18 février 2013

FFQ en bref – Févreir 2013 – Mot de la présidente : La crise du logement, une affaire de femme

 

Cet automne, je me suis beaucoup promenée à travers le Québec. En partie pour la tournée de la FFQ dans le cadre des États généraux (quel exercice passionnant!) et en partie pour la Commission populaire itinérante sur le droit au logement, organisée par le FRAPRU.

Jeune mère monoparentale, j’avais vécu plusieurs moments de précarité avec parfois des logements en piteux état, par exemple. Même si j’essaie de ne pas trop me rappeler cette période de ma vie, je reste avec un vif sentiment d’indignation devant ce que provoque la pauvreté. Malgré cette conscience, cette tournée, qui m’a amenée en Outaouais, à Kuujjuaq et en Montérégie, m’a bouleversée.

Les histoires sont fracassantes et montrent à quel point le marché privé est un échec.

Une jeune femme inuit, enceinte, 32 ans, crie son sentiment d’injustice. Elle est sur une liste pour obtenir un logement avec son conjoint depuis qu’elle a 18 ans. Elle veut pouvoir être autonome.

Une femme inuit à la veille de prendre sa retraite va perdre son logement fourni par son employeur. Faute de logements dans le Nord, cette dame va se retrouver sans-abri dans quelques mois ou au mieux dormir sur les divans d’amiEs.

Une jeune femme monoparentale de Longueuil se fait blâmer par le Département pour la protection de la jeunesse. Elle ne peut fournir un logement adéquat à son bébé, hospitalisé régulièrement pour des problèmes de santé causés par son appartement insalubre. Le problème est qu’elle ne trouve rien de plus abordable. D’autant plus, qu’elle doit s’occuper de son père malade en même temps.

Une femme avec une maladie dégénérative raconte ses difficultés à trouver un logement adapté à ses besoins et adaptable pour ses besoins futurs. Elle a indiqué à quel point cette situation la rendait dépendante des autres, alors qu’elle retrouverait son autonomie si elle vivait dans un endroit convenable. Les codes du bâtiment n’encouragent pas du tout la construction de logement à accessibilité universelle. C’est donc la société qui handicape des personnes avec des limitations fonctionnelles.

Des intervenantes d’un centre de femmes en Outaouais témoignent que des femmes en situation de pauvreté se trouvent trop souvent poussées par leur propriétaire de fournir des services sexuels en échange d’un délai pour le paiement du loyer.

J’ai également parlé de la discrimination raciale. Des logements sont disponibles jusqu’au moment où des propriétaires se rendent compte que les locataires potentiels sont racisés. Un témoin raconte qu’il demandait à ses amis de passer des appels pour lui afin d’éviter que l’on entende son accent.

D’autres intervenantes dans les régions où il y a une grande pénurie du logement, par exemple, la Côte Nord et l’Abitibi, s’inquiètent des options que peuvent avoir des femmes victimes de violence conjugale. Quitter son logement peut vouloir dire quitter la région. La plupart des femmes ayant des enfants en âge scolaire vont y penser deux fois avant de quitter le conjoint violent.

Le marché locatif privé fait défaut. Or, le gouvernement fédéral a cessé de financer la construction de logements sociaux. Le Québec investit pour 3000 logements par année. C’est clairement insuffisant.

Étant donné que les femmes continuent à assumer la majorité des tâches gratuites en société, ce sont elles qui n’accumulent pas de patrimoine. À la retraite, elles ont la moitié du patrimoine des hommes et 65% de leurs revenus. La pénurie de logements accessibles et abordables est un facteur d’appauvrissement pour les femmes. C’est une des sources d’inégalités persistantes entre les femmes et les hommes. La crise du logement est la plupart du temps une affaire de femmes.

Le rapport de la Commission sera lancé le 20 mars prochain.

Alexa Conradi

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