15 novembre 2012

FFQ en bref Novembre 2012 – Le mot de la présidente

 

Je suis heureuse de voir la naissance du bulletin électronique mensuel de la Fédération des femmes du Québec. Ce sera l’occasion pour les membres de connaître davantage les travaux des comités, de l’équipe de la FFQ et des membres.

Pour ma part, ce sera la première fois que j’écris une chronique. Elle risque d’évoluer au fils du temps. Je la vois comme une occasion de partager avec vous mes réflexions nourries par la participation à une très grande variété d’actions et d’événements dans le mouvement féministe. J’espère donc que cette chronique sera un moyen pour moi d’être en lien avec vous et pour démocratiser l’accès à l’information. D’ailleurs, j’aimerais bien que ce soit l’occasion de créer un échange. J’ai un compte sur Facebook et sur Twitter (@alexaconradi) pour celles qui souhaitent être en contact plus régulièrement ou qui veulent commenter ce qu’elles lisent dans le bulletin.

Ancrer la solidarité avec les femmes autochtones

Vous le savez peut-être, mais la Fédération des femmes du Québec vient de renouveler son adhésion à la déclaration solennelle de solidarité avec Femmes autochtones du Québec lors de leur Assemblée générale annuelle.

Cette déclaration propose que la Fédération des femmes du Québec reconnaisse les effets  du colonialisme sur les femmes et sur les peuples autochtones encore aujourd’hui. Elle propose une vision où les femmes québécoises marchent aux côtés des femmes autochtones pour contrer les préjugés et le racisme qui continuent à priver les femmes autochtones de leur droit à l’autodétermination et à leur liberté.

Cette volonté de rompre avec l’injustice qui se poursuit encore aujourd’hui me réjouit. Dans les dernières semaines, j’ai eu l’occasion de saisir l’ampleur du travail qui reste à faire pour bâtir une réelle relation de nation à nation.

En tournée avec la Commission populaire itinérante sur le droit au logement organisée par le FRAPRU, j’ai entendu comment la pénurie très grave de logements au Nunavik contribue à empêcher les Inuits[1] et plus particulièrement les femmes de s’épanouir,  voire même de fonctionner. On constate que 40% de la population n’a pas accès à un logement. Cela entraine un surpeuplement insupportable dans le parc immobilier actuel. Il n’est pas rare d’être six ou sept dans un logement à deux chambres ou une douzaine de personnes dans un logement à quatre chambres.

Les droits des femmes sont particulièrement bafoués. L’absence d’intimité augmente le taux d’agressions sexuelles dans l’espace familial. Des personnes qui veulent fuir la violence familiale se retrouvent obligées de faire du « couch surfing », faute d’alternatives. Des femmes inuit décident de tomber enceinte dans l’espoir de grimper dans la liste d’attente pour un logement. Cette situation se répète dans plusieurs communautés où il manque d’espace  pour construire des logements ou simplement que les divers paliers de gouvernements manquent à leurs obligations envers les peuples autochtones au plan du financement.

C’est incroyable comment l’on trouve de l’argent public pour ouvrir les territoires du nord à l’extraction minière, mais que l’on en trouve si peu lorsqu’il s’agit de loger les personnes qui y vivent.

D’ailleurs le Plan Nord n’existe peut-être plus comme slogan, mais il existe bel et bien dans les plans du nouveau gouvernement du Québec. Ce développement se fait sans réelles réflexions sur son impact sur les femmes, un avis partagé par le Conseil du statut de la femme « Les femmes et le Plan Nord : pour un développement nordique égalitaire » qui fait état du fait que « Bien que sept femmes (sur 25 membres) siègent à la Table des partenaires, aucun mandat n’a été formulé pour accroître les retombées du Plan Nord pour la population féminine. » (p. 22).

 

On y pense encore moins lorsqu’il s’agit des impacts pour les femmes autochtones au plan de la sécurité, des effets sur le tissu social des communautés et de l’emploi. Force est de constater que l’augmentation du nombre d’hommes non-autochtones dans le nord pourrait faire augmenter le taux de violence envers les femmes autochtones. Malheureusement, l’histoire démontre que lorsque les hommes sont loin de leur famille et de leur tissu social, ils sont plus susceptibles de commettre des crimes violents et racistes à l’endroit des femmes.

 

Enfin, 67% des femmes assassinées ou portées disparues au Canada sont autochtones. Plus de 600 cas de disparitions ou de meurtres ont été recensés, dont 22 au Québec. Des associations de femmes autochtones réclament un enquête publique à l’échelle du Canada afin de comprendre les causes de ce féminicide et de tenir les corps policiers responsables. J’espère que les gouvernements du Québec et du Canada accèderont à cette demande dans les plus brefs délais.

 

Toutes ces situations appellent à la solidarité de la part des femmes et des groupes de femmes du Québec. Plusieurs démarches  sont en cours afin d’ancrer des pratiques solidaires dans nos mœurs. Dans le cadre des États généraux, nous nous efforçons avec Femmes autochtones du Québec d’assurer la collaboration d’au moins une femme autochtone sur chacune des tables de travail. Une table traitera plus spécifiquement de la transmission de l’histoire, des pratiques et des cultures autochtones dans le mouvement des femmes afin de mettre fin à l’ignorance et aux préjugés envers les Autochtones et tisser ou consolider les solidarités en vue de la fin de l’oppression et de l’exclusion.

La FFQ appelle ses membres et le mouvement des femmes à appuyer les femmes autochtones dans leurs demandes pour une enquête publique et de visibiliser ses enjeux dans le cadre des 12 jours d’actions pour l’élimination de la violence envers les femmes.

Dans le cadre des élections québécoises, nous avons inclus plusieurs sujets portés par les femmes dans la plateforme électorale de la FFQ, créée en collaboration avec d’autres groupes nationaux. Bref, nous tentons de plus en plus d’adopter une politique de solidarité proactive où la FFQ prend ses responsabilités pour reconstruire des relations égalitaires.



[1] On dit unE Inuk et des Inuit.

Commentaires

Nous ne publions jamais les adresses courriel.

Veuillez saisir le code de sécurité ci-dessous :