23 avril 2010

L’ABC d’une rencontre internationale et un rendez-vous en RDC

 

Nos journées se passent en français, en anglais et en espagnol. Une équipe d’interprètes au nombre de deux nous permet de travailler ensemble. Parmi les membres du comité international, la plupart ont pour langue maternelle une de nos trois langues, certaines en parlent trois mais pour quelques-unes, les langues de travail constituent leur deuxième ou troisième langue. Vous pouvez imaginer que la communication est forcément longue et peut s’avérer ardue. Pendant qu’une fait une intervention dans un micro, on entend les deux femmes faire l’interprétation, car elles sont juste à côté de nous. Donc trois personnes parlent simultanément alors qu’en plus les écouteurs émettent un bruit de fond. Nos réunions durent en moyenne dix heures sans compter la pause du midi. À la fin de la journée, les membres du comité international sont très épuisées.

Le comité international est composé de deux femmes par continent et se réunit deux fois l’an. Nous sommes ici pour entamer le bilan des actions de 2010. Certains pays ont déjà fait leurs actions alors qu’au Québec et ailleurs, la majeure partie reste à venir. Aussi, nous planifions davantage l’action en République démocratique du Congo (RDC) qui sera le rendez-vous international pour clôturer les actions de 2010. Nous identifions des priorités pour les trois années à venir pour faire face aux défis posés par le caractère patriarcal des crises économiques, politiques, alimentaires et climatiques et leurs impacts sur les droits des femmes. Enfin, nous parlons d’alliances avec d’autres réseaux féministes internationaux et avec des mouvements comme Via Campesina, l’Assemblée des mouvements sociaux tout comme de notre rôle au sein du Forum social mondial. Nous ajoutons à cela des priorités pour faire face aux défis au niveau de la consolidation et du développement d’un réseau si grand, mais avec si peu de ressources financières.

Je m’arrête donc sur un seul de ces sujets : l’événement international qui clôturera la 3e action internationale de la Marche en octobre 2010. Pourquoi nous allons en République démocratique du Congo (RDC) ? Le pays sort d’un conflit majeur qui a duré plus de seize ans. Pendant ce conflit, beaucoup de femmes ont subi des agressions sexuelles que les forces armées ont utilisées comme stratégie de guerre. On nous a rapporté plusieurs histoires révoltantes comme celle de ces 13 femmes qui ont été enterrées vivantes après avoir subi des viols. Il s’agit d’un moyen pour affaiblir la résistance des femmes voire même du peuple entier. C’est aussi un moyen pour propager le VIH/SIDA dans la population.

Les Congolaises accueilleront des femmes de partout dans le monde et plus particulièrement des pays des Grands Lacs de l’Afrique. Cette région a connu aussi des conflits armés. Nous voulons ainsi mettre l’emphase sur les critiques féministes de la guerre et de la militarisation. Les Congolaises souhaitent ériger un monument à la mémoire des femmes agressées sexuellement. Nous souhaitons aussi, par notre action, renforcer l’autonomie socio-économique des femmes ainsi que leur influence dans leur pays en demandant la construction d’une maison pour femmes. Alors que la guerre est terminée, des milices continuent à sévir dans l’est et le nord du pays. Nous profiterons également de l’activité pour dénoncer les intérêts économiques qui maintiennent le conflit dans la RDC notamment avec la complicité des milices. On pense ici aux entreprises transnationales qui pillent davantage les ressources minières sans que le gouvernement n’intervienne, car trop occupé par la lutte contre les milices locales et étrangères. Enfin, nous voulons contribuer à l’avènement d’une paix durable en commençant par la démilitarisation de l’Est de la RDC et le désengagement progressif et concerté de la MONUC (les forces de l’ONU).  

Cette action internationale qui réunira entre 600 et 1000 femmes de la Marche mondiale des femmes venant d’une cinquantaine de pays sera l’occasion de bâtir des solidarités entre femmes vivant en zone de conflit. Les femmes, notamment celles venant de pays en paix, approfondiront leur compréhension des enjeux en échangeant avec celles qui sont jusqu’à très récemment touchées par l’insécurité et la violence.

Malgré nos longues journées, notamment la dernière qui a terminé à 01h30 (du matin), je sors de cette réunion d’autant plus ferme dans mon attachement à la Marche mondiale des femmes comme lieu de création des alternatives et pour nous donner de l’espoir. Les femmes du comité international ont une connaissance, une expertise et une passion qui est extrêmement touchante et inspirante. On ne savait pas il y a plus de dix ans lorsqu’on a créé ce réseau mondial de féministes dans l’action qu’il allait résonner tant dans la vie des femmes qui l’ont adopté. C’est magnifique de voir des femmes du Sud, du Nord, de l’Est et de l’Ouest travailler ensemble dans un esprit engagé et sans trace de charité nord-sud. Nous avons une lutte commune à poursuivre contre le patriarcat, le capitalisme et le racisme, trois grands systèmes d’oppression des femmes prenant certes des formes différentes, que ce soit au Québec ou au Pakistan, mais puisant ses forces des mêmes sources. Avec le Congo, on voit comment le patriarcat (viols), capitalisme (pillage des ressources par des entreprises transnationales) et militarisation (guerre) se combinent pour rendre la vie invivable pour les femmes. Cette situation nous permet de comprendre pourquoi même en 2010, tant que toutes les femmes ne seront pas libres, nous serons en marche.

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