15 avril 2013

FFQ en bref – Avril 2013 – Autour d’un Forum mondial

 

Texte d’Élisabeth Germain

Le 20 mars a eu lieu à Paris un Forum mondial des femmes francophones. La Fédération avait été invitée à y prendre la parole et j’ai été désignée pour remplacer la présidente qui ne pouvait pas s’y rendre. Ce fut un beau voyage, bien différent de ce que j’avais imaginé!

D’abord, la FFQ n’a pas eu son temps de parole. Le programme a bougé jusqu’à la dernière minute et finalement, les prises de parole québécoises ont été celles des jeunes femmes réunies par l’Office franco-québécoise pour la jeunesse et celle de Viviane Michel de Femmes autochtones du Québec. Excellent, par la compétence, le dynamisme et le cœur. Par contre, peu de visibilité pour la FFQ.

Le Forum? Il s’agissait d’une rencontre internationale de plusieurs centaines de femmes, en provenance des divers pays de la francophonie, pour mettre sur la table les enjeux des violences faites aux femmes, de l’éducation des filles et de la place des femmes dans le développement et la gouvernance. Discours officiels, états de situation et perspectives d’action se sont succédé dans trois panels, entrecoupés de vidéos, d’entrevues et d’interventions de la salle. Outre l’intérêt que représente la rencontre d’horizons si divers, les moments forts ont été pour moi les témoignages de femmes qui ont vécu intensément des parcours créateurs, dans des situations parfois extrêmement difficiles. On peut voir comment les actions transformatrices sont celles qui savent susciter une solidarité entre femmes pour s’élargir et durer.

Le reste de mon voyage a été une succession de rencontres non prévues avant le départ, mais qui se sont enchaînées d’un contact à l’autre, m’apportant à chaque fois des vues nouvelles sur des féminismes différents. D’abord, une journée de visites d’organismes parisiens autour du thème des violences, avec les jeunes femmes réunies par l’OFQJ – vous savez, de nos jeunes féministes parmi les plus actives et les plus allumées! Ensuite, une rencontre avec Clara Carbunar, responsable de la Marche mondiale des femmes à Paris, m’a permis d’apprendre l’existence de la Maison des femmes de Paris, que je me suis empressée d’aller visiter. Voilà un des rares lieux de non-mixité là-bas. Cela ressemble à nos centres de femmes, accueillant toutes les femmes qui se présentent, mais déployant une plus grande diversité d’activités : écoute, activités, actions collectives, cours, une bibliothèque extraordinairement pleine de livres de femmes ou sur les femmes, revue de presse, projets, douche et laveuse-sécheuse pour les itinérantes… et plus encore : foyer de création artistique féministe, centre des archives lesbiennes.C’est là que j’ai reçu en cadeau Mouvements de presse, un livre sur les revues féministes et lesbiennes francophones depuis les années 70, des mains d’une des deux auteures, Michèle Larrouy. Qu’on en a fait, des choses, nous les femmes!

J’ai eu la chance ensuite de participer à quelques activités spéciales, organisées dans le prolongement du 8-mars : tant la mairie et les arrondissements de Paris que de gros syndicats et des groupes diversifiés déploient des activités tout le mois de mars. J’ai notamment pu assister à une pièce de théâtre, les « Contes à rebours », où Typhaine Duch, auteure-comédienne,réécrit les vieux contes de l’enfance, faits pour nous indiquer notre place. Cette fois, Blanche-Neige, Cendrillon, le Chaperon rouge, la Petite sirène, la Belle au Bois-Dormant racontent elles-mêmes ce qui leur est arrivé, disant les vraies histoires de violences subies et… oh là là! Ce ne sont plus de belles jeunes filles transformées par le baiser du prince, mais des survivantes d’abus et de violences qui déjouent les injonctions patriarcales et ouvrent les champs de leur liberté.

Toutes ces activités ont été ponctuées de questions, discussions, échanges, confidences. J’en suis revenue avec de nouveaux angles pour aborder la non-mixité, les rapports sociaux entre les hommes et les femmes. Lire des analyses et des reportages est une chose. Plonger dans le quotidien des groupes et des personnes en est une autre : car cela nous permet, au-delà des discours, de sentir comment les choses se vivent, où sont les résistances, quelle est l’énergie créatrice qui anime les gens.

La non-mixité a sans doute été le champ le plus fertile en questions et en observations. La plupart du temps, elle est dénoncée, par les hommes et par les femmes elles-mêmes, comme exclusion, confinant les femmes dans des espaces dévalorisés, alors que la mixité est vue comme une condition d’équilibre de la société. Les féministes que j’ai rencontrées, au contraire, ont fait l’expérience de la non-mixité comme d’une condition positive à l’émergence libre de l’expression des femmes et de leur créativité, sinon même comme d’une étape nécessaire à la guérison des violences subies. Elles sont cependant sans cesse obligées de la justifier.

Certainement, ce séjour m’a fait approfondir et apprécier les pratiques que nous développons et a stimulé ma réflexion. Je compte bien mettre cela à profit pour la FFQ!

Élisabeth Germain

Pour celles qui veulent en savoir plus :

Sur le Forum des femmes francophones : http://femmesfrancophonie.com/

Sur les Contes à rebours de TyphaineDuch : http://typhaine-duch.com/(aller écouter l’entrevue sur Radio Libertaire, où on entend aussi Michèle Larrouy)

Sur Mouvements de presse : http://www2.univ-paris8.fr/RING/spip.php?article1191

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