12 décembre 2012

FFQ en bref Décembre 2012 – Être femme pour moi c’est collectif

 

‘Le féminisme, je m’y suis intéressée  à la fin de la vingtaine. Avant cela, je travaillais en communication, j’avais d’autres préoccupations.’ Marie-Thérèse Forest, féministe depuis plus de 30 ans.

‘ Le féminisme m’a interpelée à Rimouski. J’étais militante au Collectif pour la santé des femmes. Le Collectif était membre de la FQPN (Fédération du Québec pour le planning des naissances). C’est la FQPN qui a fait  mon éducation féministe’ nous dit  Marie-Thérèse, aujourd’hui coordonnatrice de la Table de concertation des groupes de femmes de la Gaspésie et des Iles-de-la-Madeleine. La FQPN lui a permis de prendre conscience des enjeux liés à la santé des femmes, aux nouvelles techniques de reproduction…. ‘Il restait encore beaucoup à explorer dans le domaine de la santé des femmes dans les années 80 ‘ raconte Marie-Thérèse.

Cependant, c’est un tout autre évènement qui va amener Marie-Thérèse à s’investir durant toute sa vie dans le mouvement. La tuerie de Polytechnique. ‘C’est à ce moment que je me suis lancée dans le mouvement féministe. J’étais choquée, surtout de voir comment les médias avaient traité ça’ se souvient-elle avec tristesse. ‘Dans les médias francophones, on n’admettait pas qu’il s’agissait d’une attaque envers les femmes et les féministes. On avait peur de reconnaître l’anti-féminisme dans la démarche. Et surtout de reconnaître qu’il existait une violence systémique faite aux femmes. Les médias anglophones eux, regardaient ça comme de la violence envers les femmes.’ Même si cet évènement a marqué les esprits et même effrayé beaucoup de femmes, Marie-Thérèse, elle, y a vu le point de départ de son engagement.

 

À la FFQ Marie-Thérèse arrive en 1995, avec la Marche du pain et des roses. Puis elle s’implique à la Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes.’ À l’époque, le mouvement féministe était très lié à la FFQ, notamment avec Françoise David. À la FFQ, je souhaitais apporter ma vision régionale, Françoise avait une vision plus nationale. raconte-elle. Depuis  presque 15 ans, Marie-Thérèse coordonne la Table de concertation des groupes de femmes de la Gaspésie et des Iles-de-la-Madeleine. Autant dire que les enjeux en régions, elle les connaît bien. ‘Les décisions de la FFQ touchent autant les femmes en régions que celles de Québec ou Montréal, même si nos réalités sont différentes » précise Marie-Thérèse.

Être une femme aujourd’hui ça veut dire quoi ? ‘Je dirais comme être une femme hier, s’amuse Marie-Thérèse, mais plus sérieusement je ne suis pas capable de me voir comme une individue, être femme pour moi c’est collectif.’  C’est aussi  être consciente des enjeux de chacune avec des réalités différentes. ‘Je ne peux m’empêcher de penser aux femmes dans le monde entier. Et c’est tellement douloureux de voir tout ce qui leur arrive déplore Marie-Thérèse. Ici au Québec, on avance mais petit pas par petit pas, précise-t-elle. Être une femme aujourd’hui c’est aussi encore et toujours se battre pour ne pas perdre nos acquis. Depuis 30 ans, on avance, mais les acquis sont toujours aussi fragiles.’

‘Je pense cependant que les États généraux de l’action et de l’analyse féministes vont répondre à ce danger explique Marie-Thérèse avec enthousiasme. J’ai l’impression que le mouvement féministe a repris un souffle.  Je sens le mouvement plus fort. C’est toujours bon d’avoir des lieux où les femmes peuvent réfléchir ensemble à comment se renforcer ou définir des enjeux. Les ÉG sont très stimulants. Et d’ailleurs, les Gaspésiennes et les Madeliniennes seront là pour le forum 2013 ! annonce-t-elle avec joie.

Quel est ton combat le plus farouche ? ‘Encore aujourd’hui je veux me battre contre les discriminations qui sont érigées en système : la violence faite aux femmes, la difficulté des femmes à choisir une carrière non-traditionnelle et les femmes au pouvoir, s’exclame Marie-Thérèse. Je veux travailler à démolir ces discriminations !’

L’entretien touche à sa fin et Marie-Thérèse termine ainsi : ‘Ah oui, la féminisation du langage, je pense aussi que c’est important. Si l’on s’adresse à moi, je ne me reconnais pas si on m’appelle citoyen ! J’ai tellement travaillé ici pour que ça change, aujourd’hui quand je croise le préfet de la MRC, il me dit ‘Salute !’.’

 

Propos recueillis par Nastasia Deleville

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