigné d’une dégradation constante de leur niveau de vie et de leurs conditions de travail depuis la signature de l’accord. Elles considèrent  qu’avec l’ALÉNA et dans le contexte des autres politiques de libéralisation/privatisation des services publics, de  diminution des protections sociales, de  déréglementation du marché du travail et de  marchandisation du bien commun, elles  sont perdantes. Les efforts pour améliorer les conditions de travail dans les maquiladoras n’ont pas donné de résultat, les conditions ont même empiré. Elles assistent à un  retour de diverses pratiques de contrôle, telles que la vérification de grossesse pour s’assurer qu’elles ne soient pas enceintes.

Les Mexicaines ont témoigné du fait  qu’avec la privatisation des services publics,ellles doivent assumer toujours plus de travail. Elles ont de longues journées de travail salarié, accompagnées d’un deuxième quart de travail une fois arrivées à la maison, sans  sortir de la pauvreté. Le coût de l’alimentation a augmenté de 6 % annuellement ces dernières années, mettant une pression énorme sur les femmes à salaire très bas. Elles craignent également le déplacement (forcé) des populations en faveur des mégaprojets énergétiques ou d’industries extractives. Une situation qui se traduit souvent par une augmentation de la violence envers les femmes.

Deuxième constat : l’agriculture est en crise

Le peuple mexicain a déjà fait la révolution afin d’avoir avoir accès à la terre. Ce secteur est important pour les communautés, afin d’assurer à tout le monde une certaine souveraineté alimentaire. Or, avec l’ALÉNA, le nombre de fermes familiales a dramatiquement baissé et les importations de nourriture sont en hausse. Les organisations de paysanNEs s’inquiètent de l’avenir des petites fermes qui assurent en grande partie la qualité et l’accessibilité de la nourriture pour la  population locale.

Troisième constat : le développement d’une économie extractive du Nord au Sud

Le Mexique, tout comme le Canada et le Québec, fait face à une volonté des pouvoirs économiques et politiques de développer une économie basée sur l’extraction des ressources naturelles, sans égard aux effets sur l’environnement, la biodiversité et les populations locales. Ce développement  s’accompagne de militarisation et de  répression, puisque les populations locales et autochtones résistent à cette appropriation de leurs terres. Les entreprises minières canadiennes sont les plus citées comme étant problématiques. Un homme d’une communauté autochtone est venu témoigner de la lutte de son peuple contre l’installation d’une mine. Son frère a perdu la vie, assassiné pour avoir résisté. Malgré tout, la communauté poursuit la résistance.

Quatrième constat : migrer vers le Nord pour échapper aux mauvaises conditions

Les mauvaises conditions de travail et de vie au Mexique poussent les MexicainEs à migrer vers le Nord, souvent dans des conditions difficiles, sans réel statut. Cette absence de statut les prive de protections sociales et de l’exercice de leurs droits humains, sans parler des risques pour la violence envers les femmes. Les lois canadiennes et américaines les maintiennent dans un statut de non-droit, notamment en tant que travailleuses et travailleurs temporaires.

Dernier constat : les droits des entreprises plutôt que les droits humains

Les ententes de libre-échange sont des Charte des droits des entreprises. Devant ce constat, nous avons alors convenu de rejeter ce modèle de développement qui soumet les droits humains aux intérêts corporatifs. Nous avons aussi convenu de la nécessité de bâtir des projets communs, car seulEs, nous n’avons pas la force pour stopper le modèle de société basé sur l’exploitation à outrance des humains, des ressources naturelleset la privatisation des profits.

J’ai beaucoup appris durant ces quatre  jours sur le Partenariat transpacifique, une nouvelle charte des droits des entreprises qui se négocie entre l’Amérique du Nord et des pays du Pacifique. Je vous en parlerai lors du prochain bulletin. Si nous pensions vivre une « walmartisation » de nos emplois depuis l’ALENA, cette entente s’annonce encore plus dérangeante pour la justice et l’égalité pour les femmes. La résistance devra s’organiser!

Nous vous convions d’ailleurs le 5 mars prochain, dans le cadre de la Journée internationale des femmes, à une conférence-discussion inspirée par ces enjeux.

Alexa Conradi

On vous invite à lire la déclaration conjointe signée par la FFQ suite à ce Forum.

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