20 janvier 2014
Communiqué de presse

Pour une laïcité sans domination – La FFQ dévoile les grandes lignes de son mémoire sur le projet de loi 60

 

MONTRÉAL, le 20 janv. 2014 /CNW Telbec/ – Dans l’attente d’être entendue en consultation, la Fédération des femmes du Québec (FFQ) rend disponibles sur son site (http://www.ffq.qc.ca/2014/01/pour-la-laicite-sans-domination/) les grandes lignes de son mémoire sur le projet de loi 60. Elle y présente son analyse, ses critiques et ses recommandations afin d’en faire un projet qui permet à la société d’affirmer une perspective féministe alliant la recherche de justice, d’égalité et de liberté pour toutes et tous.

Dans son mémoire, la FFQ réitère sa position pour la laïcité de l’État et reconnait que celle-ci peut être un outil intéressant pour éloigner les fondamentalismes du pouvoir politique. Toutefois si une loi n’est pas bien ficelée, la laïcité peut être une source d’injustice ou d’exclusion voire même d’affaiblissement du droit des femmes à l’égalité.

En présentant une Charte des valeurs plutôt qu’une loi sur la laïcité, le gouvernement brouille les objectifs poursuivis par son projet de loi. De plus, la FFQ considère que le gouvernement ne met pas en place des mesures suffisantes pour répondre aux préoccupations du mouvement féministe en ce qui a trait à la montée des fondamentalismes et à l’atteinte de l’égalité et de la justice pour toutes les femmes. « En traitant l’égalité entre les femmes et les hommes comme une “valeur” ou un “principe” plutôt qu’un droit au sens politique et juridique, le projet de loi affaiblit la teneurde ce droit et rend encore plus difficile que cette égalité de droit se traduise en égalité de fait, » estime la FFQ, selon sa présidente, Alexa Conradi.

Le gouvernement aurait pu travailler avec les groupes de femmes pour identifier les meilleures manières de stopper le contrôle social des filles et des femmes associé souvent aux fondamentalismes religieux, mais il n’en est rien. Il aurait pu reconnaître que ce n’est ni au pape, ni à l’imam, ni au juge, ni à l’État, ni au mari de décider pour les femmes leur rapport à la religion. Or, au nom de l’égalité, l’État se substitue au jugement des femmes en décidant ce qui est bon pour elles alors qu’elles ont droit autant à l’égalité qu’à la liberté de conscience.

Ce qui fait ultimement le plus peur, c’est que les fondamentalismes religieux fassent reculer la place des femmes dans l’espace public, ou remettent en question le droit à l’autonomie économique ou encore la liberté sexuelle. En effet, le projet de loi n’annonce aucune mesure pour prévenir ou stopper le développement de fondamentalismes religieux dans la société québécoise. Pis encore, en introduisant une Catho-laïcité et en stigmatisant les minorités religieuses particulièrement les musulmanEs, le gouvernement risque d’augmenter le repli identitaire, un terreau fertile pour le développement des fondamentalismes.

Les piliers inséparables de la laïcité

Pour la FFQ, la laïcité de l’État repose sur trois piliers inséparables; la séparation des pouvoirs entre l’État et la religion, la neutralité de l’État vis-à-vis de la croyance ou de l’incroyance des citoyenNEs et la reconnaissance de la liberté de conscience et de religion incluant la liberté d’expression et qui, selon la Déclaration universelle de l’ONU, implique autant l’espace privé que public.

Des principes féministes à reconnaître

Pour réaliser une laïcité de l’État, qui respecte et favorise la reconnaissance de l’égalité pour toutes les femmes, les principes de la non-domination, de l’autodétermination des femmes et du respect des droits des femmes doivent être au cœur du projet de la laïcité de l’État envers les religions. « Un projet qui finit par créer de la subordination chez les femmes ou un groupe de femmes n’est pas acceptable. L’État doit plutôt tenter de contre-balancer les déséquilibres sociaux et économiques afin de permettre la participation pleine et entière de toutes et de tous à l’ensemble des aspects de la vie en société,” affirme la présidente. Dans le cas présent, on affaiblit la place des minorités dans la vie économique et sociale du Québec en s’appuyant non pas sur des recherches mais des anecdotes pour justifier l’éventuels congédiement et exclusion des emplois dans les services publics. “Or, dans une perspective de non-domination, le gouvernement a un rôle à jouer pour confronter et non conforter les préjugés qui circulent actuellement,” rappelle Madame Conradi.

Les critiques de la FFQ envers les visées du projet de loi ainsi que plusieurs articles sont importantes : le recours aux valeurs, l’interdiction du port de signes religieux, le maintien de certains signes ou pratiques religieuses, le traitement des accommodements raisonnables et l’étendue du champ d’application de la loi. Le projet de loi demeure flou sur des enjeux tels que le retrait du crucifix de l’Assemblée nationale et la prière dans les conseils, et passe carrément sous silence le financement par l’État des écoles privées confessionnelles. « Nous demandons au gouvernement de mener les recherches et les consultations nécessaires, afin de présenter un nouveau projet de loi qui permettrait une laïcisation véritable de l’État, de ses lois, procédures, dispositifs et institutions. Nous demandons aussi au gouvernement que la paix sociale et la réalisation effective des droits de toutes et tous, et ce, sans domination, soient garantis par un tel projet », conclut Mme Conradi.

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Source :
Cybel Richer-Boivin
514-717-4847

laicitefeministe.com

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