8 février 2012

Retraites : Harper et Charest vont appauvrir les femmes

 

Le gouvernement conservateur, qui songe à faire passer l’accès à la Pension de la sécurité de la vieillesse (PSV) et au Supplément de revenu garanti de 65 à 67 ans, n’est pas le seul gouvernement à vouloir réformer le système de retraite. En ce moment, le gouvernement Charest planche sur plusieurs propositions qui vont ébranler l’ensemble de l’édifice du système de retraite. Qui plus est, tout cela se passe à peu près sans débat !

Coupes au RRQ et coupes dans les meilleurs régimes privés

En plus de l’augmentation des pénalités pour la prise de la retraite avant l’âge de 65 ans adoptée l’an dernier dans le Régime de rentes du Québec (RRQ), on évoque même la possibilité de relever l’âge pour avoir accès au RRQ de 60 à 62 ans. Le gouvernement Charest a aussi mis sur pied plusieurs comités pour étudier différentes façons d’affaiblir les régimes complémentaires à prestations déterminées et favoriser le transfert vers des régimes à cotisations déterminées qui discriminent les femmes et qui font porter les risques du marché financier par les individus. On voit se répandre des situations où on protège, pour le moment, les droits acquis des travailleurs et travailleuses actuels et où on introduit un régime beaucoup moins généreux et plus imprévisible pour les nouveaux arrivants dans une entreprise – bref, une clause orphelin au mépris des lois existantes.

Le mensonge de l’équité intergénérationnelle

C’est au nom de l’équité intergénérationnelle que l’on dit vouloir introduire des réformes. L’argument veut qu’il faille couper pour assurer aux jeunes une retraite. Or, les jeunes devront payer davantage, en recevoir moins et attendre plus longtemps pour leur retraite que les  personnes déjà âgées. Qui plus est, bon nombre d’employeurs, qui offraient autrefois un régime qui garantissait une prestation dont le montant était connu à l’avance, préfèrent aujourd’hui ne plus contribuer à un régime ou transférer le risque à leurs salarié-e-s  sans garantie d’un revenu déterminé.

Le mirage de l’épargne individuelle

Le gouvernement, et surtout les institutions financières, veulent que la population épargne davantage, mais en privilégiant les régimes individuels comme les REER ou leur nouveau proche cousin, le Régime volontaire d’épargne retraite (RVER).  Les frais de gestion de ce genre de régime au Canada sont les plus élevés du monde entier et l’expérience démontre que pour un même dollar investi, la rente que l’on peut en tirer est moitié moindre que celle qui découle d’un régime à prestations déterminées.  Le Conseil du patronat appuie cette approche parce que les employeurs ne sont pas obligés d’y contribuer.

L’invisibilité des enjeux pour les femmes

Fait inconcevable à nos yeux, les documents de consultation du gouvernement ne tiennent pas compte des parcours différents des femmes et des hommes sur le marché du travail. Ainsi, les propositions étudiées seront profondément inéquitables pour les femmes. Comment ne pas tenir compte des arrêts de travail pour congés de maternité alors que notre société a pris plusieurs initiatives pour favoriser une natalité accrue? Du fait que beaucoup de mères travaillent à temps partiel pour s’acquitter de leurs tâches familiales ? Que 75% des personnes proches aidantes sont des femmes ? Que les conjointes de fait qui se séparent n’ont pas droit au partage automatique des droits acquis ni dans le RRQ  ni dans les régimes d’employeurs ou les REERcomme les femmes mariées qui se divorcent ? Que le revenu annuel de travail des femmes est de 74,2% de celui des hommes ? Que la plupart des femmes n’ont pas de régime complémentaire de retraite ? Que le marché du travail est très dur envers les femmes dans la cinquantaine ou la soixantaine à la recherche d’emploi ? Que les femmes vivent plus longtemps que les hommes ? Sans le renforcement des régimes publics, les femmes aînées sont condamnées à la pauvreté.

Un vrai débat public réclamé

Les changements sont discutés à six tables de travail différentes dans une grande opacité. Or, nous réclamons plutôt un débat public mené démocratiquement où l’option d’améliorer les régimes publics sera sur la table.

L’amélioration du RRQ est une solution beaucoup plus équitable et plus efficiente qui favorise le partage collectif des risques, une garantie des prestations et la couverture de tous les travailleuses et travailleurs du Québec y compris les autonomes.  Le RRQ présente des frais de gestion bien moindres que toutes les autres options et permet aux employeurs de bien planifier leurs dépenses tout en assurant que chaque dollar investi donnera le meilleur rendement en termes de revenus à la retraite !

La Fédération des femmes du Québec, le Conseil d’intervention pour l’accès des femmes au travail et le Régime de retraite des groupes communautaires et de femmes réclament un vrai débat de société public à la place d’une multiplication de comités restreints travaillant souvent à huis clos.  Nous cherchons à assurer à toutes et à tous une sécurité du revenu à la retraite maintenant et pour les générations à venir.

Alexa Conradi, Fédération des femmes du Québec

Ruth Rose, Conseil d’intervention pour l’accès des femmes au travail

Lise Gervais, Régime de retraite des groupes communautaires et de femmes

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