6 février 2014

Fiche 1 – Charte, laïcité et position de la FFQ

 

La lutte aux fondamentalismes religieux : qu’en est-il?

Dans l’attente d’être entendue en commission parlementaire sur le projet de loi 60, la FFQ souhaite   créer un espace de réflexion et de partage d’information avec ses membres sur différents enjeux que soulève ce projet de loi; présence de fondamentalismes religieux au Québec, autodétermination et non-domination des femmes, inclusion des immigrantEs, port de signes religieux, accommodements raisonnables… Nous vous proposons donc le premier d’une série d’articles sur ces enjeux.

Y-a-t-il une montée des fondamentalismes religieux au Québec?

La lutte contre les oppressions, religieuses et autres, que vivent les femmes est au cœur de l’action de la FFQ depuis bientôt 50 ans. Depuis plus de quinze ans, par le biais de ses relations et actions  avec les femmes de la Marche mondiale des femmes dans une cinquantaine de pays, la FFQ fait le constat de la montée des fondamentalismes religieux, ici comme ailleurs.

Dans un rapport de l’Association pour les droits de la femme et le développement (AWID) extrêmement bien documenté, qui analyse les résultats de recherches-terrain sur les fondamentalismes religieux en s’appuyant sur les expériences et les stratégies des groupes de femmes partout dans le monde, on voit que les organisations  de femmes remarquent une augmentation du fondamentalisme. Ce fondamentalisme prône que l’on doit opérer sous une seule identité (p.10), une seule vérité (p.24) et une seule autorité (p.39)[i]. On constate également que, malgré les processus de « modernisation » (entendue comme sécularisation) de plusieurs pays, les femmes n’en  sont pas moins attachées à leurs pratiques spirituelles.

L’analyse contenue dans ce rapport révèle que plus l’État fournit les conditions légales et sociales favorisant  la liberté et l’égalité des femmes, plus la société est pluraliste et moins l’État est religieux. Dans ce contexte, les femmes sont plus libres de créer une distance avec les obligations religieuses. Elles sont croyantes à leur façon, sans forcément embrasser les éléments rétrogrades de leur religion dans ses versions les plus conservatrices. Elles font même évoluer leur religion, dans sa « théologie » comme dans ses pratiques. Ce constat témoigne de la nécessité de s’attarder à l’ensemble des conditions des femmes si la société ne veut pas voir le conservatisme religieux progresser.

Ce que la FFQ pense et fait dans la lutte contre les fondamentalismes

Pour la FFQ, la lutte contre les fondamentalismes se fait au quotidien et sur le terrain dupolitique. Dans son travail de tous les jours, la FFQ lutte contre les stéréotypes sexuels, pour le renforcement du rôle de l’école publique comme lieu de développement de la solidarité et de la citoyenneté et du développement de l’esprit critiqueq, pour l’accès universel aux services publics et pour la stabilisation du statut précaire des immigrantes et pour favoriser leur accès à des emplois  qualifiés. D’une part, le sentiment d’exclusion sociale et économique constitue un terreau fertile au repli identitiare et dogmatique. De l’autre, les organisations fondamentalistes sont souvent prêtes à fournir des services délaissés par l’État, sans garantis quant à la mixité ou l’égalité homme-femme Pour la FFQ, le projet de loi 60 n’offre pas les moyens nécessaires pour mener cette lutte.

C’est pourquoi la FFQ voudrait voir le gouvernement s’engager dans la lutte aux fondamentalismes religieux en :

1. mettant fin au financement des écoles privées confessionnelles;

2.créant un programme soutenu d’éducation aux rapports égalitaires et à la sexualité dans  le réseau des écoles publiques

3. assurant la formation du personnel des organisations étatiques en lien avec les enfants sur les formes de violence et de contrôle qui interviennent dans la vie des enfants;

4. donnant les moyens aux groupes de femmes de se former davantage pour adapter leurs interventions et leurs actions pour contrer les fondamentalismes;

5. soutenant l’insertion socioprofessionnelle des femmes immigrantes et racisées, et en faisant la promotion de la défense collective de leurs droits;

6. cessant la privatisation des services publics pour éviter que des groupes religieux peu gênés de faire du prosélytisme remplissent le vide laissé par l’État;

7. créant un comité de travail sur les fondamentalismes, en partenariat avec des groupes de féministes croyantes et des expertes académiques du fondamentalisme, afin d’identifier les terreaux actuels des fondamentalismes et les moyens de soutenir les filles, les gens de la diversité sexuelle, etc.

 

La FFQ estime également qu’il faut combattre les fondamentalismes politiquement.

Elle critique et appuie l’expression de la dissidence au sein ou en-dehors des communautés aux prises avec le dogmatisme, voire avec l’extrémisme. Le mouvement féministe existe justement pour dénoncer ces tentatives de faire reculer le droit des femmes à l’égalité; c’est l’essence même de notre travail. Nous travaillons à d’autres échelles aussi, notamment à outiller les femmes pour qu’elles puissent combattre les tentatives de contrôle à leur endroit, à faire pression sur les entreprises et sur l’État pour qu’il légifère sur la violence envers les femmes et à transformer les mentalités perpétuant une vision rétrograde et sexiste des femmes et des hommes dans la société. Dans les dernières années, la FFQ :

1. a mené une lutte acharnée contre la remise en question du libre choix des femmes en matière d’avortement, actuellement pilotée par des organisations religieuses et des députés religieux; à la Chambre des communes à Ottawa;

2. a dénoncé toutes les positions rétrogrades des religions concernant le corps et la sexualité des femmes, notamment en ayant dénoncé à maintes reprises ces dernières années les commentaires de cardinaux ou d’évêques du Québec  associant l’avortement à un meurtre ou affirmant qu’un avortement en cas de viol est inacceptable;

3. s’est prononcée clairement pour le droit des femmes à l’égalité en s’affichant contre les mutilations génitales, les tribunaux religieux musulmans ou juifs, la polygamie, le vote à visage couvert et le port du voile intégral dans la fonction publique et les services publics;

4. a condamné les propos des quatre prédicateurs invités à Montréal par le Collectif 1ndépendance regroupant de jeunes musulman-es montréalais-es en septembre 2013;

5. a dénoncé la tenue d’une conférence à l’Université Concordia en 2011 par des prédicateurs musulmans en raison de leur discours antiféministe, sexiste, homophobe et antidémocratique;

6. a développé, depuis la CommissionBouchard-Taylor, une approche faisant converger des positions féministes, antiracistes, critiques de la place faite aux femmes dans toutes les religions et respectueuses des droits, notamment de la liberté de conscience ;

7. s’est prononcée contre la mise sur pied par le gouvernement fédéral du Bureau de la liberté de religion;

8. s’est prononcé contre les tribunaux religieux en Ontario;

9. s’est prononcé contre le vote à visage couvert.

Cette expérience terrain de la lutte contre les formes de contrôle politique, social, religieux, idéologique du corps des femmes et la défense du droit à l’autodétermination des femmes nous amène à poser un regard critique sur le projet de loi 60. Les différentes mesures prévues par ce projet de loi ratent la cible de la lutte aux fondamentalismes. Bien que nous soyons en faveur de la laïcité de l’État, nous demandons au gouvernement de refaire ses devoirs car le projet de loi propose une catholaïcité qui ne fera que creuserles fractures sociales entre QuebecoisEs d’origines diverses.

Pour connaître les grandes lignes de notre mémoire.

Cybel Richer-Boivin



[i] Pour mieux comprendre cet définition du fondamentalisme nous vous proposons un texte de L’autre parole : http://www.lautreparole.org/articles/648

 

Commentaires

Un commentaire sur “Fiche 1 – Charte, laïcité et position de la FFQ”

  • Et voilà bien des suggestions d’amendements au texte de la loi 60 qui sont intéressantes. Des indications concrètes pour mieux aménager cette loi en fonction d’une visée plus assurée contre les diverses formes de fondamentalisme religieux de quelque source qu’il soit. Cependant,il ne suffit certes pas d’être une école catholique, protestante, juive, musulmane pour les taxer d’enseignement fondamentaliste. Il y eut un temps où l’État s’est dit capable et compétent pour prendre en charge la plupart des institutions scolaires, hospitalières ou autre du Québec. Et cela grâce notamment aux généreux dons que lui firent les institutions concernées, dons de leur héritage matériel et immatériel (cf vente au rabais). Mais je suis d’accord depuis longtemps que seules les institutions privées à caractère spécifique en faveur de plus «défavorisés» ou à autre vocation très particulière devraient obtenir des subventions gouvernementales. Cette discussion exige une réflexion hors cadre de la Charte pour en bien saisir les contours, avantages et inconvénients, etc… La plupart des pistes suggérées ne peuvent sans doute pas faire partie expresse de la Charte. Elles peuvent toutefois contribuer à en tirer un principe général et constituer une annexe pour fin d’étude plus élaborée en un comité subséquent à l’adoption de la Charte sur les valeurs québécoises. Toutes les dimensions impliquées dans le concept laïcité peuvent-elles ou doivent-elles être incluses dans ce projet de loi de façon égale pour une application immédiate? Je continue personnellement à me laisser questionner… Mais je suis d’accord avec l’adoption de ce projet de lui moyennant les correctifs les plus urgents à y apporter. Qui trop embrasse mal étreint!

Nous ne publions jamais les adresses courriel.

Veuillez saisir le code de sécurité ci-dessous :