6 décembre 2010

La marchandisation du corps des femmes, une source de violence

 

Malgré les libertés importantes dont jouissent les femmes aujourd’hui, une ombre pèse sur le tableau. C’est un phénomène grandissant affectant de moult aspects de la vie des femmes et ayant des conséquences sur la construction de rapports égalitaires entre les filles et les garçons. Il s’agit de la marchandisation du corps des femmes et de leur sexualité. 

Qu’est-ce la marchandisation? 

Il s’agit des processus par lesquels le corps des femmes est appelé à être jugé, modelé, mutilé pour correspondre à un modèle unifié, racisé et érotisé. Pensons à quel point, les femmes ont recours aux régimes amaigrissants, aux chirurgies esthétiques, aux produits tous acabits pour correspondre à un idéal de beauté « botoxé, plastifié et photoshopé ». Poussées ou non par leurs amoureux, les femmes intègrent au fil de centaines de messages par jour ce que les industries de la mode, du divertissement, de la beauté et de la pornographie proposent et nous vendent comme étant l’idéal. Bien sûr, nous sommes capables de développer nos propres goûts; nous acceptons certaines normes et  résistons à d’autres. Mais nous ne sommes pas imperméables à ces influences; rares sont les femmes qui n’en sont pas affectées. Les effets sont variés allant des troubles alimentaires jusqu’à la dépression en passant par le défi de s’affirmer. 

Avec la marchandisation, on  parle aussi des processus par lesquels la sexualité des femmes et des filles devient un produit que l’on peut vendre ou acheter. Pensons aux publicités de jeans ultra-sexistes et charnelles où les femmes sont positionnées en objet à vendre, au style porno dans les tenues vestimentaires ou encore aux pubs des compagnies de bière avec leurs manoirs remplis de filles prêtes à répondre aux fantasmes des jeunes hommes. On n’y échappe jamais. Garçons et filles sont socialisés avec ces images, mais pire encore avec l’acceptation sociale d’un tel stratagème. Les rapports sociaux en sont affectés. 

L’influence des médias dans la construction de l’image de soi et des relations notamment chez les jeunes n’est pas à négliger. Certes, les rapports entre personnes, notamment dans les relations amoureuses ou sexuelles sont construits d’un ensemble de facteurs : l’attitude des parents, amis-e-s et enseignant-e-s, les normes sociales, les choix personnels, les lois et les politiques. Mais les stéréotypes et les images sexistes vendus à coups de publicités minent les rapports égalitaires, et ce, de façon sournoise car on nous propose de croire que la liberté des femmes réside dans notre pouvoir de séduction. Maintenant, les femmes peuvent tout faire : travailler, s’occuper des enfants et des parents vieillissants tout en étant ultra-sexy et minces et en super forme! Et on se demande pourquoi autant de femmes se sentent au bout du rouleau. 

Plus encore, les années de recherches et de travail sur le terrain nous indiquent que les inégalités (attitudes sexistes, dévalorisation des femmes dans la société, impunité face à la violence, etc.) contribuent au maintien des violences envers les femmes. Pour nous, en plus d’être particulièrement agressante, la marchandisation permet à la violence – une forme de domination et de contrôle des femmes – d’exister. 

Force est de constater que la marchandisation est un puissant véhicule des valeurs et institutions sexistes comme a pu l’être par le passé l’influence de la religion dans la société. Aujourd’hui, le sexisme se présente, libre de contrainte, sous un modèle économique. La marchandisation est le produit du laisser-faire économique : si ça se vend, ça doit être correct. Or dans une société qui a choisi démocratiquement de valoriser le droit des femmes à l’égalité, ce laisser aller  est inacceptable. La liberté économique ne doit pas primer sur la liberté des femmes. La marchandisation porte atteinte à la liberté des femmes de définir leur identité, leurs goûts et leur sexualité par et pour elles mêmes et porte atteinte à la dignité de toutes les femmes. 

Anne-Marie Turmel, Regroupement québécois des CALACS
Alexa Conradi, présidente de la Fédération des femmes du Québec

Toutes deux sont porte-parole de la campagne des 12 jours d’action pour l’élimination de la violence envers les femmes, qui se tient du 25 novembre au 6 décembre 2010.

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