15 juin 2013

Mot de la présidente : retour sur le colloque et l’AGA 2013

 

À la veille des vacances estivales, permettez-moi de vous souhaiter un été rempli de moments de détente et de plaisir (avec ou sans soleil)! Pour sa part, l’équipe de la FFQ prépare un temps d’arrêt pour que chacune puisse se ressourcer avant les semaines intenses qui s’annoncent. En effet, avec le Forum des États généraux de l’action et de l’analyse féministes qui aura lieu du 14 au 17 novembre, il y a beaucoup de travail à abattre, même durant l’été.

Je souhaite profiter de cet espace pour faire un retour sur le colloque et l’assemblée générale des 25 et 26 mai derniers afin de situer les perspectives annuelles adoptées par les membres ainsi que les débats les entourant. Cette année, 120 femmes, dont 65 membres individuelles et 55 représentantes d’associations membres, ont assisté aux activités de la fin de semaine. La salle du Centre St-Pierre était pleine!

En matinée du colloque, nous avons eu des échanges animés sur l’approche intersectionnelle, qui est de plus en plus intégrée dans les pratiques du mouvement féministe. Étant donné sa complexité et les débats que l’approche suscite, le conseil d’administration a voulu créer un espace d’appropriation et d’échange pour les membres. Parfois appelée intersection des oppressions ou imbrication des rapports sociaux de sexe, de classe et de « race »; cette approche, pour la FFQ, s’articule dans la lutte pour le droit à l’égalité de toutes, en tenant compte des rapports entre le patriarcat et les autres systèmes d’oppression.

Citons un exemple pour rendre l’intersectionnalité plus concrète. Dans le domaine du travail salarié, toutes les femmes sont aux prises avec une division sexuelle du travail qui dévalorise leurs emplois et les éloignent de certains secteurs du marché du travail. Les femmes ne constituent pas un bloc homogène. Pour certaines, le plafond de verre est l’enjeu principal. Pour d’autres, des murs trop étroits les empêchent de circuler. Pour d’autres, c’est le plancher qui est très collant. Par exemple, des ghettos d’emplois féminins se développent dans le ménage, les soins aux personnes et l’éducation à la petite enfance. Les femmes qui occupent ces emplois sont très souvent issues de l’immigration ou racisées. Plus on monte dans l’échelle sociale, moins il y a de femmes, moins il y a de femmes immigrantes, racisées ou en situation de handicap. Avec une approche intersectionnelle, on s’aperçoit que nous sommes aux prises avec non seulement une pratique patriarcale (division sexuelle du travail), mais aussi le racisme (discrimination à l’embauche) et des inégalités engendrées par un processus migratoire sexiste (pensons au statut d’immigration des travailleuses domestiques).

En prenant en compte ces réalités, la FFQ travaille autant pour que les femmes puissent avoir accès aux emplois non-traditionnels, pour que les secteurs d’emploi majoritairement féminin soient reconnus à leur juste valeur, pour contrer le racisme, la discrimination à l’embauche et contre les statuts d’immigration sexistes et coloniaux et aussi, pour favoriser la syndicalisation des femmes dans les secteurs des services et des soins. Et tout cela dans un contexte néolibéral où le travail est de plus en plus précarisé. Une fois cela dit, une question subsiste: est-ce que la FFQ, avec ses moyens limités, peut travailler à la fois sur le plafond de verre, le plancher collant et les murs étroits?

Lors de ces échanges, certaines ont exprimé une crainte que cette approche engendre l’éparpillement des luttes du mouvement, qu’elle sonne la dilution d’une perspective antipatriarcale ou encore la fragmentation du mouvement féministe.Pour d’autres encore, la FFQ ne devrait s’occuper que des femmes blanches hétérosexuelles de la classe moyenne.

Or, la FFQ s’est engagée dans un processus qui vise plutôt à élargir les préoccupations afin d’inclure toutes les femmes dans leur diversité. Ainsi, il était rassurant de constater qu’au moment du vote sur les perspectives annuelles, la majorité des membres ont réaffirmé la pertinence de cette approche, puisqu’elle permet de mettre en lumière les obstacles à l’égalité de toutes. Pour cette majorité, la solidarité féministe se développera dans une lutte contre toutes les formes de domination et d’oppression au sein de laquelle les femmes historiquement davantage marginalisées auront elles aussi voix au chapitre. Pour cette majorité, il ne s’agit pas d’une fragmentation, mais d’un élargissement des assises du féminisme et de la solidarité.

Quoi qu’il en soit, l’échange et la réflexion doivent se poursuivre, car – que l’on soit pour ou contre l’approche intersectionnelle — la manière de l’ancrer au sein de la FFQ est toujours en développement. Travailler à la construction d’un projet féministe de société est un processus complexe. Il faut donc poursuivre notre réflexion pour articuler notre lutte contre le patriarcat en lien avec les autres systèmes d’oppressions que sont le capitalisme, le racisme, l’hétérosexisme, le colonialisme et l’impérialisme. À cet égard, les membres ont choisi de renouveler leur engagement au Protocole de solidarité entre Femmes autochtones du Québec (FAQ) et la FFQ. Dans ce protocole, nous nous sommes engagées à lutter avec les femmes autochtones, côte à côte, dans un rapport égalitaire de nation à nation.

Von peut dire que nos débats d’orientations mettent très bien la table pour les échanges qui auront lieu lors du Forum des États généraux en novembre 2013 et au congrès d’orientation de la FFQ en novembre 2014.

Pour connaître les perspectives annuelles et les débats entourant leur adoption, cliquez ici.

 

Commentaires

Le commentaires sont fermés.