30 janvier 2014

Réponse à Djemila Benhabib

 

Lundi dernier, 27 janvier, La Presse publiait dans sa section Votre opinion une lettre de Djemila Benhabib en réponse à une chronique de Vincent Marissal. Mme Benhabib a profité de cette plateforme offerte pour s’attaquer une fois de plus à la réputation de la Fédération des femmes du Québec, qu’elle accuse d’être infiltrée par des islamistes. Nous prenons un moment pour lui répondre.

 

Le choix des mots n’est pas innocent. Madame Benhabib en connaît le poids. En choisissant « infiltrer », synonyme de noyauter, Mme Benhabib laisse entendre que des personnes se sont introduites à la FFQ dans un but subversif. Dans le climat actuel, il est facile d’accuser des personnes d’être islamistes, il est en revanche difficile de s’en défendre.

L’islamisme est défini par le Larousse comme un « mouvement regroupant les courants les plus radicaux de l’islam, qui veulent faire de celui-ci, non plus essentiellement une religion, mais une véritable idéologie politique par l’application rigoureuse de la charia et la création d’États islamiques intransigeants ». Or, la FFQ et ses membres prennent position contre la charia, contre les fondamentalismes et pour la laïcité.  À aucun moment aie-je entendu dans nos rangs une intervention pouvant être associée à de l’islamisme.

À force de traiter celles et ceux qui ne partagent pas ses opinions « d’idiot-e-s utiles » ou d’islamistes, Mme Benhabib perd en crédibilité. Je peux confirmer l’intelligence, l’authenticité et la conviction des féministes musulmanes actives à la FFQ. Elles témoignent d’un rare courage en poursuivant leurs luttes féministes malgré les attaques des fondamentalistes musulmans, les accusations trompeuses de Mme Benhabib et de ses alliéEs, et les préjugés véhiculés dans la société québécoise.

Ne devrait-on pas se réjouir de la présence de ces féministes, longuement marginalisées et peu représentées, dans le mouvement? La participation n’est-elle pas signe d’intégration? La méfiance à leur endroit n’a d’égale que le manque de respect de Mme Benhabib envers les autres membres de la FFQ. Croit-elle vraiment que les membres de la FFQ – des grandes organisations féministes autonomes, des comités femmes des syndicats et d’organisations communautaires, des féministes de toutes les générations – sont si faciles à manipuler? Nous réclamons davantage de nuances de la part de cette intervenante qui jouit d’une grande couverture dans les médias.

Mme Benhabib est en guerre contre la FFQ depuis 2009 lorsque l’organisation a adopté en assemblée générale spéciale une position sur le port de signes religieux qu’elle ne partage pas. Depuis, elle ne cesse de porter atteinte à la réputation de la FFQ. En adoptant une approche du type « avec ou contre moi »,  elle refuse de respecter la diversité des opinions féministes sur le sujet, une attitude inquiétante pour une démocrate.

Dans le débat sur la Charte, la FFQ demande au gouvernement de déposer un nouveau projet de loi portant uniquement sur la laïcité (et non sur les valeurs) et de mettre sur pied un comité sur les fondamentalismes religieux. Pour la FFQ, cette nouvelle loi devrait reposer sur trois piliers ;1) la séparation de l’État et des religions, 2) la neutralité de l’État à l’égard des religions et de la croyance et 3) la liberté de conscience. Elle devrait également respecter trois principes féministes: la non-domination des femmes ou des groupes de femmes, la reconnaissance de leur droit à l’autodétermination et le respect des droits humains des femmes à l’effet qu’elles ont autant droit à l’égalité que droit à la religion.

 

Alexa Conradi, présidente de la Fédération des femmes du Québec

 

 

Commentaires

6 commentaires sur “Réponse à Djemila Benhabib”

  • Hayat dit :

    C est clair que Mme Benhabib à été choisie par les médias pour la simple raison que son intervention à la radio ou bien à la télé vient appuyer des préjugés pre-établis et bien concoctés pour rabaisser la femme musulmane et arabe .

  • Floriane Lefèvre dit :

    Bonjour,
    Merci pour cette lettre à la fois éclairante et apaisante. Oui, les femmes ont droit à l’égalité, au respect et à la religion. J’ai beaucoup apprécié votre ton, madame Conradi, et la perspective non belliqueuse que vous apportez à un débat parfois tellement manichéen. Je suis très triste de voir que le débat sur la charte des valeurs divise et segmente les Québécois, de souche et issus de l’immigration. J’aimerais tant que votre voix soit davantage entendue, et j’adhère à votre souhait de voir les féministes, toutes croyances religieuses confondues, œuvrer à plus de justice sociale. Bref, je publie votre lettre sur mon mur facebook et j’invite mes amis à le lire.
    Bonne journée.

  • Nassira Belloula dit :

    Bonjour

    je suis écrivaine algérienne installée au Québec et j’ai vécu le terrorisme dans mon pays l’exclusion de certaines femmes de toutes les sphères, j’ai assisté a des lutes magnifiques pour le droit à la vie avant tout, étant journaliste j’ai eu a témoigner de luttes féminines et de lutte de survie et de lutte pour le droits. Je pars d’une principe que n’importe quel organisme qui défend les droits des femmes ne peut exclure certaines sous des prétextes faux comme le voile, la religion ou autre. Benhabib est dans un combat illogique plutôt son non-combat avec une vision empreinte de malentendu et d’extrémisme même de sa part, elle n’est pas dans une vision honnête et juste du combat de la femme. Elle voudrait exclure de toute scène de vie de travail même leur ôter l’oxygène à toutes femmes non conforme à ses idées, idées qui ne lui sont pas nées d’une quelconque lutte ni de ce qu’elle a enduré vu qu’elle a quitté l’Algérie trop tôt (tant mieux pour elle) elle n’avait pas a subir ce que les femmes restées en Algérie ont vraiment subi. Les femmes quelques soient leurs conditions aspirent aux mêmes droits et le faire ensemble en acceptant les différences et les idées contradictoires et l’essentiel de toute lutte féminine sinon a quoi rime de défendre les intérêts et les droits des femmes si nous même femmes nous faisons dans l’exclusion. Bonne continuation mme Alexa Conradi et toutes les femmes.

  • Najat Kinany dit :

    Je n’ai qu’ une seule chose a dire sur cette femme: elle est perdue entre deux mondes et elle se cherche….je ne peux croire qu’une telle personne et qu’ un tel personnage trouve un succes au Quebec…je suis desolee de voir qu’on donne tellement d’espace a des personnes comme elle……
    Ceux et celles qui l’ecoutent n’ ont pas compris qu’il s’agit d’une personne qui cherche a se faire une place de n’ importe quelle maniere et elle utilise ces sujets comme outils….pauvre elle….

  • ann robitaille dit :

    vous n’acceptez que les commentaires qui vont dans votre sens ?

  • Cybel Richer-Boivin dit :

    Nous acceptons les commentaires divergents des autres opinions exprimées sur nos pages. Nous exigeons évidemment de toutes les personnes qui nous envoient un commentaire que celui-ci respect les autres opinions exprimées autant sur le plan de la forme que sur le fond. N’hésitez pas à nous faire parvenir votre commentaire et notez que l’acceptation du commentaire peut prendre plus de 24 H.

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