30 août 2012

Droit des femmes : un doute persistant sur la Coalition avenir Québec (lettre ouverte signée Alexa Conradi)

 

Le 23 août dernier, le public était convié à un débat entre candidates des cinq principaux partis sur les enjeux féministes actuels, organisé par la Fédération des femmes du Québec. Après examen des engagements, des gestes et du discours des partis, voici un résumé de nos constats.

Option nationale. ON compte sur peu de candidates (23,1%) et n’a pas de mesures spécifiques pour améliorer les conditions de vie des femmes. Toutefois, la défense de l’universalité du système de santé et l’importance accordée à la gratuité scolaire sont des mesures pertinentes pour soutenir le droit des femmes à l’égalité. Son approche en matière de condition féminine est à développer.

Parti Québécois. Cette année, le PQ présente 27,2 % de candidates, ce qui représente une baisse par rapport à 2008 (31,2%) et ne propose à cet égard rien pour l’avenir. Le PQ compte plusieurs mesures qui faciliteront la vie des femmes : abolition de la taxe santé et de la hausse des frais de scolarité, engagement de créer un nombre suffisant de places en CPE, encadrement des agences de placement temporaire ou encore le soutien des services d’économie sociale en soins aux personnes en perte d’autonomie. Toutefois, le PQ ne dit rien sur la retraite, la précarité du travail des femmes ou la violence envers les femmes.

Québec solidaire. QS compte 50% de candidates. C’est le seul parti à s’identifier comme féministe et à faire écho aux préoccupations exprimées par les groupes de femmes. Que ce soit sur l’équité salariale, la lutte contre la précarité du travail, la pauvreté des femmes à la retraite ou une vision du développement qui tient compte des femmes, QS a le discours le plus articulé autour des besoins des femmes. Il aborde clairement les enjeux identifiés par les groupes de femmes autochtones et les obstacles à l’intégration des femmes immigrantes. Il aurait pu parler davantage de la violence envers les femmes.

Parti libéral du Québec. Depuis qu’il est au pouvoir le PLQ a fait de la représentation des femmes une priorité. Il compte sur 38,4 % de candidates, une hausse par rapport à 2008 (32,8%). La faiblesse de ce parti réside dans son approche individualiste qui ne permet pas d’éliminer les discriminations persistantes. Madame St-Pierre, la ministre à la Condition féminine, a affirmé lors du débat qu’il n’y a pas d’impact particulier dans la hausse des frais de scolarité chez les femmes. C’est trop souvent le même refrain sur les enjeux de la santé, du travail et de la retraite. À beaucoup d’égards, les inégalités sociales tendent à augmenter avec le PLQ.

Coalition avenir Québec. Avec seulement 21,6 % de candidates, la CAQ semble avoir le moins réfléchi à la place des femmes dans la société québécoise et aux défis qu’elles rencontrent aujourd’hui. La CAQ a fait des déclarations sexistes sur le salaire des femmes, sur leur rapport aux changements ou leurs compétences. On prévoit une hausse des frais de scolarité et des services de garde et l’on veut réduire le droit de grève dans ce secteur. On prévoit également des coupures dans la fonction publique, là où de nombreuses femmes compétentes ont obtenu des emplois décents. Deux bons points néanmoins : l’élimination des biais sexistes dans les processus de sélection des immigrants et cinq jours de congés parentaux pour s’occuper d’un enfant malade. Mais la vision d’ensemble continue à poser problème.

Que fera la CAQ au sujet de la précarité du travail chez les femmes ? Que fera la CAQ pour que les femmes gagnent plus que 66% des revenus des hommes à la retraite ? Que fera la CAQ pour que le développement économique et social tienne compte des besoins des femmes ? Que fera la CAQ pour protéger l’universalité et l’accessibilité des services publics, des services sociaux ? Que fera la CAQ pour augmenter la représentation des femmes en politique ? Quel rôle l’État aura-t-il à jouer pour assurer aux femmes des conditions de vie et de travail décentes ?

La Coalition avenir Québec a des devoirs à remplir pour que les femmes se retrouvent davantage dans ses projets. Comprendre la réticence des femmes à voter pour la CAQ ne devrait pas impliquer une insulte à leur l’intelligence mais plutôt un examen de conscience quant à la proposition initiale.

Enfin, des groupes de femmes (dont la FFQ) ont fait parvenir une plateforme aux partis afin de connaître leurs engagements sur les enjeux des femmes. Seuls Option nationale et Québec solidaire ont répondu. Parmi les multiples sujets abordés, on compte la pauvreté des femmes à la retraite. A la surprise générale, lors du débat, les candidates du PLQ, de la CAQ, d’ON et du PQ en entendaient parler pour la première fois. Pourquoi s’inquiéter sur ce fait divers ?

Un gouvernement qui a à cœur le droit des femmes à l’égalité s’assure que l’ensemble de ses politiques, lois et pratiques contribuent concrètement à l’avancement des conditions de vie et de travail des femmes. Cela veut dire qu’il se pose toujours les questions suivantes : y a-t-il un enjeu ici pour les femmes ? Si oui, que faut-il faire pour éviter des reculs et pour améliorer leur situation ?

Alexa Conradi
Présidente
Fédération des femmes du Québec

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