15 mars 2013

FFQ en bref – Mars 2013 – Sommet sur l’éducation : la fin d’une « crise »?

 

Les mobilisations du printemps dernier avaient pour but de questionner la logique néolibérale du gouvernement. On jugeait que les politiques de privatisation, de marchandisation et de tarification de l’éducation mettaient à mal la solidarité sociale, l’accès universel aux études et la finalité même de l’enseignement. L’augmentation du recours à la pratique de l’utilisateur-payeur pour les services publics, l’idée que les risques de la vie doivent être portés seuls par les individus et non par la société et le refus de chercher de nouveaux revenus dans les entreprises étaient décriés.

Le mouvement féministe et la FFQ ont pris part à ces mobilisations car l’accès universel aux études postsecondaires demeure l’une des clés d’une bonne politique d’accès à l’égalité pour les femmes. Une femme a besoin d’un diplôme de plus que les hommes pour faire un salaire équivalent. Les femmes n’ayant pas de diplôme postsecondaire travaillent pour de très bas salaires, tout au long de leur vie. Les études donnent confiance en soi et préparent également les femmes à prendre leur place dans toutes les sphères de la société. De plus, les femmes qui obtiennent des diplômes de 2e et 3e cycles ont les outils pour déconstruire les biais sexistes de la recherche scientifique. Par exemple, c’est grâce aux féministes chercheures que nous savons qu’il n’y a quasiment aucune différence entre les cerveaux masculin et féminin.

L’éducation est donc au cœur du droit des femmes à l’égalité.

Le Sommet de l’Éducation

À la sortie du Sommet sur l’éducation, la Première Ministre a déclaré “La crise sociale est derrière nous”. Le débat sur la finalité de l’Éducation n’a pas véritablement eu lieu. Et le débat sur les frais de scolarité s’est traduit par la fin du gel et par une indexation annuelle d’environ 3% chaque année. Il ne s’agit ici pas d’un consensus mais d’un résultat annoncé par le gouvernement. Cette hausse affectera-t-elle l’accès aux études pour les femmes?

Oui. Pour les étudiantes à temps partiel qui forment 80% de la cohorte, cette hausse pourrait constituer une raison pour quitter les études. Ce sont des personnes ayant très souvent des enfants et qui vivent avec peu de moyens. L’endettement supplémentaire pourrait être de trop pour poursuivre les études.

Pour les jeunes femmes, premières de la famille à aller à l’université, nombreuses dans les milieux populaires et chez les peuples autochtones, la hausse pourrait constituer un frein additionnel. Pour les femmes immigrantes qui doivent soit se requalifier ou se réorienter suite à la non-reconnaissance de leur diplôme, les frais toujours croissants pourraient nettement défavoriser les femmes ayant un revenu modeste.

Au-delà de l’indexation annuelle, je m’interroge sur le sens de cette déclaration, celle qui identifie les mobilisations comme une crise. Comme vous le savez, je suis actuellement en tournée à travers le Québec pour les États généraux de l’action et de l’analyse féministes. Ce que j’entends des femmes rencontrées, c’est surtout leur soif pour une démocratie renouvelée où les priorités politiques associées au bien commun priment sur le dogme économique néolibéral. Pour elles, le printemps ne représente pas une crise mais une vaste manifestation d’un désir collectif de prendre part aux décisions de l’État. La crise, s’il en avait une, c’est les arrestations massives, la brutalité policière et l’adoption du projet de loi 78. Mais ce n’est pas en soi le printemps et les mobilisations.

Le bon timing pour les États généraux

Le mouvement féministe est appelé à se pencher sur la manière dont il veut continuer à poursuivre la lutte pour la justice sociale pour les femmes et le bien commun. Comment reprendre du pouvoir à l’ère des oligarques économiques qui visent à ce que les états abandonnent leurs politiques économiques et sociales ayant pour but d’assurer le droit à l’égalité pour les femmes?

Alexa Conradi

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