23 septembre 2013

MMF – 9e Rencontre internationale : Une avancée historique concernant les lesbiennes

 

La question de la prise en compte des réalités et des analyses des lesbiennes dans le projet politique de la Marche a suscité des réactions très partagées depuis la première rencontre internationale. C’est une histoire classique et hasardeuse mélangeant préjugés, solidarités et exclusions. Or la 9e rencontre a peut-être marqué le début d’un nouveau chapitre pour les lesbiennes dans la Marche mondiale des femmes. 

Nous n’avons pas ici l’espace pour faire le tour de l’histoire, mais voici ce qu’Irène Demczuk, du comité pour la reconnaissance des lesbiennes de la FFQ, en a écrit en décembre 1998. Sur l’inclusion d’une revendication reconnaissant que les lesbiennes avaient besoin des mêmes droits que les autres femmes :

« Nous avons présenté cette proposition lors de la rencontre de la Coalition nationale des femmes contre la pauvreté et la violence[1]tenue le 28 septembre. Elle fut bien accueillie et entérinée. Jamais en 20 ans de militantisme féministe n’ai-je entendu un discours de solidarité aussi fort envers les lesbiennes. Faisant fi des étiquettes et des préjugés, le mouvement des femmes du Québec était décidé à porter cette revendication au plan international.

La Marche mondiale des femmes en l’an 2000 sera certainement l’événement le plus imposant de l’histoire du féminisme moderne. Il y a trop à dire sur le processus qui a conduit à l’adoption d’une revendication concernant les lesbiennes dans une plate-forme féministe internationale pour le résumer en quelques phrases. Car il s’agit d’un précédent historique. En effet, après des décennies de conférences de l’ONU sur la situation des femmes où la question de l’égalité pour les lesbiennes fut discutée en coulisse, après l’échec douloureux de Beijing, nous avons réussi pour la première fois à inclure les lesbiennes dans un agenda féministe international. Cela n’a pas été facile et les résultats furent mitigés. »[2]

Mitigés, car les revendications ne recevant pas un appui suffisamment grand des déléguées ont fait l’objet d’un traitement particulier, à part des autres. Pour signifier son appui à ces revendications, les groupes participants ont été appelés à remplir un formulaire disant qu’ils adhéraient à la revendication. Ce processus ne s’appliquait qu’aux seules revendications touchant les lesbiennes.

Disons que beaucoup d’eau a coulé sous les ponts dans les années qui ont suivi. D’autres débats ont eu lieu, des espaces d’échanges et d’apprentissages ont été créés. Des fermetures et des ouvertures ont marqué ce processus. Toutefois, on n’a pas vu l’intégration véritable des enjeux dans l’analyse et les pratiques de la Marche. Pour les lesbiennes actives dans la Marche mondiale des femmes et pour celles qui l’ont quitté en raison des fermetures, la non-prise en compte soutenue constitue une blessure. Se faire rejeter par un bon nombre de ses amies de luttes n’est pas facile.  

Lors de la rencontre au Brésil, nous avons entrepris de changer la situation. Des lesbiennes se sont réunies pour raconter leurs histoires et expériences d’oppression : la lesbophobie, l’hétéronormativité et la contrainte à l’hétérosexualité. Certaines parmi nous avaient été battues, d’autres ont été reniées par leur famille, d’autres encore subissaient des insultes dans la rue. Toutes voulaient que les féministes hétérosexuelles de la Marche comprennent que le patriarcat et le capitalisme fonctionnent aussi avec l’hétérosexisme. Elles voulaient savoir que les féministes avec qui elles militent se soucient de leur sécurité, de leur capacité d’évoluer et vivre leur amours/sexualité en toute liberté. 

Ainsi, après de longs échanges qui ont duré jusqu’aux petites heures du matin, les femmes se sont accordées pour demander une place formelle dans la rencontre pour faire des demandes auprès de l’assemblée. Ces demandes ont été acceptées après beaucoup de témoignages et d’expression de la solidarité, même si quelques déléguées se sont absentées pendant la discussion.

Dans les prochaines années, les militantes de la Marche mondiale des femmes se sont engagées à :

       Retracer l’histoire de la lutte des lesbiennes au sein de la Marche

       Compiler les réalités des lesbiennes dans leur pays

       Créer de l’espace dans les agendas des réunions internationales pour échanger entre lesbiennes et entre autres déléguées et lesbiennes

       Inclure la lesbophobie lors des formations politiques de la MMF

       Intégrer les analyses et les enjeux des lesbiennes dans les actions et pratiques

       Créer un comité officiel

En tant que présidente de la FFQ et lesbienne, j’étais heureuse d’entendre enfin cette volonté et désir d’apprendre et de connaître, qui appelle à une solidarité réelle et sentie. « On avance, on avance, on recule pas »

Alexa Conradi


[1] L’ancien nom de la Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes

[2] http://archivesfemmes.cdeacf.ca/documents/revendications_lesbiennes.html

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