15 avril 2013

FFQ en bref – Avril 2013 – Qu’en est-il de la laïcité au Canada?

 

Le gouvernement fédéral a récemment mis sur pied le Bureau de la liberté de religion. Ce bureau, avec un budget de 5 millions $, a pour mandat de : « protéger les minorités religieuses menacées et défendre leurs droits; lutter contre la diffusion de la haine et de l’intolérance fondées sur la religion; faire la promotion des valeurs canadiennes que sont le pluralisme et la tolérance. » En ce faisant, le gouvernement rompt avec deux traditions importantes, soit la laïcité de l’État et la reconnaissance des droits indissociables de la personne.

Ce n’est pas sans ironie que l’on assiste à cette naissance, car elle vient peu de temps après que le gouvernement ait tué un autre groupe reconnu pour la qualité de son œuvre, soit Droit et démocratie. Le Centre international des droits de la personne et du développement démocratique, un organisme indépendant, sous la responsabilité du parlement canadien et financé par l’État avait la responsabilité de travailler avec les ONGs dans les démocraties émergentes ou fragiles à soutenir la démocratie et les droits, vus comme interreliés. Embêté par son approche progressiste, le gouvernement conservateur s’est organisé pour y semer la pagaille et l’a fermé au cours de 2012.

Moins d’un an plus tard, il met sur pieds un bureau pour protéger les minorités religieuses. Peu intéressé par les droits de toutes et de tous, le gouvernement serait-il plutôt intéressé à étendre l’influence de la religion sur ses politiques? Le seul autre bureau du genre à exister a été mis sur pieds suite aux pressions des évangélistes chrétiens des États-Unis. Ce bureau a essuyé des critiques car trop pressé à protéger uniquement les ChrétienNEs dans le monde et non les athéEs ou les croyantEs des autres religions.

C’est à se demander pourquoi les droits des minorités religieuses? Sont-elles les seules dont les droits sont brimés dans le monde? Pourquoi pas les personnes athées? Pourquoi pas les femmes ou les minorités religieuses? Pourquoi séparer les droits de cette façon? On dirait que le gouvernement crée une hiérarchie dans les droits. Pourquoi ne pas avoir mis sur pieds une organisation de défense des droits reconnus dans la Déclaration universelle des droits de la personne? Poser la question, c’est y répondre.

En plus d’avoir abandonné la philosophie selon laquelle les droits sont indissociables, le gouvernement continue à donner l’impression de remettre en question la séparation entre État et religion. Cela arrive au même moment où le financement étatique augmente pour des organisations de coopération internationale faisant du prosélytisme. Cela arrive en même temps alors que les scientifiques se disent muselés. Cela arrive aussi alors que les groupes de planning des naissances ont perdu leur financement pour offrir des services d’avortement. Les priorités gouvernementales sont claires. Plus de religion, plus de conservatisme, moins de recherche, moins de données, moins de droits sociaux et économiques.

Malheureusement, le gouvernement fédéral n’a pas trop à s’inquiéter car les partis de l’opposition ne s’opposent pas à la mise sur pied de ce bureau. Le NPD aurait aimé que le bureau soit chargé de faire respecter l’ensemble des droits (http://www.npd.ca/nouvelles/declaration-du-porte-parole-du-npd-en-matiere-daffaires-etrangeres-paul-dewar-au-sujet-du) mais ne dit mot sur l’influence grandissante des évangélistes chrétiens dans les politiques de l’État. Chez les Libéraux, on veut être rassuré quant au respect des droits des femmes et des minorités sexuelles et sur le fait que les droits sont indissociables, mais pas un mot sur la brèche qui s’ouvre de plus en plus dans la laïcité de l’État. http://www.liberal.ca/fr/salle-des-nouvelles/le-bureau-conservateur-de-la-libert-de-religion-doit-tre-quun-symbole/

Or, l’Ambassadeur du nouveau Bureau, Andrew Bennett proposait, dans un récent article (mettre lien vers http://globalbrief.ca/blog/2011/02/18/what-role-for-faith-in-21st-century-politics/), un rapprochement entre la religion et l’État. Il croit que les décisions de l’État doivent être informées par la religion. Voici une énième raison de s’inquiéter des politiques du gouvernement canadien.

Pour sortir enfin de la réactivité et pour développer une cohésion dans les mouvements sociaux pancanadiens, la FFQ proposera aux membres d’investir dans la tenue d’un Forum social des peuples (autochtones, canadien et québécois) en fin d’été 2014 afin d’adopter des stratégies pour contrer le conservatisme social, politique et religieux au Canada. L’affaiblissement des droits, de la démocratie et des conditions de vie et de l’environnement ne doit pas être toléré. C’est l’heure pour les féministes d’organiser la résistance.

Alexa Conradi

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