31 janvier 2013

La Devoir et et l’avortement sexo-sélectif : notre réponse

 

Un article intitulé « Interdit levé, mais tabous créés », paru dans Le Devoir le 26 janvier 2013 aborde la question de l’avortement sexo-sélectif et affirme que « même la Fédération des femmes du Québec ne condamne pas la pratique ».  Or, cette seule phrase peut induire en erreur. Afin d’apporter les nuances réclamées dans l’article, j’aimerais alors présenter la réflexion de la FFQ plus en détail.

Une pratique patriarcale

Nous affirmons que la préférence sociale pour les garçons et l’avortement sexo-sélectif sont inacceptables car ils témoignent d’une inégalité profonde entre les femmes et les hommes. L’État doit-il pour autant intervenir dans le choix de femmes de disposer de leur corps et de décider de poursuivre ou non une grossesse? À cela, la FFQ répond non, car une telle interdiction risque d’être inefficace et contre-productive alors que des solutions non-sexistes existent.

Faire confiance aux femmes, non à de nouveaux contrôles

Pour la Fédération des femmes du Québec, les femmes doivent être au cœur de leur propre choix. Nous favorisons l’autodétermination des femmes et la lutte contre des systèmes d’oppression. Lorsqu’il y a tension entre les deux, il ne faut surtout pas introduire de nouvelles formes de contrôle social où les femmes perdent du pouvoir sur leur vie et sur leur corps. Il est important de faire confiance au jugement des femmes de savoir comment composer avec les préjugés et discriminations auxquelles elles sont confrontées. Combattre le sexisme avec le sexisme ne nous avance pas.

Retenir de l’information sur le sexe du fœtus pourrait-il s’avérer une solution? Non. Il a fallu des années de luttes pour que les femmes aient le droit de maîtriser leur propre vie. Nous sommes mal à l’aise avec l’idée que le personnel médical puisse être en possession d’informations auxquelles les femmes n’ont pas accès. Posséder l’information sur soi est indissociable à l’exercice de son droit à la liberté.

L’éducation aux droits et l’égalité de fait

Dans les pays où l’avortement sexo-sélectif est répandu, l’interdiction et le contrôle des femmes sont inefficaces. L’Inde, où la pratique est interdite, a connu une augmentation de la pratique. Ce qui par contre semble fonctionner, par exemple en Corée du Sud, c’est un effort substantiel aux plans social et économique pour offrir une plus grande égalité aux femmes. On parle de campagne de valorisation des filles, l’accès à l’éducation et au marché du travail.

Les risques de profilage racial

Aux États-Unis, où des Républicains ont présenté des lois visant à interdire la pratique, des groupes féministes actifs au sein des communautés asiatiques, craignent que les autorités médicales soient appelées à questionner certaines femmes et non d’autres, sur le motif de leur avortement. On pourrait alors refuser un avortement à une femme d’origine asiatique sur la base de présomptions raciales ou culturelles. Elles se verraient privées d’un droit reconnu pour les autres femmes.

Inventons-nous un problème au Canada?

Il n’existe pas d’études, autres qu’anecdotiques, pour déterminer avec assurance que la pratique existe au Canada. Ce qui n’a pas empêché les anti-choix de se lancer en campagne.  Toutes les stratégies semblent bonnes pour réduire l’accès et le choix des femmes en la matière. D’ailleurs, les plus importantes voix pour un encadrement de l’avortement sexo-sélectif sont contre le droit à  l’avortement et pour l’introduction de plus de restrictions. C’est le cas de Margaret Sommerville, de REAL women et de Rona Ambrose, ministre de la Condition féminine.

C’est à se demander plutôt s’il s’agit d’abord et avant tout d’un phénomène médiatique.

Une manœuvre idéologique

Avec sa motion, Monsieur Warawa dit vouloir « protéger les filles » contre la discrimination en demandant au parlement de condamner les avortements sexo-sélectifs. Cette motion est un écran de fumée au service de l’obsession conservatrice et religieuse de contrôler le corps des femmes. Les filles et les femmes n’ont pas besoin de protection, elles ont besoin d’une  société égalitaire qui leur fournit les moyens de s’épanouir. C’est là où les conservateurs laissent tomber les femmes avec des politiques faisant reculer le financement des groupes féministes, l’accès à l’avortement à l’étranger, le droit à l’équité salariale, la sécurité des réfugiées victimes de violence conjugale et encore.

En conclusion, nous constatons que les conservateurs cherchent à provoquer des débats basés sur des éléments non probants pour prendre le contrôle du corps des femmes. L’avortement sexo-sélectif en est un. Nous sommes contre l’avortement sexo-sélectif. Cependant, le moyen d’éviter que cela devienne un problème est de changer la société sexiste et d’assurer une vie égalitaire pour toutes et tous, mais pas de légiférer. Il demeure cependant encore et toujours que c’est aux femmes de décider.

Alexa Conradi

Commentaires

2 commentaires sur “La Devoir et et l’avortement sexo-sélectif : notre réponse”

  • Guillaume dit :

    On dit pro-vie et non anti-choix…

  • Marie-Michel dit :

    Le vocabulaire choisi n’est pas neutre.
    Il illustre la position prise par l’auteur.
    Le terme “pro-vie” est critiquable. Son contraire serait-il “anti-vie”? Est-ce dire que la FFQ (et bon nombre de féministes, incluant moi-même), qui prône le droit des Femmes de prendre les décisions liées à leur corps, serait “anti-vie”?
    Anti-choix me semble un terme beaucoup plus approprié pour lancer le message véhiculé ici.