24 octobre 2013

Une réforme qui accentue les discriminations envers les femmes

 

La réforme du programme fédéral d’assurance-emploi est entrée en vigueur au début du mois de janvier 2013 partout au Canada. Depuis son annonce, la réforme a suscité les critiques de nombreuses organisations du milieu féministe, communautaire, syndical et même de la part de certains employeurs.

Les nouvelles mesures mises en place par la réforme ne tiennent aucunement compte de l’impact particulier sur les femmes. La FFQ, le Conseil d’intervention pour l’accès des femmes au travail (CIAFT), Action travail des femmes, Au-bas de l’échelle, le Réseau des tables des groupes de femmes et la Table des groupes de femmes de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine ont donc signé conjointement un mémoire, dans le cadre de la commission nationale d’examen sur la réforme de l’assurance-emploi, pour dénoncer une réforme qui pénalise plus fortement les femmes.

Le régime d’assurance-emploi a toujours discriminé les femmes et les nouvelles mesures ne font qu’accentuer cette tendance en réduisant l’accès aux prestations. Historiquement, les femmes occupent des emplois généralement moins bien rémunérés que les hommes. Chez les femmes s’identifiant à une minorité visible ou récemment immigrées, ainsi que chez les femmes autochtones ou les femmes vivant avec des limitations fonctionnelles, l’écart salarial est plus prononcé. Les femmes vivant dans les régions où l’économie est basée sur l’exploitation des ressources naturelles sont également désavantagées avec des taux d’emploi faibles et de bas salaires. Pour compléter ce portrait, il faut aussi préciser que les femmes sont aussi plus nombreuses à travailler à temps partiel, 59 % contre 43 % chez les hommes. 

La principale discrimination à l’égard des femmes issue de cette réforme provient du fait que l’admissibilité et la durée des prestations sont déterminées par le nombre d’heures travaillées. Cette mesure désavantage nettement les personnes travaillant à temps partiel dont les trois quarts sont des femmes âgées de 25 à 54 ans. En 2012, le nombre de femmes chômeuses s’élevait à 43 %, contrairement à 31 % pour les hommes.

Les mesures nouvellement mises en place visent à forcer les « prestataires fréquents » à accepter dans des délais plus courts des emplois payant seulement 70 % de leur salaire antérieur. Le salaire des femmes étant généralement plus faible, de plus en plus de femmes n’auront d’autre choix que d’accepter n’importe quel emploi au salaire minimum.  Le problème sera particulièrement aigu dans les régions éloignées où il y a peu d’emplois pour les femmes. À Montréal, ce sont les immigrantes qui écoperont le plus, étant donné les difficultés qu’elles connaissent déjà pour décrocher un emploi malgré leur niveau de scolarité élevé.

Ce portrait succinct de la situation économique des femmes nous permet de mieux comprendre l’impact des mesures discriminatoires à l’égard des femmes intégrées au régime d’assurance-emploi, ainsi que des effets des nouvelles coupes. Ce sont les femmes, notamment les femmes davantage  discriminées, qui subiront les conséquences les plus importantes de ces coupes, alors qu’elles sont déjà les plus pauvres, condamnées aux emplois les plus précaires et les moins bien rémunérés.

Les groupes signataires du mémoire demandent donc le retrait de la nouvelle catégorisation des prestataires qui les force à accepter des emplois moins bien rémunérés. Ils recommandent aussi de revenir à un système où l’accès aux prestations et la durée des celles-ci sont basés sur le nombre de semaines travaillées en prenant en compte chaque emploi avec un minimum de 7 heures de travail par semaine. Cette mesure est nécessaire si l’on veut éliminer la discrimination systémique à l’égard des femmes. L’accès aux prestations ordinaires devrait aussi être indépendant du fait d’avoir déjà reçu 50 semaines de prestations spéciales (de maternité, parentale, de maladie ou pour soin d’un proche, qui touche majoritairement les femmes).

 

Pour lire le mémoire complet

Cybel Richer-Boivin

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