10 octobre 2013

Lettre parue dans Le Devoir : Loin d’un féminisme individuel, la FFQ défend le droit à l’égalité de toutes les femmes

 

Plusieurs opinions exprimées dans Le Devoir ces derniers jours dressaient un portrait d’une Fédération des femmes du Québec (FFQ) qui n’est pas la nôtre. Un féminisme individuel? C’est à mille lieues de l’organisation à laquelle nous participons. Au contraire, depuis près de 50 ans, la FFQ a su allier lutte pour une transformation sociale avec avancement des droits et libertés collectifs et individuels.

En 1992 à l’appel de la FFQ, nous avons participé au forum Pour un Québec féminin pluriel qui avait pour but d’examiner la dimension sociale et politique des inégalités vécues par les femmes. Au terme de ce rendez-vous réunissant 1000 femmes, la conclusion était évidente. La pauvreté avait un sexe. Le mouvement féministe s’est alors mobilisé autour de la marche « Du pain et des roses » de 1995. Plus de 800 femmes ont marché des milliers de kilomètres pour réclamer, entre autres, une loi sur l’équité salariale, une augmentation du salaire minimum, la perception automatique des pensions alimentaires, la concrétisation d’un programme d’infrastructures sociales offrant des emplois de qualité aux femmes.

Ce grand rendez-vous de l’histoire du mouvement féministe nous a fait réaliser l’importance de renforcer l’autonomie économique des femmes. Réaliser cette autonomie suppose des conditions qui permettent un véritable respect des droits individuels et collectifs fondamentaux, dont celui à l’autodétermination, afin de permettre aux femmes de faire des choix et d’avoir du pouvoir sur leur vie et la société. Cette autonomie repose sur l’indépendance des femmes par rapport aux hommes et la fin du travail mal rémunéré ou peu reconnu des femmes. Dans cette optique, la FFQ et ses membres ont pris part aux luttes pour l’obtention d’un programme universel de service de garde, d’un Régime québécois d’assurance-parentale, pour des allocations familiales décentes et pour l’accès des femmes à des secteurs d’emplois non-traditionnels.

Au fil du temps, nous avons également compris que les politiques néolibérales affaiblissaient les gains des femmes. Pour de nombreuses femmes, l’autonomie s’amenuisait alors que d’autres femmes faisaient des progrès sur les bancs d’école et sur le marché du travail. C’est le début d’un écart entre le discours dominant sur l’égalité entre les femmes et les hommes et celui porté par les groupes féministes. Selon plusieurs, l’égalité était atteinte. Nous avons répondu : « un peu oui, même amplement pour certaines, mais certainement pas pour toutes ». Le travail de la FFQ était loin d’être terminé.

Par ces actions collectives, les femmes se sont solidarisées et ont voulu contribuer à mondialiser les luttes féministes. C’est ainsi que nous avons demandé à la FFQ de lancer l’appel pour l’organisation d’une 1e  action internationale de la Marche mondiale des femmes (MMF) en 2000. Des milliers de groupes de femmes de par le monde ont répondu présents. Lors de la 3e action internationale de la MMF en 2010, pas moins de 10 000 personnes se sont rassemblées à Rimouski. Au cœur des thèmes abordés : le contrôle du corps des femmes, la militarisation, la privatisation des services publics, les conditions de vie et de travail des femmes. La FFQ a ainsi permis la naissance d’un mouvement féministe international. Treize ans plus tard, ce mouvement est présent sur cinq continents, dans plus de 50 pays et prépare sa 4e action internationale en 2015.

Cet intérêt pour les enjeux actuels a aussi mené la FFQ à organiser deux rassemblements, en 2003 et 2008 auxquels ont participé, chaque fois, plus de 500 jeunes femmes, visant à consolider la solidarité féministe chez les jeunes. Celles-ci ont adopté un manifeste qui conçoit la solidarité féministe comme « un effort pour comprendre tous les enjeux […] et nous tenir debout toutes ensemble contre les oppressions » qui marquent la vie de toutes les femmes.

La lutte contre la violence envers les femmes, l’élimination de la pauvreté, la lutte aux discriminations vécues par les femmes et contre la mondialisation patriarcale et capitaliste sont les axes de travail adoptés par les membres de la FFQ à son Congrès d’orientation en 2003. Pour donner vie à ceux-ci, la FFQ a depuis coordonné la Campagne des12 jours d’actions contre la violence envers les femmes, milité d’arrache-pied pour contrer les reculs en matière d’avortement, travaillé à contrer la discrimination à l’égard des aînées et œuvré pour la reconnaissance des droits des lesbiennes. Avec les changements démographiques du Québec, la FFQ a milité avec des féministes de toutes origines pour comprendre les sources d’exclusion des femmes immigrantes. Cela l’a conduite à s’intéresser aux enjeux touchant les politiques d’intégration et les formes d’oppression à l’œuvre dans la vie de ces femmes.

Les membres de la FFQ sont à l’affut des changements ici et ailleurs. Le réseautage avec les féministes dans le monde nous a permis d’identifier que partout où les inégalités augmentent, on attaque le droit à l’avortement et des liens entre la militarisation et la culture de la violence ou encore comment la chaîne de production de nos vêtements repose sur des conditions de travail horribles pour les femmes.

Pour faire face aux enjeux de notre époque, nous avons mandaté la FFQ d’appeler à la tenue des États généraux de l’action et de l’analyse féministes. La FFQ a tenu un premier évènement permettant la nomination d’un Comité d’orientation autonome et a soutenu l’organisation de ce processus de réflexion s’échelonnant sur deux ans qui culminera lors d’un Forum en novembre 2013 et qui sera l’occasion d’adopter les orientations qui influenceront le travail collectif du mouvement pour les années à venir. Depuis mai 2011, c’est donc plus de 1000 féministes qui se sont impliquées dans les États généraux. À six semaines du Forum, elles sont déjà 500 à s’être inscrites.

Au fil du temps, loin de représenter un féminisme individuel, la FFQ affiche son parti pris pour le droit à l’égalité de toutes les femmes. Et c’est tant mieux.

 

Signataires
Membres associatives

 

Angèle Laroche, présidente, L’R des centres de femmes du Québec

Blanche Paradis, coordonnatrice, Réseau des Tables régionales de groupes de femmes du Québec

Denise Boucher, vice-présidente, Confédération des syndicats nationaux, responsable des dossiers de Condition féminine

Marcelle Perron, vice-présidente, Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec

Jennifer Beeman, directrice par intérim, Conseil d’intervention pour l’accès des femmes au travail

Joanne Blais, coordonnatrice, Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie

Manon Monastesse, directrice, Fédération de ressources d’hébergement pour femmes violentées et en difficulté du Québec

Michèle St-Denis, Comité de condition féminine du Syndicat des professeur-e-s du Cégep du Vieux Montréal

Mona Greenbaum, directrice générale, Coalition des familles homoparentales

Nathalie Villeneuve, présidente, Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale

Régine Laurent, présidente, Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec

Sophie de Cordes, coordonnatrice, Fédération du Québec pour le planning des naissances

Sylvie Lévesque, directrice générale, Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec
Viviane Doré-Nadeau, directrice, ConcertAction femmes Estrie, membre associative
Marie-Thérèse Forest, coordonnatrice Table de concertation des groupes de femmes de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine
Wassyla Hadjabi, présidente, Action des femmes handicapées de Montréal

Maria Piazza, 2e vice-présidente et responsable de l’Action féministe, Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux

Renée Rodrigue, responsable nationale de la Condition féminine, Centrale des syndicats démocratiques

Denise Boileau, vice-présidente et responsable de la Condition féminine, Syndicat de la fonction publique québécoise

Manon Therrien, 2e vice-présidente, Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec

Louise Chabot, présidente, Centrale des syndicats du Québec

 

Membres individuelles

 

Michèle Asselin, présidente de la FFQ de 2003 à 2009 et toujours membre active
Michèle Boisclair
Gisèle Bourret
Nancy Burrows
Nicole Caron

Martine Éloy

Élisabeth Germain, Collectif régional Léa-Roback

Lise Gervais
Berthe Lacharité
Louise Lafortune
France Lavigne
Julie Leclerc
Chantal Locat
Imane Mawassi
Délice Mugabo

Charlotte Thibault

Hélène Sylvain

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