8 juin 2010
Communiqué de presse

Plan gouvernemental pour la solidarité et l’inclusion sociale : livraison refusée

 

MONTRÉAL, le 8 juin 2010 – À la suite du dévoilement du Plan d’action gouvernemental pour la solidarité et l’inclusion sociale 2010-2015, par le ministre Sam Hamad dimanche dernier, la présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), Mme Alexa Conradi, se dit préoccupée de l’orientation politique prise par le gouvernement qui met l’accent sur la responsabilité individuelle des personnes et non sur les causes systémiques de la pauvreté.

« La plupart des éléments annoncés, en plus d’être déjà connus, institutionnalisent la gestion de la pauvreté, pouvant mener à un outil de contrôle social, ce qui ne correspond pas à une approche de lutte à la pauvreté », déplore Mme Conradi. Par ailleurs, elle accueille favorablement le recours à l’analyse différenciée selon les sexes dans le développement des programmes, mais s’inquiète du manque d’analyse des causes systémiques des différences entre les genres. « Il est contradictoire que le gouvernement dépose un plan pour lutter contre la pauvreté en y intégrant une analyse différenciée selon les sexes, alors qu’il vient de fragiliser la Commission sur l’équité salariale, outil essentiel pour réduire les iniquités systémiques vécues par les femmes en emploi », ajoute Mme Conradi.

Rappelons qu’encore en 2010, les femmes sont en moyenne plus pauvres que les hommes. Elles continuent de gagner 68 % du salaire des hommes, d’occuper 70 % des emplois à temps partiel et au salaire minimum et de connaître davantage d’obstacles à l’emploi. Elles assument aussi la vaste majorité de travail invisible auprès des malades et des enfants. Les conditions du marché du travail et la privatisation des services publics, qui créent des exclusions et des discriminations, ne sont pas visées par le Plan d’action.

Au sujet de l’amélioration des revenus, le Plan d’action annonce un crédit d’impôt remboursable à la solidarité de 174 $ par année qui ne fait que permettre le maintien des personnes plus démunies dans la pauvreté. En effet, ce crédit, qui ne sera pas un revenu supplémentaire, ne fera qu’annuler l’effet des hausses de tarifs annoncés jusqu’à maintenant. « Puisque les femmes auront plus de difficulté que les hommes à faire face aux nombreuses hausses de tarifs du dernier budget, le gouvernement, avec ce Plan d’action, consolide la discrimination », mentionne Mme Conradi, également porte-parole de la Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes (CQMMF), instance composée d’une cinquantaine de groupes de femmes, communautaires et syndicaux.

Par ailleurs, aucune mesure de l’augmentation annuelle du salaire minimum n’est annoncée alors que le mouvement des femmes propose la hausse du salaire minimum à 10,69 $ l’heure afin qu’il assure un revenu équivalent au seuil de faible revenu. « À ce sujet, mentionnons notre préoccupation voulant que le gouvernement considère comme un seuil de pauvreté la mesure du panier de consommation, qui est de moitié moindre que le seuil de faible revenu », affirme également Mme Conradi.

Le Plan d’action gouvernemental, comme sur trop de choses, reste silencieux quant à l’abolition des catégories à l’aide sociale (« apte » et « inapte » à l’emploi). Ces catégories perpétuent les préjugés à l’égard des personnes en les qualifiant de « méritantes » et de « non méritantes ». « Maintenir les personnes aptes au travail dans la grande pauvreté est non seulement indécent, mais a pour conséquence de les éloigner du marché du travail », ajoute Mme Conradi. L’abolition des catégories est également une revendication de la Marche mondiale des femmes. Enfin, on améliore les conditions de vie d’un certain nombre de familles au Québec en bonifiant l’exemption des pensions alimentaires.

« Pour nos mères, nos sœurs, nos filles et nos allié-es, la Fédération des femmes du Québec tout comme la Marche mondiale des femmes, s’inscrit dans la campagne du Collectif pour un Québec sans pauvreté à l’effet de retourner à l’expéditeur ce Plan d’action gouvernemental inacceptable. Ainsi, le mouvement des femmes suivra le gouvernement Charest à la trace et sera dans les rues en octobre », conclut Mme Conradi.

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