15 juin 2013

Les effets de la libéralisation des marchés sur les conditions de travail et de vie des femmes. Le cas Wal-Mart.

 

« Wal-Mart est une bonne compagnie pour les consommateurs, mais du point de vue des employées, elle n’est pas humaine », affirmait Horia, l’une des travailleuses rencontrées.

Le 25 mai dernier, lors du colloque de la FFQ, avaient lieu la présentation des résultats et le lancement du rapport ; Les effets de la libéralisation des marchés sur les conditions de travail et de vie des femmes. Le cas Wal-Mart.i Cette recherche (menée dans le cadre d’un partenariat entre le Service aux collectivités de l’UQÀM et la FFQ) avait pour objectif de comprendre les effets de la libéralisation des marchés sur les conditions de travail et de vie de femmes travaillant dans le commerce de détail, en prenant comme exemple les magasins Wal-Mart.

D’emblée, trois questions se posent. Pourquoi avoir choisi le commerce de détail? Pourquoi les travailleuses seulement? Pourquoi Wal-Mart? Le secteur tertiaire (les services) est en forte croissance dans notre économie et le commerce de détail y regroupe la majorité des travailleuses et travailleurs. Les femmes occupent 66 % des emplois à temps partiel dans ce secteur et dans le créneau des « grands magasins », comme Wal-Mart, elles représentent 70 % de la main-d’œuvre. Wal-Mart est le plus grand employeur privé de la planète et ses méthodes de gestion de la main-d’œuvre et de la marchandise influencent toute l’industrie!

Cette enquête, menée auprès de onze travailleuses, a permis d’en apprendre davantage sur les effets dans ces milieux de travail de la libéralisation des marchés. La flexibilisation des conditions d’emploi entraine le démantèlement des « rigidités » ou des sécurités du marché du travail (horaire fixe, temps plein, avantages sociaux, etc.). Le but est de réduire les coûts et les contraintes liés à la gestion de la main-d’œuvre pour assurer la maximisation des profits. Chez Wal-Mart, les travailleuses rencontrées ont parlé des différentes manifestations de cette flexibilisation, par exemple, la limitation des coûts reliés à la main-d’œuvre (rémunération au tarif minimum, emplois à temps partiel) et la variation constante du nombre d’heures travaillées (horaires irréguliers et coupés, faisant fi entre autres de l’ancienneté, etc.).

Les exigences accrues de la part de l’employeur rendent les conditions de travail difficiles pour les employées et affectent leurs conditions de vie. En fait, leur vie privée est complètement asservie à leur travail parce qu’elles souhaitent le conserver et surtout, parce qu’elles en ont financièrement besoin! Toutes les travailleuses rencontrées ont fait référence aux femmes monoparentales comme étant celles qui en bavaient le plus avec ces conditions de travail. La variation constante du nombre d’heures travaillées signifie qu’il est impossible pour elles de prévoir, plus d’une semaine à l’avance, le cours de la vie personnelle et familiale et entraine des difficultés à trouver des lieux de garde pour les enfants en soirée ou en fin de semaine. Elles ont parlé aussi de l’épuisement physique et psychologique et de leur insécurité financière permanente, le besoin d’argent les forçant à être plus disponibles, donc à accepter les horaires offerts, etc.

Les travailleuses sont ainsi prises dans une dynamique de compétition entre elles pour avoir accès à des privilèges ou des faveurs qui allègent leurs conditions de travail et vie. Et cela facilite et renforce les abus de l’employeur, surtout en l’absence d’une organisation syndicale. L’espoir de voir des syndicats fonctionnels dans les succursales de Wal-Mart habite plusieurs femmes, et une part importante d’entre elles ont partagé leur vécu syndical fort inspirant.

Enfin, les conclusions du rapport aboutissent sur des pistes d’actions. Certaines concernent le mouvement des femmes. En voici quelques-unes en rafale : penser à des capsules d’information et de sensibilisation sur les effets de la libéralisation des marchés et sur la nécessité de la syndicalisation des femmes dans ces milieux précaires, en s’inspirant des luttes menées par ces travailleuses; continuer les pressions pour la hausse du salaire minimum et pour une loi sur l’articulation famille-travail, et plus encore. Toute une section invite à l’action et le Comité femmes et mondialisation poursuivra les réflexions à ce sujet.

Une telle enquête permet de lever le voile sur la précarité des conditions de travail et de vie que vivent de nombreuses femmes et constitue un appel pour que se renforce la solidarité féministe pour plus de justice!

Stéphanie Mayer, auteure du Rapport de recherche,
en collaboration avec Gisèle Bourret, coordonnatrice du comité femmes et mondialisation

                                                                                    

i Le rapport sera disponible sous peu sur le site de la FFQ, nous vous invitons à consulter la section Publication en vedette dans les prochaines semaines.

 

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