5 novembre 2010

Les femmes colombiennes victimes des abus de compagnies minières canadiennes

 

Nous publions ici une lettre ouverte en appui au projet de loi C-300 concernant l’exploitation minière responsable.

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Consciente de la puissance grandissante des compagnies minières canadiennes dans les pays en développement et de leurs impacts négatifs sur l’environnement, les populations et surtout les femmes, la Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes manifeste son appui au Projet de loi C-300, la « Loi sur l’exploitation minière responsable », qui sera voté à la Chambre des communes le 27 octobre prochain.

En tant que porte-parole de la Marche mondiale des femmes, j’ai participé, avec 30 autres femmes de notre réseau en Amérique, en août dernier à la Rencontre internationale des femmes et des peuples des Amériques contre la militarisation, qui a eu lieu en Colombie. Il y a été question notamment de la présence dérangeante de compagnies minières canadiennes en territoire autochtone et afro-colombien. Les entreprises arrivent sans consulter la population locale et se lient aux groupes paramilitaires afin de taire la résistance et déplacer de force les communautés.

Les impacts pour les femmes sont multiples. L’arrivée d’investissements étrangers entraîne un important flux d’hommes, venus travailler dans la mine ou dans les groupes paramilitaires qui « sécurisent » le périmètre de la mine et intimident la population locale. Des jeunes filles sont entrainées dans la prostitution juvénile pour servir l’influx d’hommes. Alternativement, les paramilitaires, au service des entreprises étrangères, séduisent les jeunes filles dans le but d’obtenir des informations sur les communautés. Les femmes qui résistent à ce développement peuvent être violées pour mieux les faire taire. De plus, lorsque les familles sont déplacées par un projet minier, le fardeau de recommencer la vie familiale incombe particulièrement aux femmes, qui sont les chefs de familles de plus de  50% des familles déplacées.

En Colombie, plus qu’ailleurs au monde, les conflits sociaux liés aux projets miniers sont particulièrement violents, en raison de la juxtaposition du conflit armé, lequel accapare les hommes, maris et fils des femmes, qui s’enrôlent dans l’armée, les groupes paramilitaires ou les guérillas pour s’entretuer. Les forces publiques de l’ordre sont incapables de protéger les femmes. Plus de 91 000 viols ont été enregistrés entre 2004-2009 dont 70% par la police et l’armée. Cette culture de la violence misogyne se multiplie dans la sphère privée où les cas d’agressions sexuelles et de violence conjugale augmentent. L’impunité y est flagrante dans la mesure où aucun cas de viol par les forces de l’ordre ne s’est traduit par une sentence de culpabilité.

En juin 2010, la Centrale d’unité des travailleurs de Colombie (CUT) dénonçait les menaces de mort reçus par des syndicalistes s’étant opposés à la présence de la minière canadienne Medoro Resources. Le Monde diplomatique annonçait en juillet 2010 que l’industrie minière colombienne n’en est qu’à ses balbutiements.  Les 19 800 demandes de concession déjà enregistrées pourraient rejoindre le giron des majors, si l’on compte 5 000 compagnies minières en Colombie, seules trois d’entre elles – AngloGold Ashanti, la canadienne GREYSTAR et MMC – se partagent en réalité le secteur, le plus souvent au travers de filiales. De plus, la législation colombienne, qui vise à établir un « climat de confiance favorable aux investisseurs étrangers », ignore l’intérêt général, tout comme les questions environnementales. En mai 2010, la canadienne GREYSTAR a obtenu satisfaction en appel contre le gouvernement colombien qui lui demandait de présenter une nouvelle étude sur l’impact environnemental de ses futures installations d’Angostura, dans les montages du département de Santander. Ce projet devait permettre à Greystar de mettre la main sur plus de 10 millions d’onces d’or.

La ratification récente de l’Accord de libre-échange avec la Colombie par le gouvernement canadien ne fera qu’accentuer la quête de gisements par les minières canadiennes. Les forces armées colombiennes, souvent de concert avec les groupes paramilitaires, pourront continuer en toute impunité à menacer, assassiner ou chasser violemment les populations de leurs territoires pour laisser ceux-ci aux mains des minières, avides de gisements à exploiter.

Il est donc impératif de mettre en place des normes obligatoires de protection des droits humains et environnementales que les entreprises extractives canadiennes devront respecter dans les pays en développement, de créer un mécanisme qui permettra communautés affectées et personnes menacées de déposer des plaintes contre les entreprises qui ne respectent pas ces normes et d’instaurer la possibilité de les sanctionner, en retirant le support financier du gouvernement canadien à celles-ci.

En solidarité avec les femmes colombiennes qui ne demandent qu’à vivre dans la paix et la dignité sur les territoires qui leur appartiennent et qui sont les premières victimes des conséquences sociales des investissements miniers canadiens, la FFQ appuie le Projet de loi C-300 et est d’avis que celui-ci est un pas dans la bonne direction.

Alexa Conradi
Présidente de la Fédération des femmes du Québec et Porte-parole
De la Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes

Sur la photo: La délégation québécoise de la Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes (CQMMF) à la Rencontre internationale des femmes et des peuples des Amériques contre la militarisation, qui a eu lieu en Colombie.

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